Pour son pre­mier essai en tant que réal­isa­teur, l’écrivain Frédéric Beigbed­er a choisi d’adapter un de ses romans, L’amour dure trois ans. Mais, préférant son texte à l’écriture exigeante de la comédie roman­tique, il réalise un film sans rythme tra­ver­sé par des per­son­nages super­fi­ciels.

On se sou­vient des flirts de Beigbed­er avec le ciné­ma : quelques rôles, l’adaptation fati­gante de son 99 francs par Jan Kounen, une émis­sion cri­tique heb­do­madaire. Vis­i­ble­ment épris, l’auteur saute le pas et célèbre ses fiançailles avec le sep­tième art, choi­sis­sant comme témoin son texte L’amour dure trois ans. Dans le plus pur style Beigbed­er, le livre enchaî­nait des for­mules rel­e­vant plus du pub­lic­i­taire que du mari­vaudage, tout en suiv­ant les déboires de Marc Mar­ronnier (Gas­pard Proust), écrivain épris d’Alice (Louise Bour­goin), mais men­acé par le suc­cès de son dernier opus, L’amour dure trois ans.

Force est de con­stater que ce sont les deux prin­ci­paux pro­tag­o­nistes qui pâtis­sent le plus de ce pas­sage du roman au ciné­ma. En effet, c’est à eux qu’il revient de réciter à la let­tre le texte orig­i­nal qui arrachera dif­fi­cile­ment un éclat de rire au spec­ta­teur. Qu’ils soient insérés dans les dia­logues, réc­ités en face caméra ou écrits en surim­pres­sion sur l’image, les apho­rismes man­quent com­plète­ment leur effet comique. Pour les bad­i­nages des amants, Beigbed­er pense à Faisons un rêve de Sacha Gui­t­ry, mais est resté écrivain lorsqu’un dia­logu­iste était tout indiqué pour faire des échanges entre les per­son­nages un véri­ta­ble enjeu à l’écran.

De cette équiv­a­lence oblig­ée entre l’écriture et l’image résulte une réal­i­sa­tion sage et atten­due : s’il est écrit «Une main molle, blanchâtre, avec la con­sis­tance d’un gant Map­pa», la caméra de Beigbed­er pro­posera un plan sur une main dans un gant de vais­selle rose, dou­blé de la cita­tion en voix-off. Une telle rigid­ité, au-delà de toute décep­tion du lecteur, influe sur les ressors comiques du jeune cou­ple, duquel l’on se dés­in­téressera très vite au prof­it des nom­breux sec­onds rôles qui béné­fi­cient d’un peu plus d’amplitude comique. Même si le com­père Jean-Georges (JoeyStarr) emprunte une direc­tion cou­rue d’avance, Valérie Lemerci­er, plutôt géniale en ersatz de Tere­sa Cremisi, ou le cou­ple franglais con­sti­tué par Frédérique Bel et Jonathan Lam­bert volent vite la vedette au duo comique cen­tral.

Et c’est bien dans ces moments où Beigbed­er s’approche du milieu lit­téraire de grande pro­duc­tion que l’on entrevoit la pos­si­bil­ité d’une satire. Mais les scènes qui décor­tiquent la créa­tion médi­a­tique de l’auteur se résu­ment mal­heureuse­ment à de rapi­des clins d’œil, envoyés tan­tôt au monde des let­tres (Alain Finkielkraut et Pas­cal Bruck­n­er mènent un débat sur l’ouvrage de Mar­ronnier), tan­tôt à celui des images (le com­pos­i­teur Michel Legrand se rep­longe dans sa péri­ode L’Affaire Thomas Crown et Les Moulins de mon cœur pour le hap­py-end). La comédie satirique qui aurait très bien pu se dévelop­per laisse finale­ment place à une propen­sion à la cita­tion qui est déjà devenu le pro­pre de Beigbed­er sur le plan lit­téraire depuis quelques années.