Critikat

Cannes 2024, la démesure et la liberté

par Josué Morel

Curieux dénouement : après un festival chaotique et débordant de films mutants, le palmarès concocté par Greta Gerwig et son jury aura plus ou moins mis tout le monde d’accord, en donnant la Palme d’or à Anora de Sean Baker, l’un des rares films narrativement tenus de cette édition, et le Grand Prix à All We Imagine As Light de Payal…

La Plus précieuse des marchandises

par Marin Gérard

On ne sait pas très bien ce qui a poussé Thierry Frémaux à sélectionner en compétition La Plus précieuse des marchandises, tant le film semble surtout avoir été réalisé dans la perspective d’être montré dans un cadre scolaire. Premier film d’animation présenté en compétition à Cannes depuis Valse avec Bachir, ce conte sur la Shoah est principalement porté par une…

Les Graines du figuier sauvage

par Corentin Lê

La trame des Graines du figuier sauvage s'inscrit d'abord dans la continuité du Diable n’existe pas, film à sketches sur la peine de mort en Iran pour lequel Mohammad Rasoulof a remporté l’Ours d’or en 2020. À Téhéran, une famille est confrontée à un dilemme moral lorsqu'Iman (Misagh Zare), promu juge d'instruction du tribunal révolutionnaire, est contraint de signer à la…

Les Pistolets en plastique

par Robin Vaz

On sait depuis Oranges sanguines que Jean-Christophe Meurisse se rêve comme le sale gosse du cinéma hexagonal, n’hésitant pas à pousser le plus loin possible les curseurs de l’outrance pour brosser un portrait satirique de la société française. Avec Les Pistolets en plastique, le cinéaste persiste et signe en s’inspirant cette fois-ci de l’affaire Dupont de Ligonnès, qu’il déplie en…

Spectateurs !

par Marin Gérard

L’intérêt du projet hybride de Desplechin tient davantage à sa part d’autofiction cinéphile qu’à son versant de documentaire sur le cinéma. En douze chapitres, Spectateurs ! alterne entretiens avec des cinéphiles et des cinéastes, vulgarisation théorique et souvenirs de jeunesse (encore !) à travers le personnage récurrent de Paul Dédalus, ici incarné par quatre acteurs différents. Si ces deux facettes se mélangent parfois (de…

Jour 10 — All We Imagine As Light

par Corentin Lê, Marin Gérard

Cannes, jour 10 et clap de fin. Deux de nos rédacteurs discutent d'All We Imagine As Light de Payal Kapadia, présenté en compétition. Avec un florilège des films préférés de la rédaction durant le festival.   Avec : Marin Gérard et Corentin Lê. Et Josué Morel, Bastien Gens et Robin Vaz pour le florilège. Réalisation et montage : Bastien Gens.

All We Imagine As Light

par Josué Morel

Surprise du chef lors de l’annonce de la sélection officielle, le deuxième long-métrage de Payal Kapadia était attendu pour réveiller la compétition dans son ultime ligne droite. Dès les premières scènes, on a pourtant plutôt l’impression de voir un film taillé pour Un certain regard : les promesses de l’intrigant Toute une nuit sans savoir ont laissé place à une…

Le Roman de Jim

par Josué Morel

On ne niera pas qu’on a failli lâcher une petite larme devant Le Roman de Jim, adapté d’un livre de Pierric Bailly publié en 2021, sans pour autant que les bouffées d’émotions suscitées par le film masquent ses faiblesses. Mélo en sourdine centré sur Aymeric (Karim Leklou), un père adoptif qui reste droit et doux face à la cruauté ordinaire…

Motel Destino

par Corentin Lê

« J’adore tellement baiser », dit Heraldo, personnage principal de Motel Destino, à son amante et copropriétaire du love hotel dans lequel il se cache pour échapper à un gang lancé à ses trousses. Débridé et libidineux, le nouveau film de Karim Aïnouz, de retour en compétition un an seulement après l’affreux Le Jeu de la Reine, ne l’est qu'en…

Jour 9 — Grand Tour

par Josué Morel, Marin Gérard

Cannes, jour 9. Deux de nos rédacteurs discutent de Grand Tour de Miguel Gomes, présenté en compétition. Avec une carte blanche consacrée à Un pays en flammes de Mona Convert.   Avec : Marin Gérard et Josué Morel. Et Corentin Lê pour la carte blanche. Réalisation et montage : Bastien Gens.

