Critikat

Théorème

par Mathieu Macheret

Cet article a été initialement publié en janvier 2010. Sous son manifeste mépris de la belle image – photographie délavée, refus de la composition picturale – et son apparente négligence, Théorème cache une structure de fer, rigoureuse et, finalement, « surcadrée ». Pas la peine de revenir sur le détail du récit – supposé connu – pour la mettre en…

Le Charme discret de la bourgeoisie

par Mathieu Macheret

Il est vain, sinon impossible, de résumer Le Charme discret de la bourgeoisie, trentième et antépénultième film de Luis Buñuel, le cinquième de sa période française qui, soit dit en passant, assemble une belle collection de chefs-d'œuvre. Que dire ? Que six personnages issus de la haute bourgeoisie, deux couples et deux célibataires, trois hommes (Fernando Rey, Jean-Pierre Cassel, Paul…

À bout de souffle

par Mathieu Macheret

À bout de souffle revient comme s'il ne nous avait jamais quittés. Paris a vieilli. Lui n'a pas changé. Quel est donc ce drôle d'air qui flotte autour de nous ? Est-ce Paris qui refleurit, au seuil de l'été ? Mais au fait, pour tous ceux qui vont le voir pour la première fois, c'est quoi, À bout de souffle…

Le Tigre du Bengale / Le Tombeau hindou

par Mathieu Macheret, Théo Ribeton

LE TIGRE DU BENGALE (par Théo Ribeton) Avant-dernier film – plus exactement, l’antépénultième et le pénultième, puisqu’il s’agit de deux films – de Fritz Lang, le diptyque indien connaît une réputation d’œuvre si hallucinée, si rêveuse, si ensorcelée qu’on croirait voir projetée sur l’histoire de la cinéphilie toute l’hypnose développée dans les entrailles du film. C’est un Everest ; un…

Le Journal d’une femme de chambre

par Mathieu Macheret

Premier des sept films de la période française de Buñuel, Le Journal d'une femme de chambre (1963) est réputé le moins énigmatique d'entre eux. Point d'entrée idéal dans l'œuvre du cinéaste, il détient pourtant une énigme de taille, proprement insoluble : l'impénétrable Célestine, personnage de petite bonne d'une ambiguïté complète, magistralement interprété par Jeanne Moreau. Il existe, au cinéma, plusieurs…

Rendez-vous Critikat #14 : Remakes

par Mathieu Macheret

Pour son prochain Rendez-vous, Critikat propose une séance "Hors les murs" du dernier festival Entrevues de Belfort. Dans le cadre de La Transversale, Mathieu Macheret a offert une programmation, en décembre dernier, autour du remake. Reprise, donc, au Reflet Médicis le jeudi 23 mars avec, en double séance, le chef d'œuvre de Douglas Sirk, Tout ce que le ciel permet, suivi de…

New York-Miami

par Mathieu Macheret

On ne trouvera rien que de bien banal à déclarer aujourd’hui que la grandeur de la comédie hollywoodienne classique tient à sa vitesse. En revanche, s'est-on vraiment interrogé sur la nature de cette vitesse ? Il ne serait pas inutile d’en donner une définition de base, aussi terre à terre que possible. Littéralement, la vitesse n’est-elle pas cette propriété formidable…

The Terrorizers

par Mathieu Macheret

Splendor Films sort pour la première fois sur les écrans le troisième long-métrage d'Edward Yang, The Terrorizers (1986), implacable radiographie sentimentale de la néo-bourgeoisie de Taipei et plongée dans la froide géométrie de la ville. Il était temps de rendre justice à l'indignation du cinéaste, chef de file de la Nouvelle Vague taïwanaise. À ce jour, Yi-Yi (2000) reste le…

Nathalie Granger

par Mathieu Macheret

Deux femmes : Lucia Bosé et Jeanne Moreau. Deux petites filles. Une grande maison. Un jardin. Un étang. Un représentant de commerce : Gérard Depardieu. La violence. La musique. Un producteur : Luc Moullet. Cherchez l'intrus. Certes, Nathalie Granger n'est pas le plus grand film de Marguerite Duras, ni le plus facile à aimer. Sa position transitoire dans la scripto-filmographie…

