La comédie made in Algérie peut-elle renou­vel­er la comédie pop­u­laire française, égarée dans d’in­sond­ables tré­fonds ? Au fond, c’est un peu la ques­tion que pose Il était une fois dans l’Oued, nou­velle réal­i­sa­tion signée Djamel Ben­salah, auteur du navrant Raid, mais égale­ment du sym­pa­thique et inabouti Le Ciel, les oiseaux et ta mère ! Alors, si l’on ne peut en aucun cas par­ler de som­met comique, les ten­ta­tives sincères du cinéaste pour relever un peu la sauce du genre méri­tent qu’on les souligne.

À l’im­age des affich­es plac­ardées un peu partout depuis plusieurs semaines, out­rageuse­ment et volon­taire­ment kitsch, Il était une fois dans l’Oued ne fait pas dans la den­telle. La référence au film de Ser­gio Leone est claire : nous voici dans la grosse par­o­die qui fait sem­blant de ne pas se pren­dre au sérieux. Il était une fois, donc, au temps des cités et des deal­ers de shit, un jeune blondinet répon­dant au doux (et non moins beauf) prénom de John­ny. Nés de par­ents français jusqu’à la racine des cheveux (et donc racistes), John­ny n’avait qu’un rêve : retrou­ver son pays d’adop­tion (l’Al­gérie) et devenir à son tour algérien. Le retour au bled de ses voisins de palier pour les vacances lui per­met de s’embarquer, clan­des­tine­ment bien sûr, au-delà de la mer, vers la Terre promise…

Depuis Le Ciel, les oiseaux et ta mère ou le récent Camp­ing à la ferme, la comédie-qui-envoie-la-cité-en-province n’est plus un ter­rain d’ex­plo­ration incon­nu. Djamel Ben­salah applique con­scien­cieuse­ment la recette : plans sur les fenêtres inhu­maines des HLM (hom­mage à La Haine), faux accents de « caillera » des jeunes, petites com­bines d’escalier, déluge d’in­sultes (« jeunesse de merde », « fils de con »), à côté desquelles la plage algéri­enne ressem­ble à Copaca­bana. Le réal­isa­teur n’ou­blie pas de faire quelques allu­sions (réduites quand même) à des prob­lèmes « sérieux », en fait deux vastes blagues, résol­ubles en deux min­utes de film : l’i­den­tité ambiguë de l’im­mi­gré (qui ne se sent ni français ni algérien) ou le con­flit israé­lo-arabe (qui donne lieu à l’une des meilleures répliques du film : « un pays sans juif est un juge­ment sans témoin »).

Mais cette mon­tagne de clichés éculés ne parvient jamais à domin­er le car­ac­tère intrin­sèque du film : Il était une fois dans l’Oued est un film sym­pa­thique, ou pour être plus pré­cis « sym­pa­toche ». Ni le scé­nario ni les dia­logues ne font preuve d’une verve et d’une malig­nité tran­scen­dantes, et le réal­isa­teur ne va jamais au-delà du film de potes, avec force clins d’œil des­tinés aux Français d’o­rig­ine bien plus qu’aux immi­grés des cités. Les guest-stars con­v­enues ont bien sûr répon­du à l’ap­pel (Éric et Ramzy, décidé­ment inca­pables de sor­tir du reg­istre débil­i­tant dans lequel ils se sont enfon­cés, et Élie Semoun, oubli­able). Mais ce qui frappe surtout, c’est ce décalage bien­venu où l’his­toire du Français errant en terre algéri­enne donne un bon vieux coup de pied à l’eth­no­cen­trisme fran­co-français. Dans les boîtes de nuit du Maghreb, les Blancs sont refoulés par les videurs, et les Algériens craig­nent les «mal­adies français­es», le SIDA et les hépatites…

Comme la chan­son du 113 («Ton­ton du bled») dont il est inspiré, le film peut se voir comme une ten­ta­tive pour ren­dre l’Al­gérie acces­si­ble aux Français. Les mas­sacres, les inté­gristes et la pau­vreté ? Con­naît pas. Le scé­nario place en effet oppor­tuné­ment l’ac­tion en 1988, avant la guerre civile. Chez Djamel Ben­salah, Alger et ses alen­tours ont des airs de carte postale, de par­adis sur terre. Mais l’idée un peu niaise, selon laque­lle beau­coup de prob­lèmes seraient réso­lus si les Français accep­taient leur part algéri­enne (comme les Algériens doivent accepter leur part française), part d’une ini­tia­tive louable, dont il serait mal­venu de se moquer.

Djamel Ben­salah sait sans doute qu’il a réal­isé un film « poli­tique­ment cor­rect », qui ne fâchera per­son­ne, con­tentera (presque) tout le monde et tombera très vite dans l’ou­bli. Mais qui a dit qu’une petite dose de « tout le monde est beau, tout le monde il est gen­til » n’é­tait pas de temps à autre salu­taire ?