L’Amour ouf

par Josué Morel

Après la frénésie de Megalopolis et la voracité (plus canalisée) de The Substance, L’Amour ouf vient confirmer le penchant cette année de la compétition pour les films à l’appétit énorme. La comparaison s’arrête toutefois à cette observation liminaire, tant la gloutonnerie de Lellouche fait pencher cette fois la balance vers le grand n’importe quoi surchargé et pseudo-baroque. Dès sa scène…

Anora

par Marin Gérard

Si l’on avait déjà vu Mikey Madison en hippie de la Manson Family dans Once Upon a Time in Hollywood, on a l’impression d’assister ici à la naissance d’une actrice. Anora semble fait pour elle, embrassant totalement la dynamique d’Ani, son personnage de strip-teaseuse qui devient l'épouse de Vanya, le fils immature d’un milliardaire russe. L’entêtement de cette jeune femme…

Un pays en flammes

par Corentin Lê

On se croirait devant une installation ou un film d’Apichatpong Weerasethakul : en pleine nuit, dans la forêt, des lumières émanent des ténèbres et volètent comme des lucioles, jusqu’à ce qu’un embrasement soudain s’accompagne d’une détonation, puis d'une plongée dans le noir. Si la jungle thaïlandaise est loin – on est ici dans les Landes – , la stase hypnotique…

Grand Tour

par Robin Vaz

Si Grand Tour, le sixième long-métrage de Miguel Gomes et le premier sélectionné en compétition à Cannes, faisait partie des titres les plus attendus de cette édition, il se révèle hélas peut-être comme le film le moins inspiré de son auteur. Cette déambulation asiatique avait pourtant tout pour séduire les admirateurs de Miguel Gomes, en terrain familier. On y retrouve…

Jour 8 — Anora

par Josué Morel, Marin Gérard

Cannes, jour 8. Deux de nos rédacteurs discutent d'Anora de Sean Baker, présenté en compétition. Avec une carte blanche consacrée à l'édition 2024 de la Quinzaine des Cinéastes. Avec : Marin Gérard et Josué Morel. Réalisation et montage : Bastien Gens.

Gazer

par Corentin Lê

Frankie, une veuve traumatisée par le suicide de son mari, souffre d’une maladie cognitive qui trouble sa perception du temps et provoque chez elle des absences. Pour l’aider à vivre normalement son quotidien à New York, elle enregistre des cassettes audio avec des indications (scruter l’environnement, être attentif aux détails, imaginer la vie des passants) lui permettant d’éviter les crises.…

Eat the Night

par Corentin Lê

Après l’échec de Jessica Forever, le duo composé par Caroline Poggi et Jonathan Vinel revient avec un film davantage dans les clous. C’est autant une bonne qu’une mauvaise nouvelle : pour viser un public plus large, le tandem s'est délesté à la fois de certains travers et de ce qui faisait sa singularité. Eat the Night témoigne de cet assagissement…

Parthenope

par Josué Morel

Mystère ou escroquerie ? La question est posée dans le dernier mouvement du film par Parthenope elle-même, une jeune Napolitaine dont la beauté provoque chez tous ceux qui croisent son chemin un ravissement proche de l’hypnose. Est-elle si mystérieuse ? Son charme n’est-il pas de la poudre aux yeux ? « Que penses-tu ? » lui demande-t-on souvent, pour essayer de voir ce qui se trame…

Good One

par Marin Gérard

Good One ressemble de prime abord à un film échappé de Sundance, dont la facture cosmétique n’aurait pas grand-chose à voir avec les autres films indépendants américains présentés cette année à la Quinzaine des Cinéastes (Eephus, Christmas Eve in Miller’s Point), autrement plus singuliers. Musique sirupeuse, découpage d’une grande platitude, paysages filmés depuis une voiture : tous les signaux semblent alors…

Marcello Mio

par Josué Morel

C’est une citation approximative de Nietzsche que Fabrice Luchini lance à Chiara Mastroianni avec la faconde qu’on lui connaît, après une scène où l’actrice se voit violemment ramenée à son indécollable statut de « fille de » : tout ce qui est bon en nous viendrait de l’héritage. Le mot revient plusieurs fois au cœur de ce film à l’intrigant…