Lorsque Romain apprend qu’il ne lui reste plus que quelques mois à vivre, sa vie bas­cule, for­cé­ment. De là, il va prof­iter de chaque minute qui lui reste pour faire oubli­er la per­son­ne égoïste qu’il était. Sans aucune ambi­tion ciné­matographique, le réal­isa­teur jadis acclamé som­bre dans la facil­ité et prou­ve que son inspi­ra­tion lui fait désor­mais défaut.

Après avoir vu Le Temps qui reste, il est dif­fi­cile de croire qu’un jeune cinéaste comme François Ozon a pu, jadis, sus­citer un engoue­ment tel qu’on voy­ait déjà en lui la relève assurée d’un ciné­ma français en déperdi­tion. Il est vrai qu’en 2001, lorsque Sous le sable sort sur les écrans, la sur­prise est grande, et l’e­spoir tout autant. Celui que l’on peinait encore à pren­dre au sérieux mal­gré l’am­bi­tion de son précé­dent film, Gouttes d’eau sur pier­res brûlantes, fait soudaine­ment preuve d’une matu­rité inat­ten­due, bien loin du kitsch par­fois grandil­o­quent de ses deux pre­miers long-métrages, Sit­com et Les Amants crim­inels. Le suc­cès con­sid­érable de 8 femmes n’au­ra pour effet que de prou­ver au jeune cinéaste qu’il béné­fi­cie désor­mais d’une assise et que ses choix scé­nar­is­tiques auront désor­mais tout intérêt à se tourn­er vers davan­tage de con­formisme pour ne pas désta­bilis­er le grand pub­lic con­quis.

La trame prin­ci­pale et dés­espéré­ment banale du Temps qui reste – un jeune pho­tographe, Romain (Melvil Poupaud), apprend soudaine­ment qu’il ne lui reste plus que quelques mois à vivre – l’at­teste juste­ment et démon­tre à qui refuserait de le croire que François Ozon se préoc­cupe désor­mais davan­tage du suc­cès poten­tiel de ses nou­velles pro­duc­tions que de la dimen­sion ciné­matographique de son pro­jet. Si la toute dernière scène du film, prob­a­ble­ment la plus réussie, sem­ble avoir ini­tié ce pro­jet ban­cal, cela ne jus­ti­fie pas pour autant que le réal­isa­teur se com­plaise dans autant de clichés sur la mort, les sou­venirs qui nous échap­pent ou encore les rela­tions famil­iales et la com­mu­nauté gay. En quelques flash-backs pro­fondé­ment ridicules (Romain enfant jouant avec sa sœur dans une cabane en bois, Romain et son ami riant aux éclats les cheveux au vent), François Ozon espère cer­taine­ment oppos­er la cru­auté et la bru­tal­ité du présent à la douceur des instants passés où la mort n’é­tait pas encore une préoc­cu­pa­tion jour­nal­ière. Si l’in­ten­tion peut sem­bler louable – quoique dépourvue d’o­rig­i­nal­ité –, elle démon­tre néan­moins le refus explicite du film et du per­son­nage de s’ou­vrir à l’autre (la sœur, le petit copain). Le Temps qui reste ne se met au ser­vice que d’une seule cause, celle de Romain-le-con­damné qui entend sauve­g­arder les derniers instants de son exis­tence en prenant quelques pho­tos à la dérobée des êtres qui lui sont chers. Tout autre per­son­nage n’ex­iste donc que pour jus­ti­fi­er la démarche du jeune pho­tographe que la mort rat­trape à grand pas. Preuve en est la scène – inqual­i­fi­able de ridicule – où une incon­nue (Vale­ria Bruni-Tedeschi) vient deman­der au jeune homme de faire l’amour avec elle et de la met­tre enceinte d’un com­mun accord avec son mari stérile. Quoi de mieux pour un mourant – qui plus est homo­sex­uel – que de pou­voir trans­met­tre la vie dans un dernier répit pour sat­is­faire son nar­cis­sisme ?

Là où le très beau film de Chris­tine Pas­cal, Le Petit Prince a dit, débor­dait de générosité, refu­sant à chaque instant de vers­er dans le pathos, le dernier long métrage de François Ozon som­bre dans la com­plai­sance et le cynisme les plus inac­cept­a­bles. À l’im­age de son titre, trop explicite et fausse­ment poé­tique, Le Temps qui reste est cer­taine­ment le film le plus détestable de son auteur.