Mais comment Hong Sang-soo fait-il pour tourner aussi rapidement des films aussi beaux ? Alors que l’on n’a pas encore vu Le Jour d’après, son film présenté en Compétition, Hong Sang-soo livre avec La Caméra de Claire (qui est en fait un appareil photo) l’un des joyaux de cette édition. Il serait facile de cataloguer ce nouveau film, concis (1h09) et tourné vite pendant le Festival de Cannes de l’année dernière, de pièce mineure. Il n’en est rien : sa modestie met au contraire ici particulièrement en exergue la finesse qui caractérise aujourd’hui l’écriture du cinéaste, dont la suprême épure renferme un cœur mystérieux (c’est peut-être le Hong Sang-soo le plus ouvertement fantastique, au sens orthodoxe du terme). Sans jouer ici de la porosité entre le rêve et le réel (Haewon et les hommes) et sans adopter un dispositif narratif saillant (comme ceux, par exemple, de Hill of Freedom ou d’Un jour avec, un jour sans), le film s’articule autour d’une figure potentiellement magique, qui fait secrètement le lien entre les différents régimes de réalité cohabitant de façon presque invisible dans la fiction. (…)
