C’est dans un west­ern sans colts que Jake Gyl­len­haal débar­que aujourd’hui, en jus­tici­er dis­tribuant les man­dales dans les Keys, cet archipel flori­di­en qui fait dans Road House fig­ure de dernière fron­tière plus que jamais livrée à la loi de la jun­gle. Face à ce videur de boîte de nuit tou­jours soucieux de savoir si ses adver­saires ont une assur­ance-san­té, le boss de dernier niveau est joué par Conor McGre­gor, teigne irlandaise des MMA qui donne ici libre cours à ses instincts de fauve lib­er­tarien réchap­pé de l’octogone. Le choc de ces deux visions de l’Amérique en pleine année élec­torale aurait pu pro­duire quelques étin­celles, celles d’un spec­ta­cle à la vul­gar­ité délec­table. Nous en sommes hélas loin. Coincé entre hom­mage et dopage, ce remake du film culte de Row­dy Her­ring­ton a beau surenchérir, il ne parvient pas à sup­planter l’original, clas­sique fan­tai­siste de vidéo­club qui fai­sait du bar fight une danse per­pétuelle.

Avec la présence au cast­ing d’un vrai com­bat­tant, on était en droit d’attendre des scènes de bas­ton une âpreté par­ti­c­ulière. À plus forte rai­son que les états de ser­vice de Doug Liman dans le reg­istre de l’action­er sont bien doc­u­men­tés, de La Mémoire dans la peau à Edge of Tomor­row, en pas­sant par Mr. et Mrs. Smith. Faite de longues pris­es, sa mise en scène ultra­dy­namique conçue pour l’IMAX cherche à immerg­er le spec­ta­teur dans la bru­tal­ité extrême des corps-à-corps. Mal­heureuse­ment, le choix d’amplifier la vio­lence à grands ren­forts d’effets numériques a l’effet exacte­ment inverse : les affron­te­ments sem­blent déréal­isés par cette gon­flette qui singe l’esthétique du jeu vidéo au lieu d’y puis­er des pos­si­bil­ités fig­u­ra­tives inédites, comme avait su le faire la saga John Wick. Ce ratage s’explique aus­si par le fait qu’un film d’action réus­si est aus­si la ren­con­tre d’un regard et d’un corps, et que celui de Gyl­len­haal, aus­si aguer­ri soit-il, sem­ble extérieur à cet univers. Pas un instant la dan­gerosité prêtée à son per­son­nage ne prend vrai­ment forme à l’écran, là où McGre­gor exsude dès sa pre­mière appari­tion une bes­tial­ité qui aurait fait mer­veille dans le prochain Mad Max.