Avec The Appren­tice, cen­tré sur la jeunesse de Trump et sa trans­for­ma­tion en red­outable tycoon, on tient le pre­mier film « Cana­da Dry » d’une com­péti­tion jusqu’ici stim­u­lante, en dépit de sa tenue iné­gale. Sous des dehors mor­dants et ruti­lants, le film a la fadeur des biogra­phies enlu­minées. Repro­duisant la patine des ban­des VHS, l’esthétique du film sem­ble puis­er son inspi­ra­tion dans le générique de Suc­ces­sion, série à laque­lle elle emprunte égale­ment l’un des acteurs prin­ci­paux, Jere­my Strong, qui campe ici l’avocat Roy Cohn. Son phrasé, sa doc­trine libérale et sa vision du monde dual­iste (win­ners d’un côté, losers de l’autre) font du per­son­nage un Trump avant l’heure, à l’époque où le jeune Don­ald n’a pas encore trou­vé son iden­tité. C’est la thèse du film, pas très orig­i­nale : Trump n’est pas un génie du mal, mais sim­ple­ment un bon copiste dou­blé d’un vam­pire. Cohn, sa femme, son frère, son père ou encore Rea­gan (le slo­gan qu’il lui piquera en 2017) ver­ront leur énergie et leurs idées drainées par le mil­liar­daire glou­ton. Tout en somme est bon à pren­dre ; le style Trump (ses hôtels roco­cos, entre fontaines de mar­bres et pla­fonds en or) n’est qu’un patch­work emprun­té à droite à gauche, con­tre­dis­ant la philoso­phie du per­son­nage, qui prône une préémi­nence de la géné­tique dans son suc­cès.

C’est tout de même pour le moins léger : non seule­ment le film s’en tient à un ver­nis qui manque de flam­boy­ance (la direc­tion artis­tique n’a pas le brio auquel pré­tend générale­ment ce type de pro­jets), sans que l’on puisse décel­er dans un seul plan la trace d’un met­teur en scène, mais l’angle manque en plus de con­sis­tance pour cir­con­scrire la spé­ci­ficité du per­son­nage au sein de l’histoire récente des États-Unis. Le film épouse de fait une lec­ture rétroac­tive qui con­siste moins à remon­ter aux sources du mythe qu’à épin­gler les élé­ments de son passé faisant écho à l’actualité de ces dernières années – tel son refus d’admettre sa défaite élec­torale en 2020. Pour un résul­tat d’une fadeur inex­plic­a­ble au regard de la per­sona hors normes de Trump.