Il faut atten­dre la fin de l’épopée de Bar­ry Seal, pilote d’avion qui s’est retrou­vé de fil en aigu­ille au cœur des trafics les plus dou­teux de l’Amérique du sud (tra­vail­lant con­join­te­ment avec la CIA, le car­tel de Medel­lín et la dic­tature du Nicaragua), pour qu’un plan parvi­enne à frap­per un peu. Ce plan, c’est celui d’une dis­pari­tion : l’image analogique du héros se figeant avant d’être ravalée, sec­onde après sec­onde, par la blancheur d’une cas­sette qui se dérè­gle. Belle idée, d’autant plus trou­blante qu’elle pointe finale­ment une grav­ité der­rière l’aventure trép­i­dante du héros cam­pé par un Tom Cruise mis­ant sur son charme et sa légèreté pour faire oubli­er que, mine de rien, son corps com­mence à accuser le poids des années. Mais le plan glisse mal­gré tout, ravalé par l’insouciance d’un film qui plonge, avec beau­coup d’ironie, le spec­ta­teur dans une Amérique des années 1980 fig­urée avant tout comme un mag­ma d’images clin­quantes citant autant Scar­face, Top Gun que le rise and fall scors­esien.

C’est que Bar­ry Seal est l’histoire d’un homme grisé par l’attrait de l’aventure ; un citoyen poten­tielle­ment mod­èle (pilote doué, mari et père de famille aimant) qui, fatigué d’un quo­ti­di­en trop monot­o­ne, cherche le grand fris­son. L’argent n’est au fond qu’une moti­va­tion sec­ondaire de ses exac­tions (il finit d’ailleurs par en avoir trop, les bil­lets débor­dent des plac­ards, des valis­es, des car­tons à chaus­sures, du cof­fre des ban­ques, du sol de la mai­son où le héros accu­mule ses gains fraud­uleux), c’est l’aventure qui le guide – même l’exécution, à la fin du film, de ses heures de travaux d’intérêt général est dépeinte comme le quo­ti­di­en d’un espi­on. Si le scé­nario repose sur une vitesse qui téle­scope les années et les espaces avec une véloc­ité indé­ni­able, le film souf­fre toute­fois de faire de ce débor­de­ment (du désir, de l’argent, de la drogue et de l’excitation) le moteur de l’avancée d’un réc­it que Doug Liman, pour­tant habile arti­san (se sou­venir d’Edge of Tomor­row et Mr & Mrs Smith), filme comme un clip où rien, à l’exception de ce plan fugace de Cruise dis­parais­sant dans l’abîme, ne vient creuser une aspérité.