Pour sa sep­tième édi­tion, le Panora­ma des ciné­mas du Maghreb élar­git sa pro­gram­ma­tion en pro­posant aus­si des films du Moyen-Ori­ent, Pales­tine, Liban, Égypte et Émi­rats Arabes Unis. Trente films, fic­tions et doc­u­men­taires, ont été pro­jetés dans un réseau de salles qui, crois­sant depuis quelques années, s’est encore agran­di. Out­re l’Écran de St-Denis, berceau du fes­ti­val, il compte désor­mais, pour la Seine-Saint-Denis, l’É­toile à La Courneuve, Le Stu­dio d’Aubervil­liers, le Tri­anon de Romainville (rou­vert cette semaine), l’E­space 1789 de Saint-Ouen et, à Paris, le Ciné­ma des cinéastes et l’En­tre­pôt. Comme chaque année, le Panora­ma est une fête, du ciné­ma, des cul­tures, de la musique (plusieurs con­certs), une décou­verte de tal­ents émer­gents ou d’autres déjà con­nus (Youssef Chahine, René Vau­ti­er, Malek Bens­maïl…), dont la plu­part sont là pour présen­ter leurs films. Un spec­ta­cle qu’ont accom­pa­g­né deux tables ron­des, l’une sur la guerre d’Al­gérie, l’autre sur la Tunisie post-révo­lu­tion­naire.

Nouveautés!

Habibi (Susan Youssef)

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Pour ouvrir la pro­gram­ma­tion parisi­enne, le Fes­ti­val de Dubaï a présen­té le Prix du meilleur long métrage arabe décerné l’an dernier, Habibi, pre­mier film de la Pales­tini­enne Susan Youssef et pre­mier long métrage de fic­tion tourné à Gaza depuis quinze ans. Adap­ta­tion con­tem­po­raine d’un réc­it légendaire situé au VIIème siè­cle en Ara­bie, le film racon­te l’his­toire du cou­ple impos­si­ble de Qaïs et Lay­la. Après s’être con­nus et aimés en Cisjor­danie pen­dant leurs études, ils sont con­traints, à cause de nou­velles restric­tions israéli­ennes, de ren­tr­er à Gaza. Et donc d’ar­rêter leurs études et de se sépar­er. Car Qaïs, obligé de trou­ver un tra­vail de maçon, vit dans un camp de réfugiés avec sa famille nom­breuse et désar­gen­tée. Il n’a pas les moyens de deman­der la main de Lay­la, dont la famille est plus aisée, plus éru­dite. Et qui ne tarde pas à lui présen­ter un homme con­ven­able, un médecin, pour qu’elle devi­enne sa femme. Tan­dis que Lay­la refuse de se soumet­tre, Qaïs tague sur les murs de la ville des poèmes dis­ant son amour pour elle, trans­for­mant ain­si ce qui sépare en moyen de com­mu­ni­quer. Devenant objet de foudre de la famille de Lay­la, humil­iée, et des par­ti­sans du Hamas, il doit quit­ter Gaza. Lay­la s’en­fuit pour le rejoin­dre. Mais…

Nous retrou­vons bien ici des sit­u­a­tions atten­dues d’un film situé en pays musul­man : mariage arrangé, refus de ce dernier par une jeune étu­di­ante ayant soif de lib­erté, islamistes menaçants… Mais Susan Youssef apporte des nuances à son réc­it qui lui per­me­t­tent d’échap­per aux stéréo­types. Notam­ment parce que les par­ents de Lay­la ne sont pas unique­ment les garants sévères d’une tra­di­tion mais sont aus­si des êtres com­préhen­sifs et aimants (la reli­giosité du père est intel­li­gente, sincère et tolérante), et que son frère n’est pas un bour­reau pro­tecteur mais quelqu’un avec qui la jeune fille partage aus­si de la com­plic­ité. La vio­lence de la guerre est fine­ment ren­due, elle reste une ten­sion sourde, et de ce film émane une cer­taine grâce. Ce qui pèche en revanche, c’est que l’on ne ressent pas l’amour entre les deux pro­tag­o­nistes. Si, au vu de la sit­u­a­tion, il se doit d’être pudique, on voudrait davan­tage en ressen­tir la force sous-jacente, on en aurait besoin pour nous attach­er aux per­son­nages, à leur his­toire. Nous avons l’im­pres­sion qu’il man­quait quelque chose dans la rela­tion entre les deux comé­di­ens pen­dant le tour­nage, pour que l’amour entre leurs per­son­nages soit crédi­ble et existe vrai­ment.

