Déjà annon­cé comme un can­di­dat poten­tiel à la com­péti­tion l’an dernier, Hope arrive entouré d’une aura de film longue­ment atten­du. On dirait presque qu’il s’en amuse, tant le film joue d’ef­fets de sur­prise. Place au tour de manège : la qual­ité prin­ci­pale du film est de s’assumer comme une machine à effets, une série B pro­tubérante dotée des moyens d’un block­buster. Enfin un film de genre de cette ampleur, où la seule chose qui compte pour les per­son­nages est leur survie : pas de divorce qui se passe mal, pas d’histoire d’amour qui se noue à tra­vers les épreuves, pas même de véri­ta­ble sous-intrigue poli­tique ; juste une men­ace dont il faut se débar­rass­er. La pre­mière heure, à ce titre, est de loin la plus réussie : on y suit prin­ci­pale­ment un polici­er un peu benêt, qui tra­verse un vil­lage de pêcheurs (le « Hope » du titre) dévasté par les exac­tions d’une créa­ture mys­térieuse. Na Hong-jin, très joueur, ne cesse de retarder l’ap­pari­tion de la chose, le polici­er pas­sant de béance en béance (des habi­ta­tions lit­térale­ment trouées) comme s’il se pré­parait à être dévoré. Les coups de feu des habi­tants fusent de plus en plus, des cris gut­turaux réson­nent à tra­vers les rues, mais la bête échappe tou­jours à la vue de l’homme. C’est la bonne vieille leçon de La Féline : le mon­stre reste hors champ, car on n’a jamais plus peur que de ce qu’on ne voit pas. Quand il appa­raît finale­ment, Na ne laisse pour­tant pas la ten­sion retomber : le film se relance, accélère, débor­de presque dans une course-pour­suite ahuris­sante, d’une véloc­ité et d’une lis­i­bil­ité pas vue depuis les derniers Mad Max.

Passé cette longue entame, et avant un autre bloc d’ac­tion, le film accueille cepen­dant un long tun­nel nar­ratif qui témoigne d’un relâche­ment formel. Le mon­tage alterné, évo­quant celui d’un épisode de mi-sai­son de série, est alors surtout l’occasion pour Na de mus­cler le ver­sant comique du film, notam­ment autour d’une séquence scat­ologique iné­narrable. On a sou­vent remar­qué, depuis Mem­o­ries of Mur­der, à quel point le ciné­ma sud-coréen pou­vait mélanger les gen­res, mais le met­teur en scène ose ici un degré de bouf­fon­ner­ie rarement atteint, qui s’avère moins une manière de se dis­tanci­er du réc­it qu’un chemin vers une autre forme de cathar­sis. Cet aspect « mon­strueux », on le devine, insiste sur la bizarrerie de l’homme, dont les com­porte­ments quelque­fois erra­tiques peu­vent s’avér­er effrayants si l’on se met à la place du mon­stre. L’étrange larme numérique ver­sée par la créa­ture, lors d’un ralen­ti au cours de la course-pour­suite, annonçait déjà la couleur, mais Na emprunte une voie plus sin­gulière encore dans le décen­trement au cœur de la dernière par­tie. On ne dira rien du dernier quart d’heure, si ce n’est que c’est encore en con­vo­quant le hors-champ que Hope atteint une nou­velle échelle. Pour en arriv­er là, le film aura été trib­u­taire de sa logique chao­tique, dans un crescen­do par­fois répéti­tif (les deus ex machi­na en pagaille), mais sans jamais se dépar­tir de son approche ludique. Pas sûr qu’il s’agisse de l’événement espéré, mais il est vrai qu’on se sera bien amusés.