Chaque semaine pen­dant le con­fine­ment, focus sur une vidéo ou une chaîne glanée sur Inter­net.

Propul­sé à toute vitesse sur la route, un corps se met en dan­ger pour « la beauté du geste », risquant à chaque virage de manger la pous­sière : pas besoin d’être ama­teur de sports extrêmes ni d’en pra­ti­quer soi-même pour être scotché devant ces vidéos d’exploits sportifs, dev­enues au fil du temps des clas­siques du Net. La chaîne de Josh Neu­man, longskater améri­cain en éter­nelle vadrouille, en regorge. Dans l’une d’entre elles, le coureur dévale sur son long­board une route de mon­tagne en Suisse (un down­hill, dans le jar­gon) et atteint les « 70 mph » (plus de 110 km/h). Inclus dans le titre de la vidéo, le décompte a son impor­tance : des­tiné à bat­tre des records devant les caméras, le sportif n’est qu’un corps en mou­ve­ment, un pro­jec­tile humain. C’est ce qui fait l’efficacité de la plu­part de ses cap­sules : qua­si­ment pas d’introduction ni de bla-bla spon­sorisé (cer­taines vidéos sont tout de même par­rainées par GoPro), Neu­man entre dans le champ en courant, salue ses com­pars­es, adresse un bref regard à la caméra, puis s’élance sans atten­dre. En l’absence de musique, son avancée offre un délire ciné­tique ren­for­cé par l’usage de la courte focale et du son in – le souf­fle­ment sat­uré du vent et le frot­te­ment des roues sur le bitume peu­plant seuls la bande-son. La dan­gerosité de l’exercice, mise en exer­gue par le choix de l’épure, a de quoi faire pass­er C’était un ren­dez-vous pour une balade domini­cale, une virée nos­tal­gique dont la rad­i­cal­ité paraît aujourd’hui un peu désuète. Entre les Raw Run de Neu­man et le court de Lelouch, la même han­tise de l’interruption sem­ble toute­fois tou­jours d’actualité. Car si la course du skater sem­ble au départ ne jamais pou­voir s’interrompre (il gère les virages et esquive les voitures sans frémir), elle finit par être coupée net. À 2m13s, Neu­man frôle un petit muret et perd son pro­tège-main. La con­ti­nu­ité est bru­tale­ment rompue, le skater ralen­tit et exprime son désar­roi, mais la vidéo con­tin­ue ; effet plutôt rare, un rewind mon­tre « l’accident » se rejouer à l’envers, avant d’être rac­cordé à une sec­onde course, cette-fois sans accroc. On s’étonne de ne pas avoir eu droit à ce sec­ond essai dès le début, étant don­né que ces vidéos visent générale­ment à mon­tr­er la « run » par­faite – ou alors tout l’inverse, la chute idéale et fra­cas­sante. Cette inté­gra­tion de l’accident per­met en fait de soulign­er une chose : en plus d’être maître de sa dis­ci­pline, le sportif est aus­si maître du mon­tage, capa­ble de cor­riger ses erreurs en con­trôlant à sa guise le flux des images.