La pro­gram­ma­tion à l’Écran, elle, s’est ouverte avec l’a­vant-pre­mière des Femmes du bus 678, film égyp­tien de Mohamed Diab. Il sort en France le 30 mai prochain, ren­dez-vous à ce moment-là sur Critikat pour en savoir davan­tage !

Kedach Ethab­ni (How Big Is Your Love) (Fat­ma Zohra Zamoum)

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Dans la sec­tion Jeune Pub­lic a été pro­jeté un film algérien dont la sor­tie en France, le 25 avril dernier, est restée très con­fi­den­tielle et dont l’ac­cueil sévère que lui a réservé la presse nous sem­ble fort injuste. Kedach Ethab­ni (How Big Is Your Love), de Fat­ma Zohra Zamoum, racon­te l’his­toire d’un divorce, avec ses spé­ci­ficités lorsqu’il a lieu en Algérie (en pays musul­man), et en zoomant sur un enfant. Adel, huit ans, est con­duit chez ses grands-par­ents à Alger pour quelques jours, le temps que son père quitte défini­tive­ment le foy­er et qu’une nou­velle vie se mette en place. Quelques jours qui se pro­lon­gent, et pen­dant lesquels la cinéaste prend le temps de décrire ses per­son­nages, dans leur quo­ti­di­en sous-ten­du par le drame de la sépa­ra­tion parentale.

L’en­fant, qui veut retourn­er à l’é­cole, ren­tr­er chez ses par­ents, prend son mal en patience et, adorable­ment docile, accepte avec ent­hou­si­asme les diver­tisse­ments que lui pro­pose sa grand mère, vivant pleine­ment le moment présent. Cette dernière, débor­dante d’amour pour le petit, accom­plit les tâch­es qui sont les siennes, la cui­sine, le ménage, en pleine con­science plus qu’avec résig­na­tion. Elle souf­fre de ne jamais voir ses deux fils, que la dureté du père a éloignés, mais reste forte. Pour son mari, le divorce de son fils est inac­cept­able. Quand on a un enfant, on assume, on ne peut pas faire ça. Lorsqu’il con­voque le cou­ple pour lui faire enten­dre rai­son, nous avons là une scène déchi­rante où, en quelques plans, nous ressen­tons pleine­ment la souf­france aiguë des par­ents. Et puis il y a cet autre cou­ple, une jeune fille (par­ente de la famille) et le jeune homme qu’elle fréquente en cachette. Un amour avant mariage inter­dit traité ici sans lour­deurs, la cinéaste le dépeignant avec pudeur et, le temps d’un bais­er secret échangé, avec beauté.

À un moment, Adel demande à sa grand-mère de l’emmener au ciné­ma. Mais où en trou­ver à Alger ? Elle ne sait pas, mais le petit a repéré l’une des très rares salles de ciné­ma de la ville, presque cachée dans le cen­tre com­mer­cial de Riad el-Feth. La grand-mère se laisse con­va­in­cre et achète des bil­lets, à con­di­tion que son mari n’en sache rien. C’est la pre­mière fois de sa vie qu’elle va au ciné­ma. Dans cette séquence, la cinéaste racon­te com­ment le ciné­ma a dis­paru du quo­ti­di­en algérien. Dans les années 1970, le pays était riche de 400 salles obscures, la ciné­math­èque d’Al­ger jouait pleine­ment son rôle de passeur et les Algériens étaient friands de ciné­ma. Suite aux dix ans de guerre civile, les salles se comptent sur les doigts de la main et les gens, à la tombée du jour, ren­trent chez eux, comme au temps du cou­vre feu. Adel ici pour­rait représen­ter la nou­velle généra­tion, qui tente de sor­tir du trau­ma­tisme lais­sé par le ter­ror­isme et d’in­viter la généra­tion des anciens à faire de même.

