Quand vous ne pou­vez plus faire de suites, faites un spin off ! Alors que la fran­chise Shrek n’en finit plus d’agoniser, avec chaque nou­v­el épisode moins con­va­in­cant que le précé­dent, voici venir le film atten­du depuis Shrek II : Le Chat pot­té, ou les aven­tures d’un greffi­er grande gueule et pattes de velours. Autant être clair – le minet roux est bien par­ti pour enter­rer le gros ogre vert.

Il faut dire que la tâche n’est pas des plus dif­fi­ciles : au bout de qua­tre épisodes, la saga Shrek a bien per­du de son très relatif charme orig­inel. Elle avait surtout tourné le dos à ce qui avait per­mis au pre­mier épisode de sor­tir du lot du tout venant de l’animation à l’époque (2001) : un goût pronon­cé pour l’irrévérence vul­gaire, pour une grossièreté réjouie qui fut – pour ceux qui se sou­vi­en­nent des pets foireux lâchés en pleine vase, par­don­nez le para­doxe – comme un bol d’air frais dans l’univers com­passé des pro­duc­tions Dream­Works. Les pre­mières min­utes du Chat pot­té[1] tranchent, de ce point de vue, avec le style timide des derniers Shrek : en effet, gags potach­es et humour douce­ment grav­eleux sont au ren­dez-vous.

Évidem­ment, la suite ne tient pas les promess­es de ce pro­logue, mais, de vire­voltantes cabri­oles en méchants savoureux, d’épreuves dan­tesques en antag­o­nistes épiques, le film parvient à faire oubli­er cette faib­lesse. Cette faib­lesse, et bien d’autres. Ain­si, la mal­adie qui veut que l’on sac­ri­fie la cohérence d’un scé­nario aux grands noms du cast­ing explique cer­taine­ment la présence de Hump­ty Dump­ty, sor­ti de l’univers de Lewis Car­roll et de son Alice, et per­son­nage presque inté­grale­ment raté dans Le Chat pot­té. Des­tiné à recevoir la voix de Zach Gal­i­fi­anakis, Hump­ty Dump­ty ne véhicule rien du – sup­posé – tal­ent bur­lesque du bar­bu de Very Bad Trip. Certes, l’acteur est bank­able, et ceci explique peut-être sa présence au générique. Pour­tant, tant qu’il tente de légitimer à l’écran la présence de ce per­son­nage gauche et pass­able­ment éner­vant, le film peine à trou­ver son rythme, et plonge son audi­toire dans un ennui pro­fond.

Fort heureuse­ment, Anto­nio Ban­deras et Salma Hayek, dans les deux rôles prin­ci­paux, béné­fi­cient de dia­logues plus savoureux et, les scé­nar­istes sachant man­i­feste­ment quoi faire de leurs bondis­sants pro­tag­o­nistes, rem­plis­sent l’écran. Tou­jours situé dans la veine cul­turelle­ment ultra­référen­tielle de Shrek, Le Chat pot­té revient cepen­dant aux orig­ines : les références aux con­tes de fées tra­di­tion­nels, qui fai­saient égale­ment le prix du pre­mier Shrek. On y revient tou­jours : Le Chat pot­té con­tient, en somme, tout ce qui fai­sait le charme de Shrek, sans pour autant que ce soit une red­ite – les bonnes recettes déjà éprou­vées, assor­ties de pro­grès tech­niques nota­bles. Espérons juste qu’après cet agréable pre­mier épisode, la saga du matou bret­teur emprun­tera des chemins plus per­ti­nents que son cousin l’ogre pétomane.

Notes

Notes
↑1 Hon­nis soient les tra­duc­teurs respon­s­ables de cet immonde « pot­té », en pas­sant.