Ce n’est pas la première fois que Ridley Scott fait de l’Italie la toile de fond de l’un de ses blockbusters : déjà, Hannibal et Tout l’argent du monde puisaient dans le décorum transalpin un mélange de culture classique (ici, une scène pivot sur le célèbre chœur à bouche fermée de Madame Butterfly de Puccini) et d’imagerie pittoresque, voire de bouffonnerie. Il suffit d’entendre les accents des acteurs, moins légers (Adam Driver) qu’ouvertement outranciers (Lady Gaga, et surtout Jared Leto) pour comprendre que House of Gucci, qui retrace les conflits familiaux ayant précipité la fin de la mainmise de la famille Gucci sur la célèbre maison de mode, lorgne la farce. Frères, cousins, époux : tout le monde s’entredévore dans ce petit marigot, au point que l’écriture des personnages principaux, Maurizio Gucci (Adam Driver) et son épouse Patrizia (Lady Gaga), semblent dessiner une vampirisation mutuelle – chacun son tour, l’un se nourrit de l’énergie de l’autre pour muer. Programme basique, par endroits vaguement réjouissant – une certaine truculence des acteurs, Gaga en tête, donne son cachet au film –, mais dont la part grotesque est étouffée par l’académisme routinier de Scott, qui semble avoir abandonné depuis quelques films toute réelle velléité de mise en scène, s’en remettant à des astuces de constructions dramatiques (Le Dernier duel) ou à une direction artistique luxueuse pour masquer son manque d’inspiration patent. Les acteurs ont beau cabotiner comme des diables (à noter le nouveau numéro transformiste du très surfait Jared Leto), difficile de s’enthousiasmer pour un jeu de massacre aussi platement orchestré.
