Le mod­ding de jeux vidéo suit un objec­tif assez clair : tor­dre les règles du jeu, qu’il s’agisse des règles de game­play (ini­ti­er un autre jeu dans le jeu, en ajoutant des mécaniques et des modes alter­nat­ifs) ou des règles infor­ma­tiques (mod­i­fi­er le code, quitte à com­plète­ment détra­quer l’u­nivers ludique). Quant au mod­der lui-même, il est quelque part un hors-la-loi en quête d’un autre monde que celui qui nous est ini­tiale­ment don­né. Un titre en open world tel que Red Dead Redemp­tion II invite naturelle­ment à l’exercice de cette pra­tique : l’ul­time souf­fle lib­er­taire du Grand Ouest pousse le joueur à s’ap­pro­prier un monde à son cré­pus­cule, d’autant que le début de l’in­dus­tri­al­i­sa­tion et l’hori­zon de la mal­adie instau­rent un réel sen­ti­ment d’ur­gence (c’est l’ul­ti­ma­tum posé à la bande de Dutch et au héros du jeu Arthur Mor­gan : « prof­itez de cette lib­erté, tant qu’il est encore temps »). Le vidéaste améri­cain Bed­Bananas a bien reçu le mes­sage et s’est attelé à détourn­er le jeu en deux machin­i­mas assez mémorables. Le pre­mier, The Wild Wacky West, suit les péripéties comiques d’un Arthur Mor­gan han­té par une scène de vio­lence domes­tique : une ses­sion de pêche avec l’en­fant de sa bande d’out­laws, durant laque­lle Arthur frappe le jeune garçon avec une canne à pêche puis tente de l’a­ban­don­ner. Le sec­ond court-métrage recon­duit la même han­tise (la mal­trai­tance de l’en­fant finit par rat­trap­er l’on­cle vio­lent dans sa fuite) mais tord com­plète­ment les lois du jeu en met­tant en scène une série d’aber­ra­tions cauchemardesques : des ani­maux géants, des PNJ[1] qui défer­lent comme des zom­bies en furie, une trans­for­ma­tion du héros en volatile, etc. Le Mod­ded a rem­placé le Wild dans ce Grand Ouest qui a tout l’air d’une rêver­ie sur­réal­iste, offrant au pas­sage quelques rac­cords et scènes mag­nifiques. À la fin de la vidéo, Arthur Mor­gan se retrou­ve aux com­man­des d’une mont­golfière avant de chuter dans le vide à la décou­verte d’un vis­age gigan­tesque sor­ti des nuages. Évo­quant l’œil célèbre de Magritte (celui du Faux miroir), ce vis­age n’est autre que celui de l’en­fant mal­traité plus tôt – un vio­lent retour du refoulé qui, en un rac­cord, mène le héros des hau­teurs orageuses à une cor­niche ensoleil­lée après un pas­sage ful­gu­rant dans une obscure galerie fer­rovi­aire. De cette « lumière au bout du tun­nel » appa­raît de nou­veau le jeune garçon, qui invite une dernière fois Arthur à aller pêch­er pour lui offrir la redemp­tion atten­due : ce n’est qu’après avoir renoué ce lien per­du avec l’enfance que l’out­law de Wacky West pour­ra mourir tran­quille.

Notes

Notes
↑1 PNJ : per­son­nages non-joueurs, soit l’ensemble des fig­ures que le joueur ne con­trôle pas de sa main.