C’est par une approche sen­si­ble et sub­tile des per­son­nages, mon­trés dans leur com­plex­ité, leurs failles, que Fat­ma Zohra Zamoum dépeint cer­tains traits de son pays : la femme can­ton­née aux tâch­es ménagères, le rôle patri­ar­cal d’un père sévère, le manque de com­mu­ni­ca­tion, la sol­i­dar­ité entre familles, l’ab­sence de vie cul­turelle… La cinéaste sait ren­dre com­mu­nica­tive la ten­dresse qu’elle éprou­ve pour ses per­son­nages, on se laisse bercer et séduire par ce temps qui passe lente­ment, imprégn­er par les êtres qui y habitent. Kedach Ethab­ni est un film doux, gra­cieux, émou­vant, et l’on regrette qu’il fasse par­tie de ces films sac­ri­fiés sur l’au­tel du marché, sa sor­tie n’ayant pas béné­fi­cié de l’at­ti­rail mar­ket­ing qui lui aurait per­mis d’être mieux et davan­tage exposé en salles. Heureuse­ment, les fes­ti­vals sont là.

La guerre d’Algérie dite par…

À l’oc­ca­sion du cinquan­te­naire de la fin de la guerre d’Al­gérie, ce sont des films de cinéastes des deux côtés de la Méditer­ranée qui ont été pro­jetés, en marge de la table ronde qui les a réu­nis («Guerre d’Al­gérie et ciné­ma»).

Malek Bens­maïl, Guer­res secrètes du FLN en France

Algérien vivant en France, qui explore depuis des années, dans ses doc­u­men­taires (Alié­na­tions, Le Grand Jeu, Des vacances mal­gré tout, La Chine est encore loin – récem­ment édités par l’I­NA), l’Al­gérie con­tem­po­raine.

Guer­res secrètes du FLN en France (pro­duit par France 2 en 2010) se penche sur le com­bat mené par le FLN sur le ter­ri­toire français lors de la guerre d’Indépendance. His­toire extra­or­di­naire, puisque c’était alors la pre­mière fois qu’un com­bat était mené sur le sol enne­mi, et his­toire peu con­nue, tant en France qu’en Algérie.

Le film est divisé en chapitres, qui ren­voient chronologique­ment à dif­férentes péri­odes de la guerre : la lutte frat­ri­cide entre le mou­ve­ment nais­sant FLN et celui, plus ancien et moins rad­i­cal, du MNA (Mou­ve­ment Nation­al Algérien) ; l’action clan­des­tine urbaine du FLN et la répres­sion qui s’ensuivit sur l’ensemble de la pop­u­la­tion algéri­enne ; le sou­tien d’intellectuels français, indis­pens­able à la vic­toire ; l’Indépendance. En alter­nance avec des images d’archives inédites, des acteurs de l’époque témoignent, face caméra et sur fond noir. Ils racon­tent des faits pré­cis, datés, mais aus­si les sen­ti­ments qui ont jalon­né leur com­bat, les espoirs, les doutes, les joies. Par-delà la donne his­torique, les émo­tions sont là et ils les lais­sent aller (un ancien mem­bre du FLN sem­ble se faire sur­pren­dre par ses larmes lorsqu’il évoque sa mère restée en Algérie et qu’il ne pou­vait voir pen­dant la guerre).

Malek Bens­maïl n’intervient pas, ne pose pas de ques­tions, n’oriente pas les réc­its. Il les accom­pa­gne tout de même en don­nant des chiffres qui soulig­nent l’injustice de la répres­sion du mou­ve­ment indépen­dan­tiste par le gou­verne­ment français, qui traitait de la même façon fana­tiques FLN et tra­vailleurs musul­mans. Le témoignage de Jacques Vergès, avo­cat du FLN de 1958 à 1962 avant de se faire sus­pendre de ses fonc­tions, est élo­quent : selon des accords de Genève, la France n’avait pas le droit de con­damn­er à mort les mem­bres du FLN, ce qu’elle a pour­tant fait. Si l’Indépendance a évidem­ment été accueil­lie dans la joie, les inter­venants par­lent aus­si du sen­ti­ment de tristesse ressen­ti à l’idée de toutes les souf­frances tra­ver­sées pour obtenir ce qui n’était que légitime. Le film s’achève sur les pro­pos d’une femme dis­ant qu’elle ne se pronon­cera pas sur ce que la France a ensuite fait des Algériens restés dans le pays. Belle occa­sion d’ouvrir l’Histoire sur une actu­al­ité.

