Après un pre­mier épisode rigo­lo et irrévéren­cieux et un sec­ond volet par­fois lourd parce que beau­coup plus référen­tiel, la saga Shrek déserte cette fois les chemins de l’hu­mour potache pour ados attardés qui avaient fait son charme, et s’adresse avant tout aux mômes et à leurs par­ents friands d’une morale sim­ple et acces­si­ble. Dom­mage.

Il y a quelque chose de pour­ri au roy­aume de Fort Fort Loin­tain. Tan­dis que le roi-grenouille est à l’ag­o­nie, le prince Char­mant s’ac­quiert les ser­vices des méchants de con­te de fées, afin de pren­dre le pou­voir. Avec la mort de son beau-père, qui dans un grand moment d’é­mo­tion shake­speari­enne lui a lais­sé la couronne, Shrek se voit obligé d’as­sumer le rôle de roi. Apprenant qu’il existe un autre héri­ti­er poten­tiel à la couronne – prénom­mé Arthur – l’o­gre va ten­ter de met­tre l’in­téressé sur le trône. Mais c’est sans compter avec la vilénie notoire du méchant prince Char­mant et de ses alliés…

Sorte de pro­duc­tion-étalon d’un cer­tain style de ciné­ma d’an­i­ma­tion, Shrek se trou­ve avec ce troisième épisode vic­time de son suc­cès et du suc­cès du genre. Après deux épisodes où l’hu­mour potache et générale­ment assez bas de pla­fond main­te­nait le film au dessus de la mièvrerie que son sujet pou­vait sug­gér­er, Shrek le Troisième joue à fond la carte de l’in­fan­til­isme et, de façon plus gênante, d’un côté moral et don­neur de leçon. Le film se veut en effet une apolo­gie au pre­mier degré de la famille, et d’une morale aux relents dis­neyens : il ne faut pas juger les gens sur leur apparence, un ogre ça peut être gen­til, un ado­les­cent peut ne pas être un par­fait crétin (et aus­si, une femme – ou une ogresse – digne de ce nom, ça reste sur le quai quand son mari part à l’aven­ture).

En dehors de cette lénifi­ante leçon, que reste t‑il de Shrek le Troisième ? Les gags sont partagés entre le réchauf­fé redon­dant et quelques idées bien­v­enues (un sort qui échange les per­son­nal­ités de l’âne et du chat dans leurs corps respec­tifs ; l’é­cole d’Arthur où les plus idiots sont des clones de Har­ry Pot­ter ; Raiponce, la Belle au bois dor­mant, Blanche-Neige, Cen­drillon, Fiona et sa mère en com­man­do de choc qui casse les murs à coups de boule…). Quant à la mise en scène, le tra­vail sur l’im­age : la per­fec­tion est évidem­ment au ren­dez-vous, mais une per­fec­tion creuse et vide de sens, qui laisse le sen­ti­ment d’une image lisse et sans âme.

Lisse et sans âme : voilà qui définit pleine­ment Shrek le Troisième, d’au­tant que son scé­nario évoque curieuse­ment Cen­drillon et le Prince (pas trop) char­mant. Il est prob­a­ble que le scé­nario du film de l’o­gre ayant cir­culé, le petit et moyen­nement réus­si Cen­drillon aura ten­té de coif­fer le block­buster au poteau, avec suc­cès. Gags effi­caces mais sans réelle enver­gure, scé­nario con­venu et moral­iste : Shrek le Troisième déçoit un brin les ama­teurs de l’hu­mour (très) bête et (gen­ti­ment) méchant des pre­miers épisodes. On regrette finale­ment que Shrek devi­enne gen­til, presque pro­pre, et qu’il pète moins fort et moins sou­vent.