Peu de réal­isa­teurs français peu­vent se tar­guer d’être aus­si pro­duc­tifs et renta­bles que François Ozon (presque un film par an depuis ses débuts, à la fin des années 1990). Peu ont égale­ment engen­dré une œuvre aus­si hétéro­clite et dis­con­tin­ue, épou­sant aus­si bien le mau­vais théâtre (de Huit femmes à Peter von Kant) que la dig­nité du film « à sujet » (Grâce à Dieu ou Tout s’est bien passé). Avec Quand vient l’automne, thriller ancré dans la sai­son des feuilles mortes (après l’insouciance et la fougue d’Été 85), Ozon des­sine une nou­velle case dans sa fil­mo­gra­phie, affichant d’abord un cast­ing inédit de seniors. Si Josiane Bal­asko est déjà apparue dans Grâce à Dieu, Hélène Vin­cent fait une entrée remar­quée, pour ne pas dire fra­cas­sante, dans l’univers du réal­isa­teur. Le film, qui lui est presque offert, vaut d’abord comme por­trait d’une femme – Michelle – aux portes de la sénil­ité et de la dépen­dance ; c’est son ver­sant le plus mélan­col­ique et mélo­dra­ma­tique. L’autre côté, beau­coup plus bal­isé, est dédié au thriller, genre où Ozon, de Swim­ming Pool à L’Amant dou­ble, n’a jamais réus­si à s’illustrer et qu’il réduit ici à une dra­maturgie grossière, où le rebondisse­ment sem­ble être la règle (un per­son­nage meurt toutes les trente min­utes).

La ques­tion qui sous-tend ce thriller est pour­tant pas­sion­nante d’un point de vue moral autant que psy­ch­an­a­ly­tique : un plan crim­inel peut-il être à la fois for­mulé (donc mis à exé­cu­tion) et refoulé ? En offrant à sa fille (Ludi­vie Sag­nier) une salade rem­plie de champignons tox­iques, Michelle a‑t-elle véri­ta­ble­ment ten­té de l’empoisonner, ou a‑t-elle com­mis un acte man­qué ? Si l’hypothèse de l’omission pou­vait ouvrir sur un mélo­drame assez trou­ble (notam­ment lorsque Michelle doute, devant son médecin, de sa sta­bil­ité men­tale), elle est assez vite aban­don­née au prof­it d’un réc­it fausse­ment sub­ver­sif, où l’on retrou­ve par moments l’esprit satirique et vague­ment chabrolien de Jeune & Jolie. Dès que les corps com­men­cent à tomber, l’enjeu prin­ci­pal de Quand vient l’automne sem­ble être la recom­po­si­tion d’une famille unie aus­si bien dans le crime (on est soit assas­sin, soit com­plice) que par les trans­ac­tions immo­bil­ières (de l’ouverture d’un bar aux clefs d’une mai­son offerte à l’héritier désigné dans l’épilogue). Ozon, qui se com­plaît à filmer les langueurs monot­o­nes de la sai­son autom­nale, doit savoir qu’il y a quelque chose de pour­ri dans la struc­ture de son réc­it. Entre Michelle et Marie-Claude (Josiane Bal­asko), son alter ego du troisième âge, il ne se passe en effet pas grand-chose, à l’exception d’une cueil­lette de champignons ou d’un apéri­tif partagé, entre deux con­fi­dences. C’est pour­tant dans ce pas grand-chose, lorsque le film saisit la vie banale de ces deux mamies vivant dans la rou­tine étriquée de leur province, qu’il sonne le plus juste, lais­sant entrevoir le beau mélo­drame tor­du qu’il aurait pu être : le réc­it d’une ago­nie (l’une meurt d’un can­cer, l’autre est sous la coupe d’une fille odieuse) où le crime représente une dernière étin­celle, presque une joie, avant la fin.