Cen­sé être le dernier épisode de la saga, Shrek 4 se con­tente d’une petite his­toire tirée par les cheveux, qui ne retrou­ve ni la verve, ni l’aspect par­o­dique qui avaient fait le suc­cès de la série. Le spec­ta­teur a donc droit au ser­vice après-vente pour ten­ter un dernier coup mar­ket­ing, sans le moin­dre effort pour se retir­er en beauté.

Il n’existe qu’une seule règle inéluctable au pays des pontes d’Hollywood : la loi des séries. Elle pousse tout entre­pre­neur peu scrupuleux à vouloir exploiter une licence juteuse jusqu’à la lie, sans se souci­er de l’essoufflement de la saga, pour en tir­er la sub­stan­tifique moelle que représen­tent le suc­cès et l’argent. C’est un peu ce qui est arrivé à Shrek, au sens pro­pre comme au fig­uré. Après la sur­prise d’un pre­mier épisode sym­pa­thique et hila­rant, il a fal­lu en pass­er par des suites dis­cuta­bles et sans grand intérêt, seule­ment pour per­pétr­er la gloire d’un univers plébisc­ité par le pub­lic. Un peu à l’image de ces séries télévisées qui, après une pre­mière sai­son réussie, ne retrou­vent jamais l’impact et la justesse de ton de leurs débuts, Shrek a vite dépéri. Ce qua­trième épisode fait peine à voir : Shrek est un père étouf­fé par le quo­ti­di­en, en pleine crise exis­ten­tielle, qui ne sup­porte pas son nou­veau statut de star. Il n’est plus un ogre éruc­tant et malpoli, mais une attrac­tion à qui l’on demande de grogn­er ou faire la gri­mace. Ironie du sort, le film est lui aus­si devenu un manège gen­til­let.

Que pro­pos­er alors ? Shrek évolu­ant dans un monde emprunt de magie, il sem­ble facile et naturel aux scé­nar­istes de nous servir la mécanique éculée du monde par­al­lèle. Nous voilà donc bal­ancés dans une dimen­sion où l’ogre n’a pas délivré Fiona du château, et où il peut revivre en paix sa bonne vieille vie de fau­teur de trou­bles. Seule­ment, il s’est fait arna­quer par le sor­ci­er (antag­o­niste, agaçant et sans relief) qui l’a pro­jeté dans ce monde, et se trou­ve obligé de recon­quérir sa belle avant la fin de la journée sous peine de dis­paraître totale­ment du cours de l’histoire. Le retour dans le passé ne donne mal­heureuse­ment lieu à aucune relec­ture des épisodes précé­dents, et délaisse les déli­cieux anachro­nismes au prof­it de gim­micks éner­vants (un morceau des Beast­ie Boys sur une scène de danse), stig­ma­ti­sant le manque d’inspiration cri­ant qui plombe le film. Il est regret­table égale­ment de voir, après la réus­site d’Avatar dans ce domaine, que la 3D est main­tenue au rang d’argument mar­ket­ing. Shrek 4 en est l’image par­faite : peu de tra­vail sur la pro­fondeur de champ et les tex­tures des per­son­nages, la 3D con­t­a­mine le film d’une manière plus sournoise. En effet, elle sem­ble plus présente au stade de l’écriture du scé­nario que sur l’écran lui-même. Le symp­tôme prin­ci­pal en est la mul­ti­pli­ca­tion des scènes d’action et de pour­suite, dans le seul but d’en met­tre plein les yeux (ce qui n’est, donc, même pas le cas) pour détourn­er l’attention de dia­logues plats et expli­cat­ifs. Même l’âne en perd son caquet, c’est dire…

Que sub­siste-t-il donc ? Un début de réc­it tran­quille­ment encour­ageant, qui reprend à son compte le mantra « ils eurent beau­coup d’enfants et vécurent heureux pour tou­jours », pour le dis­tor­dre en un joyeux caphar­naüm de pleurs, de biberons et de change­ments de couch­es. Ou encore une réjouis­sante scène de (re)séduction entre Shrek et Fiona qui se con­cré­tise en un con­cours de poings dans la fig­ure. Des prob­lèmes de rythme vien­nent émailler ponctuelle­ment le film, et là où les scé­nar­istes savaient aupar­a­vant exploiter les sit­u­a­tions au max­i­mum, le souf­flet retombe dis­crète­ment. Le compte à rebours qui plane sur la tête du héros donne l’impression de scènes bâclées, comme s’il fal­lait se ren­dre le plus vite pos­si­ble d’un point à un autre de l’histoire, et résoudre une intrigue brouil­lonne en une heure et demie. Le car­ac­tère irrévéren­cieux de la série s’en trou­ve affec­té, et se noie sous une épaisse couche de guimauve sans saveur. Preuve en est la morale finale du film sur le bon­heur famil­ial, et ces « petits riens quo­ti­di­ens » qui font le bon­heur d’un ogre. Il était temps qu’on en finisse, l’indigestion est proche…