Le pre­mier plan invite le spec­ta­teur à entr­er dans le film – « ENTER » – pour lui faire vivre une expéri­ence psy­chédélique hal­lu­cinogène, une plongée dans le monde toky­oïte de la drogue et du sexe. Quand Oscar était enfant, il avait promis à sa sœur Lin­da de ne jamais l’abandonner, même s’il mourait. Suite à une descente de police, le deal­er est tué, mais son esprit se détache et se met à flot­ter dans la ville. Enter the Void est entière­ment tourné en caméra sub­jec­tive. L’idée n’est pas nou­velle – on se sou­vient de La Dame du lac, de Robert Mont­gomery, en 1947 : mais ici le regard d’Oscar est aus­si un regard de l’au-delà, fait de visions hal­lu­cinées. Ce « mélo­drame psy­chédélique » con­stru­it à grand ren­fort de numérique exhibe une vir­tu­osité formelle « planante » : dans des plans séquences infi­nis, la caméra vire­volte et tra­verse les murs, plonge dans une qua­trième dimen­sion où la per­cep­tion visuelle et sonore est défor­mée, comme vécue sous LSD.

Mais la prouesse tech­nique tourne com­plète­ment à vide. Habitué du scan­dale facile (Irréversible), Gas­par Noé n’a décidé­ment rien à dire. Deux heures trente de vide inter­sidéral, voilà Enter the Void, qui se clôt avec une ironie non voulue sur ce plan « THE VOID ». Mais ne quit­tez pas la salle avant la fin, qui promet de franch­es rigo­lades. On se demande com­ment le réal­isa­teur, lors de l’unique pro­jec­tion can­noise, a bien pu com­pren­dre les explo­sions de rire qui ont reten­ti à plusieurs repris­es dans les trente dernières min­utes. Con­stru­isant un film grotesque­ment psy­ch­an­a­ly­tique, il ne recule devant rien. Inca­pable d’exploiter la richesse poten­tielle de l’idée scé­nar­is­tique de base, il place au con­traire le spec­ta­teur dans une posi­tion abjecte, celle d’un regard qui sur­v­ole et niv­elle tout ce qu’il voit. Gas­par Noé mon­tre tout sans se pos­er aucune ques­tion de mise en scène, sig­nant un film obscène, oubliant que l’image est ques­tion de morale.