« Noth­ing ». C’est l’un des derniers mots que prononce Melin­da (Ana de Armas) à son mari Vic (Ben Affleck), lorsque celui-ci, ren­tré d’une prom­e­nade à vélo, lui demande ce qui ne va pas. En se ter­mi­nant là où il a com­mencé, Eaux pro­fondes cul­tive cette sen­sa­tion de sur­place. Melin­da trompe à plusieurs repris­es Vic avec de jeunes amants qui se voient, à chaque fois, men­acé ou assas­s­iné par ce dernier, dans un cer­cle vicieux où amour et meurtre ne font plus qu’un. La répéti­tion des scènes et le sen­ti­ment de déjà-vu qui imprègne nom­bre de séquences (le film évoque à plusieurs repris­es Gone Girl et Apparences) nour­ris­sent une forme d’enlisement général­isé, à l’image des escar­gots que Vic cul­tive dans son lab­o­ra­toire. Il faut dire que les intérieurs bour­geois dans lesquels se déroule le gros de l’intrigue appa­rais­sent comme des pris­ons de verre, où de tristes pan­tins ne peu­vent que tourn­er en rond, le mari trompé et sa femme jouant à cache-cache dès que l’un des amants se trou­ve con­vié à l’intérieur du foy­er. C’est d’ailleurs le seul élé­ment vague­ment intéres­sant d’Eaux pro­fondes : la manière dont Vic sem­ble par­fois faire par­tie des meubles, relégué à son statut d’observateur inamovi­ble dans le coin d’une pièce. Con­trastant avec la légèreté affir­mée d’Ana de Armas (dont l’une des pre­mières actions est de danser, en équili­bre, sur un piano), les gestes et l’attitude pachy­der­miques d’Affleck con­tre­vi­en­nent aus­si à la sen­su­al­ité inhérente à ce type de thriller lubrique. Adri­an Lyne a beau vouloir en faire un homme poten­tielle­ment dan­gereux et exci­tant (à tra­vers quelques gestes quo­ti­di­ens, par exem­ple le pres­sage d’un pam­ple­mousse au petit-déje­uner, filmé en gros plan comme s’il s’agissait d’un meurtre), voire un tueur har­di et énergique (dans une improb­a­ble séquence de course-pour­suite, où l’éleveur d’escargot, plutôt mou du genou, s’improvise cycliste de l’extrême), le flegme et la car­casse non­cha­lante d’Affleck finis­sent par faire déjouer la dynamique d’un réc­it qui s’imagine plus enivrant qu’il ne l’est vrai­ment. Le prin­ci­pal prob­lème du film se trou­ve peut-être là : les vel­léités de Lyne ne parais­sent pas tout à fait adap­tées à la présence de son inter­prète prin­ci­pal, acteur-gastéropode dont l’imposante stature fait de ce thriller éro­tique un film sans ten­sion ni éro­tisme.