Le spec­ta­teur lamb­da ne peut savoir ce qui relève ici de l’inédit, de la révéla­tion. Mais grâce au soin qu’accorde Malek Bens­maïl à nous don­ner des repères, à nous guider, nous restons récep­tifs à la somme d’informations qui nous est don­née, ain­si qu’à la com­posante humaine qui l’accompagne.

René Vau­ti­er, Avoir vingt ans dans les Aurès

Fig­ure majeure du ciné­ma mil­i­tant, ce Bre­ton n’a cessé, depuis Afrique 50, tourné lorsqu’il avait 22 ans puis dans une cinquan­taine de films, et mal­gré des con­damna­tions, des saisies des bobines de ses films, un empris­on­nement, de dénon­cer, entre autres, l’in­jus­tice de la coloni­sa­tion. Ses films, dont les copies se détéri­orent, sont bien trop rarement pro­jetés (parce que leurs droits auraient été rachetés par quelqu’un désireux de les enter­rer). En pro­gram­mant Avoir vingt ans dans les Aurès (1972) et Algérie en flammes (1958), le Panora­ma nous a offert une oppor­tu­nité pré­cieuse.

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Avoir vingt ans dans les Aurès, mourir dans les Aurès. Tel est le des­tin de Noël, mem­bre d’un con­tin­gent d’ap­pelés bre­tons insoumis et paci­fistes que le lieu­tenant Per­rin (Philippe Léo­tard) aura réus­si à engager mal­gré eux dans l’hor­reur de la guerre. Noël était le seul à n’avoir jamais util­isé son arme, le seul à être allé au bout de ses con­vic­tions en libérant un pris­on­nier algérien promis à la «corvée de bois» et en déser­tant avec lui dans le désert des Aurès. Il mour­ra trag­ique­ment et sa mort sera oppor­tuné­ment util­isée par son lieu­tenant pour appel­er ses hommes à la vengeance con­tre les Algériens. À une mort reçue, une mort ren­due.

C’est en leur faisant assim­i­l­er ce principe que les dirigeants des appelés ont amené ces derniers à devenir des tueurs. «Au début on tire n’im­porte où parce qu’on a la trouille, après on vise parce que l’on y prend goût» racon­te l’un d’eux. Par le biais du réc­it d’un sol­dat insti­tu­teur blessé, Avoir vingt ans dans les Aurès nous mon­tre le mécan­isme con­duisant des insoumis à devenir des exé­cu­tants dociles. En exer­gue du film, René Vau­ti­er explique par des car­tons que sa fic­tion résulte d’une enquête menée sur des cen­taines de sol­dats, que tous les faits pour­raient être con­fir­més par au moins 5 per­son­nes. La fic­tion prend bien valeur de doc­u­ment.

Dans cer­taines séquences, on sent un bas­cule­ment vers la chronique : lorsque les sol­dats racon­tent face caméra, ou lorsque cette dernière, en mou­ve­ment, prend le temps de décrire les êtres à l’écran, les appelés portés par l’én­ergie du groupe ou, dans un très beau moment, la famille d’al­gériens accueil­lant Noël dans leur tente et s’oc­cu­pant de lui. Le réc­it, alors, fait une pause, pour nous per­me­t­tre de con­tem­pler les per­son­nages, de nous approcher d’eux.

Avec ce film, René Vau­ti­er pose un acte anti­mil­i­tariste effi­cace. Via un réc­it scan­dé par des chan­sons dis­ant l’ig­no­minie du com­bat («fous pas / ton pied dans cette merde / c’est une vraie his­toire de fous»), il démon­tre le mécan­isme effrayant par lequel tout paci­fiste peut se trans­former en machine à tuer, hap­pé par la vio­lence de la guerre.

Mohammed Lakhdar Ham­i­na, Chronique des années de braise

Chronique des années de braise, seul film africain à avoir reçu une Palme d’Or (en 1975), est un film phare du ciné­ma algérien. Conçu pour célébr­er le 20ème anniver­saire du début de la guerre d’indépen­dance, le 1er novem­bre 1954, il a béné­fi­cié d’énormes moyens. Mohammed Lakhdar Ham­i­na a donc eu la pos­si­bil­ité d’en faire une vaste fresque (d’une durée de trois heures).

