À l’instar du Hal­loween de David Gor­don Green, The Preda­tor est de ces suites qui, sans être dénuées d’idées pour redy­namiser et repenser les fig­ures qu’elles ten­tent de dépous­siér­er, butent sur leur dimen­sion iconique. Le film com­mence plutôt bien, avec une suite de plans qui sem­blent directe­ment pour­suiv­re l’horizon dis­cur­sif du Preda­tor de McTier­nan : là où le pre­mier volet finis­sait sur un vagin den­té, la bouche mon­strueuse de l’extraterrestre, cette nou­velle mou­ture s’ouvre sur une série de trous – une brèche spa­tio-tem­porelle dans laque­lle s’engouffre et ressort un vais­seau, un œil obser­vant dans la trouée d’un feuil­lage l’horizon devant lui, le rond que forme la lunette d’un fusil de tireur d’élite. Ce motif de la béance en reste toute­fois là et s’estompe dans une intrigue qui sem­ble avoir pâti d’un nou­veau mon­tage et de reshoots. Plutôt que de suiv­re un cap formel clair, le film de Shane Black procède plutôt d’un col­lage de tonal­ités (entre le block­buster clas­sique et le bud­dy movie) et de pistes lais­sées à l’état d’esquisses. Un exem­ple : le fils du héros, atteint du syn­drome d’Asperger, témoigne au début du film d’une hyper­a­cousie qui fait l’objet de plusieurs plans – ici une sirène qui lui vrille ses tym­pa­ns, là les aboiements d’un chien qui l’obligent à se cou­vrir les oreilles. Le spec­ta­teur peut sup­pos­er que cet élé­ment qui per­met de définir rapi­de­ment le garçon jouera un rôle plus tard dans la réso­lu­tion de l’intrigue. Or, ce trait dis­tinc­tif n’aura pas la moin­dre inci­dence sur les événe­ments à suiv­re, il sera tout bon­nement aban­don­né, si bien que l’on sus­pecte sa présence d’être le reli­quat d’une précé­dente mou­ture scé­nar­is­tique où un bruit, un ultra­son, aurait nour­ri une scène impor­tante, avant que cette dite scène ne soit aban­don­née, ne lais­sant à l’écran que les pré­parat­ifs de son avène­ment.

Ce n’est pas que The Preda­tor soit stricte­ment un ratage indus­triel comme il peut s’en pro­duire, mais les indices sur sa ges­ta­tion chao­tique s’avèrent nom­breux, entre les dia­logues qui vien­nent combler les trous du réc­it et des curiosités dans le mon­tage (la mort d’un per­son­nage impor­tant qui s’opère en deux sec­on­des, sans que l’on com­prenne immé­di­ate­ment l’enchaînement exact des actions). Finale­ment reste surtout l’impression d’être face à un film qui exploite son fonds de com­merce, réduisant les traits dis­tinc­tifs de la créa­ture (son atti­rail tech­nologique, sa vision ther­mique) à l’état d’emblèmes. Il n’est dès lors pas tout à fait anodin que ces nou­veaux Hal­loween et Preda­tor fétichisent ain­si les masques de leurs fig­ures : seules les sur­faces sont l’objet de leur atten­tion.