On ne pour­ra pas reprocher à Vanes­sa Fil­ho de faire l’impasse sur la France des marges avec son pre­mier long, l’éprouvant Gueule d’ange, qui remet immé­di­ate­ment en mémoire la manière dont Sean Bak­er fil­mait l’an dernier l’Amérique des marges dans le déjà fre­laté The Flori­da Project. Au moins celle-ci avait-elle l’avantage de se trou­ver en ban­lieue de Dis­ney­land, où des enfants sauvages par­qués dans un motel miteux se pré­cip­i­taient, pour vivre le temps d’une fugue leur con­te de fées loin d’adultes irre­spon­s­ables. Ici – dans une cité pro­lé­taire de la Côte d’Azur – les mamans sont toutes aus­si à la ramasse qu’à Orlan­do, avec pour les bam­bins esseulés la fête foraine du coin comme seule échap­pa­toire. Fort oppor­tuné­ment, c’est devant un manège qu’Elli, la gueule d’ange du titre, se trou­vera un papa-peluche, ex-plongeur de l’extrême recon­ver­ti en planche de salut.

Or, dès la scène de mariage qui ouvre les fes­tiv­ités, le mari s’impose déjà comme pro­tecteur prov­i­den­tiel, ten­ant dans ses bras Elli au moment de décou­vrir, hor­ri­fié, que sa femme est en train de le tromper le soir même de leurs noces. Ce qui pose la ques­tion même de la représen­ta­tion des femmes de ce milieu, presque toutes dépeintes en cagoles per­ox­y­dées pro­gram­mées pour s’autodétruire dès le pre­mier plan (la fil­lette chan­tonne une berceuse pour sa môman ivre), avec un acharne­ment qui rend impos­si­ble toute com­pas­sion pour la mère (elle dis­paraît des jours durant sans don­ner de nou­velles). Il faut dire que dans le rôle de Mar­lène, Mar­i­on Cotil­lard n’y va pas de main morte, dans une per­for­mance bor­der­line de femme sous influ­ence qui se cherche une fil­i­a­tion du côté de Gena Row­lands, mais ressem­ble surtout à une déli­rante vari­a­tion de San­dra, son per­son­nage de Deux jours, une nuit. Car c’est aus­si du côté des frères Dar­d­enne que lorgne ce nat­u­ral­isme out­rageuse­ment fardé qui, sous cou­vert de sym­pa­this­er avec les class­es pop­u­laires, fait d’elles un por­trait pro­pre­ment car­nava­lesque.