Troisième épisode de la saga Preda­tor, ce film pro­duit et écrit par Robert Rodriguez est un beau navet, comme il en pousse beau­coup dans le « ciné­ma fan­tas­tique » actuel. Le prob­lème de cette licence provient de son manque d’originalité : dans les mains d’un réal­isa­teur médiocre, son dis­posi­tif scé­nar­is­tique devient rapi­de­ment las­sant. Si Nim­ród Antal est un faiseur hon­or­able, il manque out­rageuse­ment de per­son­nal­ité. Dif­fi­cile de suc­céder à John McTier­nan.

En 1987, John McTier­nan réal­i­sait Preda­tor, une fusion intéres­sante de plusieurs gen­res, de la sci­ence-fic­tion au slash­er, util­isant à mer­veille le charisme dan­tesque d’un Arnold Schwarzeneg­ger en pleine ascen­sion. Cette œuvre fan­tas­tique phare des années 1980 trans­fig­ure un réc­it basique : un groupe de mer­ce­naires se faisant tra­quer et mas­sacr­er par une force extra-ter­restre. En util­isant toutes les pos­si­bil­ités de l’espace, du hors-champ et du mou­ve­ment, la réal­i­sa­tion de McTier­nan épouse de façon sym­bi­o­tique la jun­gle filmée. Le dan­ger sem­ble provenir de chaque recoin d’un lieu haute­ment hos­tile et oppres­sant. Souhai­tant exploiter la réus­site esthé­tique de cette nou­velle licence, les pro­duc­teurs se sont mal­heureuse­ment éver­tués à la vider de tout son sens pour engranger un max­i­mum de prof­it : une série B anec­do­tique (le sec­ond opus) et deux cross-overs calami­teux, qui opposent les chas­seurs d’hommes aux xénomor­phes de la saga Alien.

Ce troisième épisode, scé­nar­isé et pro­duit par Robert Rodriguez, grand fan de la saga, tente de relever le niveau en revenant aux fonde­ments du pre­mier film. Le réc­it en reprend les grandes lignes : des indi­vidus armés se voient télé­portés dans la jun­gle menaçante d’une planète loin­taine, véri­ta­ble ter­rain de chas­se pour nos tueurs extra-ter­restres. Si cette volon­té de s’inspirer de l’œu­vre orig­inelle part d’une bonne inten­tion, elle pose rapi­de­ment prob­lème : le Hon­grois Nim­ród Antal (auteur de Blind­és) se con­tente de copi­er laborieuse­ment la mise en scène de McTier­nan, sans don­ner une quel­conque ampleur aux espaces filmés. Tout est prévis­i­ble et out­rageuse­ment mon­tré, le hors-champs étant peu util­isé. Cette pro­duc­tion a pour unique des­sein de ras­sur­er les fans en les abreuvant de références esthé­tiques et scé­nar­is­tiques rap­pelant avec insis­tance l’œuvre pre­mière. Elle s’inscrit dans cette vague actuelle de remake/reboot de films des années 1980, qui ser­vent à ren­flouer les caiss­es des Stu­dios. Les réal­isa­teurs choi­sis sont, comme ici, des yes men facile­ment mal­léables, qui rem­plis­sent plate­ment le cahi­er des charges pour ne pas désta­bilis­er un pub­lic méprisé.

S’embourbant dans les chemins pris par d’autres séries hor­ri­fiques (Ven­dre­di 13), cette saga souf­fre d’un dis­posi­tif – traque/tuerie – peu viable sur plusieurs films. Preda­tors n’est qu’un petit slash­er paresseux, où l’on attend en dilet­tante les séquences gores. La présence sur­prenante d’Adrien Brody au cast­ing ne suf­fit pas à mas­quer l’amateurisme d’un pro­duit qui a été écrit et tourné à la va-vite – la Rodriguez touch. L’acteur, peu impliqué, sur­joue le tueur d’élite au ton empli de testostérones. Le ridicule des per­son­nages sec­ondaires et l’absurdité du twist final con­fir­ment davan­tage le fond Z d’une pro­duc­tion dont la con­clu­sion annonce un qua­trième chapitre : le pire sem­ble à venir.