L’été arrive et avec lui son lot de sor­ties pour les bam­bins en vacances. Nos voisins les hommes, adap­ta­tion d’une BD quo­ti­di­enne pub­liée dès 1995, est le point de départ du nou­veau film de Dream­Works, où une bande d’an­i­maux des bois se retrou­vent à harcel­er les humains d’une ban­lieue lamb­da tout en se moquant (très) gen­ti­ment d’eux. Entre para­noïa et cynisme appa­raît alors un nou­v­el âge du dessin ani­mé hol­ly­woo­d­i­en.

À l’ar­rivée du Print­emps, les ani­maux de la forêt emmenés par Verne la tortue sor­tent de leur ter­ri­er pour repren­dre des forces après leur longue hiber­na­tion. Mais stu­peur, une haie les encer­cle ! La bande est très vite rejointe par Riton, un raton laveur baroudeur et manip­u­la­teur qui va les ini­ti­er à l’op­u­lence du mode de vie des humains. Dans la ban­lieue, domaine du « bien être » il n’y a qu’à se servir pour sur­vivre et la nour­ri­t­ure coule à flot.

Adap­té d’une bande dess­inée pub­liée dès 1995 par M. Fry et T. Lewis, Over the Hedge, Nos voisins les hommes con­fir­ment le poids de Dream­Works dans la pro­duc­tion des dessins ani­més. Suite logique aux suc­cès mon­di­aux de Shrek et de Mada­gas­car, ce dernier opus reprend toutes les fig­ures des réus­sites mis­es en place précédem­ment: énergie au bord de l’hys­térie héritée du car­toon à la Tex Avery, blagues sec­ond degré « pour adultes », créa­tures ani­mées proches de la peluche irré­sistible mais au car­ac­tère bien trem­pé, références post-mod­ernes aux clas­siques du ciné­ma… La recette est rodée et fonc­tionne plutôt bien.

Pour­tant, le choix du ter­ri­toire où se déroule l’aven­ture est en soi une nou­veauté. Après les îles loin­taines de Mada­gas­car et l’u­nivers mer­veilleux du con­te dans Shrek, Nos voisins les hommes réin­vestit une géo­gra­phie plus réal­iste et poli­tique: la ban­lieue pavil­lon­naire blanche des villes améri­caines. Les petits ani­maux vont piller sans ver­gogne cet univers sur­pro­tégé où vivent des humains dont le prin­ci­pal désir est d’ac­cu­muler sans cesse des biens de con­som­ma­tion jusqu’au gâchis. Fab­riquée de toutes pièces et érigée comme sym­bole d’une société, la ban­lieue bour­geoise est aus­si dev­enue le nou­v­el Eldo­ra­do du ciné­ma améri­cain qui se plaît à nous rap­pel­er qu’il ne s’ag­it là que d’un rêve vicié de l’in­térieur. En effet depuis quelques années, de nom­breux films de fic­tion, de Amer­i­can Beau­ty à Des­per­ate House­wives, se plaisent scruter l’en­vers de l’u­nivers pavil­lon­naire où grouil­lent les névros­es et la folie qu’une indé­cente opu­lence n’ar­rive plus à mas­quer. La ban­lieue comme par­adis arti­fi­ciel, qui peut évo­quer le bon­heur ras­sur­ant comme le cauchemar le plus infer­nal.

Mais c’est sur ce ter­rain que le film pèche le plus. La thé­ma­tique de la ban­lieue et ce qui en découle, (ici en pre­mier lieu la mal-bouffe, l’é­colo­gie et la sécu­rité) trou­ve un traite­ment ambigu et plus tim­o­ré. La cri­tique sociale pro­posée par le film sem­ble s’in­scrire dans l’air du temps et n’empêche pas une cer­taine glo­ri­fi­ca­tion des valeurs améri­caines. Car, finale­ment, les ani­maux prof­i­tent eux aus­si d’un sys­tème qu’ils ne remet­tent jamais en ques­tion.

Après avoir con­stru­it son empire sur les con­tes de fées, le ciné­ma améri­cain sem­ble avoir trou­vé un nou­veau filon pour rem­plir les caiss­es. La cri­tique sociale acerbe répond juste­ment à la demande d’un cer­tain pub­lic mais n’at­teste en aucun cas de la sincérité de ceux qui la pro­pose. Et c’est ain­si que naquît un nou­v­el âge clas­sique du dessin ani­mé, net­te­ment plus cynique.