Pour la pre­mière fois au ciné­ma, Dis­ney absorbe une pro­duc­tion Mar­vel, peu après avoir englouti la struc­ture elle-même. Le stu­dio de Mick­ey Mouse, hors des con­tes tra­di­tion­nels, a rarement eu la main heureuse pour adapter les univers fic­tion­nels d’une orig­ine cul­turelle dif­férente. Star Wars avait don­né lieu au lam­en­ta­ble La Planète au Tré­sor, et les jeux vidéo à l’ou­blié Les Mon­des de Ralph. Pour Les Nou­veaux Héros, il s’ag­it d’adapter un comics racon­tant les aven­tures d’une équipe com­pos­ite de super-héros, et les scé­nar­istes ont choisi de se faciliter con­sid­érable­ment la tâche en con­sacrant l’essen­tiel du long-métrage au duo for­mé par Bay­max, le robot chamal­low en vinyle, et le jeune Hiro, inven­teur. D’abord, parce que l’essen­tiel des ressorts comiques des Nou­veaux Héros est attaché à Bay­max : sa sil­hou­ette bon­homme aura droit à toutes les défor­ma­tions, avec un robot aus­si expres­sif, dans un autre reg­istre, que Wall‑E. Ses inter­ac­tions avec Hiro sont tein­tées de la même loufo­querie, mais savent aus­si explor­er d’une manière intéres­sante la rela­tion du jeune homme à l’outil, et les respon­s­abil­ités du pre­mier par rap­port au sec­ond. La machine, dédiée dans sa fab­ri­ca­tion même à la pro­tec­tion des êtres humains, sera en effet hack­ée par Hiro, pour devenir un com­pagnon d’armes un peu plus impres­sion­nant.

Héros communs

Cette emprise du garçon sur la machine et le pou­voir qu’elle lui octroie con­stituent une piste intéres­sante pour un film « axé tech­nolo­gie » qui vient répon­dre aux suc­cès cri­tiques et publics Tem­pête de boulettes géantes et La Grande Aven­ture Lego. Mais Les Nou­veaux Héros peine à don­ner le change, tout d’abord sur un plan visuel : rarement la recherche et la décou­verte auront été aus­si plate­ment sug­gérées, surtout après le graphisme inédit et vire­voltant de La Grande Aven­ture Lego. Quant à l’a­jout d’une armure à Bay­max par Hiro, elle sem­ble désavouer l’in­ven­tiv­ité même du sec­ond, en faisant de l’in­con­sciente mal­adresse du robot un sim­ple manque d’er­gonomie que le garçon cor­rige en l’écras­ant dans une cara­pace tape-à‑l’œil. Le long-métrage sug­gérait pour­tant une autre voie, avec l’u­til­i­sa­tion par Bay­max de sa pro­pre matière comme d’un instru­ment de sauve­tage. À la place, l’ar­mure ajoutée trans­forme Bay­max en un ersatz d’Iron Man, à même de rejoin­dre une équipe qui devient la copie à peine voilée des Avengers.

L’adap­ta­tion du comics par Dis­ney, à force de com­pro­mis (le choix d’une ville cul­turelle indéfinie, « San Fran­sokyo », plutôt que le Tokyo orig­i­nal, est symp­to­ma­tique de cette assim­i­la­tion), fait finale­ment dis­paraître ce que l’équipe aurait pu avoir de car­ac­téris­tique par rap­port au reste de la pro­duc­tion de super-héros. Les scènes de com­bat, dans une ville sans vie ou des décors sim­plistes, con­cen­trent en fin de compte leurs effets sur une pyrotech­nie peu inven­tive et visuelle­ment con­v­enue. Le reste de l’équipe, anec­do­tique, vien­dra brusque­ment se rap­pel­er à la mémoire des spec­ta­teurs, con­vo­qués comme des pièces détachées pour la scène finale. Big Hero Six, peut-être, mais on n’en voit encore que deux.