Vierges partage avec Grave, Mus­tang, ou Ava le point com­mun d’être un pre­mier film d’une jeune généra­tion de réal­isatri­ces dont on peut aisé­ment tir­er quelques car­ac­téris­tiques typologiques. D’abord un thème prin­ci­pal : la jeune fille à l’aube de l’âge adulte, le mys­tère du corps qui change et des hor­mones qui déman­gent, les rap­ports com­pliqués avec la fig­ure d’autorité, sou­vent mater­nelle. Puis un pas­sage répété par le fan­tas­tique ou, a min­i­ma, un pen­chant pour l’étrangeté pour sig­ni­fi­er, esthé­tique­ment, le réc­it ini­ti­a­tique en train de se jouer. Le pre­mier long-métrage de la cinéaste israéli­enne – passée par la Fémis – ne déroge pas à la règle. On suit le quo­ti­di­en sans relief de Lana qui se mor­fond du haut de ses 16 ans dans sa ville de Kiry­at Yam, sta­tion bal­néaire déprimée au nord d’Israël. Entre le rêve d’aller faire la fête à Tel Aviv et la frus­tra­tion d’un petit ami beau­coup trop chaste à ses yeux, elle se voit con­trainte par sa mère, ten­an­cière d’un café miteux sur la plage, de garder un œil sur sa petite cou­sine. La beauté brute de l’actrice prin­ci­pale, Joy Rieger, apporte un peu d’aspérité au film qui se trans­forme trop rapi­de­ment en con­te mer­veilleux fade.

L’arrivée d’un bel­lâtre qui se pré­tend jour­nal­iste (Michael Aloni) et la rumeur de la présence d’une sirène relance le film : Lana s’énamoure de cet étranger et la foule afflue de nou­veau sur la plage, à la recherche de la créa­ture. En liant la tra­jec­toire de son héroïne au des­tin du paysage urbain délabré dans laque­lle elle évolue, Keren Ben Rafael explicite la trame sous-jacente de son tra­vail : réen­chanter le monde, trans­porter tout ce petit micro­cosme vers un ailleurs plus scin­til­lant. Mais rien y fait, Vierges reste trop engour­di pour révéler un quel­conque élan poé­tique. La mul­ti­pli­ca­tion des cos­tumes à pail­lettes et des maquil­lages out­ranciers — qui nour­ris­sent l’atmosphère enfan­tine, entamé par l’évocation de la sirène — donne l’impression d’une fan­taisie éteinte et sem­ble avoir le goût plutôt amer d’une fin de fête. Inca­pable de faire pétiller cette ambi­tion bohème, la cinéaste se retranche sur son scé­nario, fil­mant tout ce qui tient de l’écriture pro­pre, délais­sant les chemins de tra­verse. En résulte un film étriqué, réduit à des stéréo­types. L’éducation sen­ti­men­tale de Lana la con­duit inévitable­ment dans les bras du jour­nal­iste. En con­tre­point dés­abusé aux élans amoureux de sa fille, la mère entre­tient une rela­tion secrète avec le maire de la ville, per­son­nage cynique. Les autres pro­tag­o­nistes tien­nent plus un rôle de faire-val­oir, assur­ant le rem­plis­sage pit­toresque d’une pro­fondeur de champ bien vide d’idées plus inven­tives. A défaut de réelle mise en scène, Vierges sem­ble se con­tenter d’une imagerie jolie, mais fac­tice et plate. Cela est d’autant plus raté que d’emblée, dès la scène d’ouverture, Ben Rafael cherche à lui don­ner une inso­lence qui jamais ne se con­cré­tise : pas farouche, Lana joue et tente les garçons qui l’accompagne, obsédée par la perte de sa vir­ginité. La cru­dité des mots et des gestes sonne faux dans ce ciné­ma où rien ne sem­ble authen­tique mais bien plutôt pesé et cal­i­bré. C’est sans doute ce qu’il manque encore à ces jeunes réal­isatri­ces, une sen­si­bil­ité suff­isante pour sor­tir de l’image super­fi­cielle qu’elles façon­nent. Si l’audace réelle des meilleurs de ses films tend à en estom­per les défauts, ces derniers sont cri­ants quand l’originalité est, comme dans Vierges, con­stam­ment désamor­cée.