Heli

par Mathieu Macheret

Heli, troisième long-métrage d'Amat Escalante, jeune cinéaste mexicain, est un film violent sur la violence. Non pas une violence dont les raisons seraient poursuivies et interrogées, mais une violence sans cause, consubstantielle au Mexique, petit monde abandonné par les dieux, «sans providence, sans équilibre» et qui semble ne reposer ici, comme le disait Koltès, que sur «le caprice de trois…

Providence

par Mathieu Macheret

Avec Providence, Resnais signait un grand film sur la vision active du monde, ou comment un vieil écrivain mourant relance, du fond de sa chambre, les dés de sa vie (et celle de ses proches) au bénéfice d'une œuvre littéraire. Mais Providence fait partie de ces films qui peuvent en cacher un autre, lové à rebours du premier. Celui-là nous…

Gravity

par Mathieu Macheret

Le dernier film d’Alfonso Cuarón (Y Tu Mama También) pourrait bien, si son succès ne se dément pas, ouvrir à lui seul une nouvelle voie pour le blockbuster hollywoodien. Jusqu’alors, on pouvait encore rester de marbre devant le style de plus en plus emphatique d'Alfonso Cuarón, cinéaste mexicain touche-à-tout et polyvalent, dont les plans-séquences virtuoses laissaient poindre une part d’esbroufe…

Le vent se lève

par Mathieu Macheret

Présenté samedi dernier à la Mostra, le dernier long-métrage de Hayao Miyazaki, géant de l’animation japonaise et figure de proue du Studio Ghibli, risque d’en déconcerter plus d’un. Le maître, à l’âge vénérable de 72 ans, a atteint dans son art un tel niveau d’accomplissement et d’aisance, qu’il semble flotter dans une liberté sans borne et ne plus avoir à…

Le vent se lève sur le Lido

par Benoît Smith, Mathieu Macheret

En ce moment, le plus vieux festival de cinéma au monde, la Mostra de Venise, qui se déroule en pleine Biennale d’art contemporain, fête ses 70 ans. Si le dernier film d’animation du Japonais Hayao Miyazaki, The Wind Rises, mélodrame déchirant et traité déroutant de précision sur les caprices de l’air, n’était venu relever une compétition moribonde, on aurait presque…

Rue des cités

par Mathieu Macheret

En termes de représentation, la banlieue est la part maudite du cinéma français. Ou elle n'existe pas, ou alors seulement comme la fin du monde (Paris), ou elle sert de grand fourre-tout sociologique. Si Rue des cités n'échappe pas toujours à ce dernier versant, il a au moins le mérite de filmer la banlieue comme un espace habitable, où se…

L’Antre de la folie

par Mathieu Macheret

Si L'Antre de la folie ne marque pas exactement le sommet de l'œuvre de John Carpenter, comme on l'a un peu vite affirmé – The Thing (1982) reste indétrônable –, c'est assurément un film passionnant et qui contient parmi les plus belles scènes tournées par le cinéaste. Celui-ci tente beaucoup de choses, pousse son classicisme dans ses derniers retranchements, fait…

Reality

par Mathieu Macheret

En guise de revival de feu la comédie italienne, Matteo Garrone, encore chaudement auréolé du succès de Gomorra à Cannes en 2008 – Grand Prix – nous livre un pensum lourdingue, méprisant envers le bas-peuple (ces imbéciles qui regardent la télé) et serti d'une réflexion rassie sur ce miroir aux alouettes qu'est la désormais bien moribonde "télé-réalité". Pas vraiment la…

À la merveille

par Mathieu Macheret

Avant d’aborder un film tel que To the Wonder, dernier long-métrage de Terrence Malick, tourné dans la foulée de The Tree of Life (palme d’or 2011 à Cannes), il faut prendre quelques pincettes nécessaires. D’abord préciser que notre déception ne relève pas d’une allergie aux grandeurs. Le cinéma d’aujourd’hui a plus que jamais besoin de vastes opéras, d’ambitions démesurées, de…