Alors que la blo­gosphère bruisse du dernier avatar du mar­ronnier médi­a­tique selon lequel notre belle jeunesse part à vau-l’eau à cause des jeux vidéo, Les Mon­des de Ralph se présente comme un hom­mage appuyé et respectueux aux enfants de l’ère du jeu infor­ma­tique. Un baume pour les geeks de tous âges ? Pas sûr. Unique­ment préoc­cupé d’ef­fleur­er ses références – et par là-même de raf­fer­mir son emprise sur son pub­lic-cible –, Les Mon­des de Ralph se révèle n’être avant tout qu’un gigan­tesque place­ment de pro­duit – Coca-Cola a dû pay­er fort cher sa par­tic­i­pa­tion au film… – aux couleurs cri­ardes. Beurk.

Aux dernières nou­velles, Dis­ney est un ogre. L’ac­qui­si­tion récente – et très médi­atisée – de Lucas­film, faisant suite à celle de Pixar et de Mar­vel, laisse plan­er l’om­bre des Oreilles-de-Mick­ey sur une large part du ciné­ma de diver­tisse­ment. Et la souris sem­ble bien déter­minée à dis­soudre l’o­rig­i­nal­ité de ses appen­dices dans le creuset de l’u­nivers tourné vers le passé dont font état ses pro­duc­tions récentes (La Princesse et la Grenouille, Raiponce). Aus­si trou­ve-t-on au générique des Mon­des de Ralph des noms bien con­nus, tels que celui de John Las­seter, attaché à de nom­breux pro­jets de Pixar.

Ce n’est pas le seul emprunt : Les Mon­des de Ralph est, ain­si, une véri­ta­ble machine à recy­cler. L’idée de départ – les per­son­nages virtuels de la salle de jeux vidéo pour­suiv­ent leur exis­tence dans leur monde à eux une fois les joueurs par­tis et les portes refer­mées – est directe­ment emprun­tée aux Toy Sto­ries, tan­dis que le tan­dem des per­son­nages prin­ci­paux – un gros bon­homme et une petite gamine – rap­pelle de façon trou­blante les Sul­ley et Boo de Mon­stres & Cie. Hors de ques­tion, cepen­dant, de se laiss­er aller aux ater­moiements mélan­col­iques de Woody et autres per­son­nages de Toy Sto­ry : ici, Ralph-la-Casse appren­dra qu’il a beau aspir­er à devenir gen­til, lui qu’on a pro­gram­mé méchant, il n’au­ra nulle­ment le droit de sor­tir de sa case. Les Mon­des de Ralph place l’essen­tiel de son intrigue dans le monde du jeu « Sug­ar Rush », un monde sucré à l’ex­cès dont la vision déclenchera à n’en pas douter des crises chez les spec­ta­teurs dia­bé­tiques. Chamar­ré, sat­uré de couleurs pétantes, l’u­nivers de « Sug­ar Rush » tente de dis­simuler, sous la pro­fu­sion de tons, une pau­vreté visuelle éton­nante[1]. Plus que la con­struc­tion d’un univers, il sem­ble avant tout s’a­gir de plac­er des per­son­nages con­nus, et surtout, en lieu et place de per­son­nages, dans le monde 100% con­fisé de « Sug­ar Rush », des mar­ques de sucreries con­nues. La place royale revenant à Coca-Cola (Light, atten­tion !) pour ce qui con­stitue un des place­ments de pro­duits les plus bru­taux jamais vus à l’écran.

Le pré­texte per­me­t­tant de met­tre Coca-Cola en avant dans le cli­max du film peut être érigé en sym­bole de la légèreté avec laque­lle le scé­nario est traité : tout n’est que pré­texte. Pré­texte à des cita­tions clins d’œil des­tinées à s’as­sur­er l’ad­hé­sion des geeks, pré­texte à des cours­es-pour­suites qui, com­par­a­tive­ment, mon­trent à quel point il faudrait réé­val­uer à la hausse le dynamisme des séquences de voitures de Speed Rac­er, dynamisme ici cru­elle­ment absent, pré­texte, enfin et surtout, à mul­ti­pli­er les place­ments de pro­duits.

Clin­quant et écœu­rant, Les Mon­des de Ralph a tout de la bou­tique de sucrerie où l’on se sert soi-même : un choix de frian­dis­es fait pour plaire à tous, cher pour ce que c’est, qui colle aux dents et que l’on regrette juste après. Plus ennuyeux : le film estime suff­isante son idée-procédé, sans jamais paraître s’y intéress­er vrai­ment. À l’heure où le jeu vidéo offre, nar­ra­tive­ment et visuelle­ment, une alter­na­tive sérieuse au ciné­ma, Les Mon­des de Ralph le con­sid­ère d’une façon super­fi­cielle et con­de­scen­dante – une atti­tude d’au­tant plus déplacée que la com­para­i­son joue large­ment en sa défaveur…

Notes

Notes
↑1 Ce qui vaut d’ailleurs pour l’ensem­ble des graphismes – aus­si est-on éton­né d’en­ten­dre un per­son­nage issu du jeu de Ralph s’ex­tasi­er devant le faciès issu d’une femme issue d’un autre jeu : « Woaw, vous êtes en haute déf­i­ni­tion ! », alors que les expres­sions faciales dévolues audit per­son­nage sont effroy­able­ment lim­itées…