Adap­té par David F. Sand­berg du court métrage du même nom qu’il avait réal­isé en 2003, Dans le noir (Lights Out en VO) ne tient jamais les promess­es de son pos­tu­lat. Ter­ri­ble­ment effi­cace, le court métrage (vis­i­ble sur YouTube et autres plate­formes de vidéos en ligne) mon­trait une femme aux pris­es avec un mon­stre se nour­ris­sant de l’obscurité pour mieux atta­quer sa vic­time. L’environnement ultra-fam­i­li­er (un apparte­ment, une cham­bre), l’habileté de la mise en scène et son équili­bre par­fait entre humour et angoisse fai­saient de ce petit film un vrai bijou d’horreur pure, d’autant plus ter­ri­fi­ant que son sujet par­le à cha­cun d’entre nous : qui, enfant, ou même adulte, n’a pas été ter­ri­fié par les ombres qui appa­rais­sent dès lors que les lumières sont éteintes ?

Dans le mur

En dépit de sa durée ultra-resser­rée (1h20), la ver­sion longue de cette petite mer­veille est un ratage sur toute la ligne. Pro­duit par James Wan, nou­veau pape de l’horreur améri­caine (Saw, Insid­i­ous, Con­jur­ing), Dans le noir reprend les codes habituels de l’épouvante en pilotage automa­tique : jump-scares à gogo, fan­tôme très énervé se repais­sant des âmes tour­men­tées, famille vio­len­tée par des forces sur­na­turelles et une bonne grosse dose de dis­cours moral­isa­teur, à la lim­ite du con­ser­vatisme pri­maire. Surtout, Sand­berg ne fait stricte­ment rien des deux meilleures idées du film. En pre­mier lieu, la peur du noir et du hors-champ ne lui inspire rien de plus que la répéti­tion ad nau­se­am de l’alternance jour/nuit, et une fois les mul­ti­ples sources de lumière util­isées (lampe torche, bougie, lumière blanche, enseigne lumineuse, télé­phone portable et même – seule scène un peu fun du film – phares de voiture), le réal­isa­teur se trou­ve tout décon­fit, dépassé par son pro­pre sujet. C’est d’autant plus dom­mage que la piste nar­ra­tive dévelop­pée ici, la dépres­sion de la mère de l’héroïne, n’est jamais creusée au-delà des ressorts dra­ma­tiques habituels et d’un final bâclé.

Horreur, malheur

L’idée était pour­tant belle : les enfants d’une femme dépassée par sa pro­pre mal­adie doivent lut­ter con­tre une entité invis­i­ble qui vit dans les ténèbres, avec pour seul objec­tif l’annihilation pro­gres­sive de tout ce qui la relie au monde des vivants. Mais Sand­berg évac­ue totale­ment les nom­breuses oppor­tu­nités qui s’offrent à lui pour priv­ilégi­er un pro­gramme idiot en tous points, réglant pure­ment et sim­ple­ment les ques­tions posées par ce sujet sen­si­ble en y appor­tant un dénoue­ment digne d’un manuel de psy­chothérapie clin­ique des années 1950 – à côté, les méth­odes de nurse Ratched dans Vol au-dessus d’un nid de coucou sem­blent lim­ite pro­gres­sistes. Seule actrice intéres­sante d’un cast­ing atone (celle qui joue l’héroïne gagne le pom­pon), Maria Bel­lo est cru­elle­ment sous-employée dans le rôle de la mère. La véri­ta­ble hor­reur, dans ce genre de navet, est de voir des actri­ces que l’on aime se soumet­tre pour des raisons pure­ment ali­men­taires à des rôles indignes d’elles.