Fish Tank de la Bri­tan­nique Andrea Arnold s’avère bien moins minable que son précé­dent long-métrage Red Road, présen­té en com­péti­tion en 2006. La réal­isatrice s’est dégoté une inter­prète extra­or­di­naire – en la per­son­ne de Katie Jarvis, incon­nue – sur les épaules de laque­lle tient tout le film. Mia évolue dans le morne paysage des blocs de béton, une cité comme il en existe tant et qui n’a d’anglais que la langue qu’on y par­le. Elle a lâché l’école et laisse couler les jours, dans un envi­ron­nement vio­lent où la seule plage d’imaginaire est occupée par le hip-hop, son break-danc­ing, ses clips gavés de booties, de Rolex et de Lexus. Le jour où sa mère ramène à la mai­son un nou­veau petit ami au corps de rêve (Michael Fass­ben­der, décidé­ment physique), un trou­ble saisit Mia devant cette autorité mas­cu­line sou­ple et com­plice. Con­nor finit par se taper sa belle-fille, qui jouit inten­sé­ment de l’inceste, sur le canapé. Jusque-là, Fish Tank était un hon­nête télé­film de la BBC, une fic­tion de qual­ité comme sait en pro­duire le petit écran anglais, dans le genre con­venu de la pour­suite obstinée d’un per­son­nage élu et mis en sit­u­a­tion dans son envi­ron­nement (fish tank = aquar­i­um), per­son­nage que la caméra ne lâche pas d’une semelle. Que Mia soit de tous les plans, Andrea Arnold n’en tire aucun principe esthé­tique, ni même formel. Là-dessus, le film est d’une placide banal­ité. Pas désagréable. Il som­bre ensuite dans des vel­léités de sens, des out­rages sig­ni­fi­cat­ifs qui mêlent la poésie for­cée – un vieux cheval attaché dans un camp de gitans que la jeune fille veut délivr­er – et tout un bazar freu­di­en (Élec­tre, quand tu nous tiens). Une belle piste se des­sine : la rela­tion mère-fille con­sid­érée comme un état de con­cur­rence sex­uelle. Sinon, dans sa dernière demi-heure, le film ren­con­tre par cinq fois l’occasion de se finir sans qu’Arnold ait la présence d’esprit de la saisir. Dom­mage.