Au tout début d’Annabelle 2, une séquence retrace la créa­tion de la poupée démo­ni­aque décou­verte dans Con­jur­ing. Sur la boîte en bois dans laque­lle repose la fil­lette de porce­laine, son créa­teur inscrit un petit « 1 sur 100 », indi­quant que la poupée est la pre­mière d’une série : après tout, en sa qual­ité de pre­quel, le film est bien le « pre­mier » dans la chronolo­gie de longs-métrages met­tant en scène le jou­et malé­fique. Mais surtout, la scène a valeur d’allégorie du statut du film, objet s’inscrivant dans un ensem­ble dont il n’est qu’un com­posant par­mi d’autres et qui, pour­tant, parvient à trou­ver une forme de sin­gu­lar­ité. Annabelle 2 n’est pas sans défauts : à l’instar des autres films de la fran­chise pilotée par James Wan, le film cul­tive une imagerie religieuse, voire franche­ment big­ote, et souscrit à un pro­gramme atten­du com­posé de jump-scares, d’apparitions démo­ni­aques, de lévi­ta­tions d’objets, de pos­ses­sions et d’autres fig­ures iden­ti­fiées du ciné­ma hor­ri­fique. Mais à l’inverse de bon nom­bre de films de genre, ce pro­gramme repose moins, comme on pour­rait pour­tant le croire, sur un cat­a­logue de pas­sages oblig­és que sur une dynamique d’écriture – si bien que même des met­teurs en scène médiocres, comme ici David Sand­berg, réal­isa­teur du déce­vant Dans le noir, s’y attel­lent avec un cer­tain brio.

C’est que la « recette » des Con­jur­ing et con­sorts n’est pas sans renouer avec une tra­di­tion hor­ri­fique por­tant en elle une rigueur de mise en scène : ce qu’organise cha­cun des films est la con­quête d’un espace (ici, une grande bâtisse où sont accueil­lies des orphe­lines) par une présence (un démon) qui peu­ple l’univers domes­tique d’ombres et de fig­ures ter­ri­fi­antes. Là où le film est d’une par­faite plat­i­tude pour présen­ter les per­son­nages ou définir leurs inter­ac­tions, il façonne à l’inverse des séquences impec­ca­ble­ment découpées en inscrivant dans le cadre la cohab­i­ta­tion de ces deux vari­ables (l’espace famil­ial et le mal ram­pant qui s’y affirme) pour favoris­er l’émergence de la ter­reur.

Pièges et toiles

Cette rigueur n’est toute­fois pas exempte de rigid­ité : le film s’appuie moins sur un réc­it con­stru­it et cohérent que sur une suc­ces­sion de sit­u­a­tions que la nar­ra­tion ne parvient pas tou­jours à habile­ment con­clure (comme en témoigne une scène où une fil­lette voit sa cham­bre envahie par un démon qui, finale­ment, la lais­sera dormir jusqu’au petit matin). Si cette logique frag­ilise le film, elle lui con­fère toute­fois une forme de raideur assez noble, Sand­berg assumant pleine­ment cette dynamique qui fait d’Annabelle 2 une sim­ple suite de pièges, de toiles, où le mal attend patiem­ment la bonne occa­sion pour sor­tir de la pénom­bre afin de ravir ses vic­times. Sachons gré à James Wan d’avoir réus­si à impos­er dans le champ appau­vri du ciné­ma hor­ri­fique un ensem­ble de films délais­sant toute ambi­tion de « renou­vel­er le genre » pour mieux s’appuyer sur ses fon­da­men­taux. La récur­rence du tro­pisme religieux illus­tre dès lors bien le cré­do qui fait la réus­site mod­este de cette fran­chise : l’orthodoxie.