Com­posée de six tableaux (année de cen­dre, de braise, de feu, de la Char­rette, de la Charge…), cette chronique, située du début de la Sec­onde Guerre mon­di­ale au 11 novem­bre 1954 entend mon­tr­er l’inéluctabil­ité du déclenche­ment de la guerre d’Al­gérie. Nous suiv­ons l’his­toire d’Ahmed, un paysan qui frappe par son qua­si-mutisme. Épuisé par la sem­piter­nelle sécher­esse qui sévit en sa région, il décide de par­tir pour la ville, espérant y con­stru­ire une vie plus clé­mente. Mais c’est une suc­ces­sion d’épreuves qui l’y attend, scan­dées par les tirades poé­tiques de Miloud, « fou vision­naire » : la mis­ère, la bru­tal­ité des patrons colons lorsqu’il parvient à trou­ver un emploi, l’in­grat­i­tude de ce dernier, les humil­i­a­tions, le typhus qui emporte sa famille, l’en­rôle­ment for­cé en Europe pour servir l’ar­mée française… À bout de ces souf­frances, Ahmed rejoint le maquis. Il en mour­ra, mais son enfant (seul rescapé du typhus), clô­ture le film par une course. Vers l’avenir ?

On se laisse aisé­ment hap­per par les espaces mag­nifiés, par la marche des hommes et de l’His­toire que Chronique des années de braise dépeint. L’am­pleur du film, qui con­stitue d’un de ses charmes, est aus­si sa lim­ite. On regrette des longueurs et un excès de pathos, notam­ment à la fin, en out­re un peu pré­cip­itée. L’a­cadémisme aus­si peut laiss­er à dis­tance. Il n’empêche, Chronique des années de braise reste un beau spec­ta­cle, un beau voy­age dans un pays, dans la des­tinée d’un homme, dans celle d’un peu­ple.

Moud­jahi­date, Alexan­dra Dols

À côté de ces grandes fig­ures, un film inédit, Moud­jahi­date, doc­u­men­taire fran­co-algérien d’Alexan­dra Dols, qui abor­de un sujet peu traité, le rôle des femmes lors de la guerre d’Indépen­dance : les com­bat­tantes (moud­jahi­dates) mais aus­si les infir­mières et cuisinières ayant soutenu l’ef­fort de guerre des maquis­ards. Face caméra, d’an­ci­ennes com­bat­tantes, dont l’his­to­ri­enne Djami­la Amrane Minne racon­tent leurs mis­sions, alter­nant anec­dotes, expli­ca­tions générales et réflex­ions. Leurs réc­its sont relayés à l’im­age par des archives et des extraits de films, La Bombe de Rabah Larad­ji (1970) et La Bataille d’Al­ger de Gillo Pon­tecor­vo (1966). Ce doc­u­men­taire nous offre un éclairage intérieur sur divers aspects de la vie en Algérie pen­dant la coloni­sa­tion puis pen­dant la guerre : les injus­tices et humil­i­a­tions dont les colons frap­paient les colonisés, les hor­reurs de la guerre dans les douars (réc­its de vio­ls, mas­sacres, tor­tures), ce qui se pas­sait dans les pris­ons, la sol­i­dar­ité entre algériens, l’é­gal­ité entre hommes et femmes com­bat­tants. Pen­dant la guerre, les femmes ont prou­vé qu’elles pou­vaient être les égales des hommes. À l’Indépen­dance, elles dis­ent avoir cru en une égal­ité pos­si­ble entre les sex­es. Et avoir été sur­pris­es de con­stater le rétab­lisse­ment de la hiérar­chie ances­trale. Si les inter­ven­tions sont iné­gale­ment intéres­santes, si elles sont par­fois redon­dantes, par­fois trop longues, ce film intéresse en rai­son du sujet peu con­nu qu’il abor­de et de son approche éclec­tique, ana­ly­tique, nar­ra­tive et émo­tive. L’une des inter­venantes, Louisette Ighi­lar­iz, a pub­lié un livre de témoignages (Algéri­enne), que la jus­tice française a taxé d’af­fab­u­la­tions. Pour prou­ver qu’il y a eu tor­tures, elle deman­da des preuves écrites. Ces preuves exis­tent, dans les archives mil­i­taires français­es, mais ces dernières restent fer­mées. Louisette a gag­né son procès pour diffama­tion, mais le général incrim­iné a été inno­cen­té après avoir fait appel. Louisette s’ap­prête aujour­d’hui à saisir la Cour Européenne des droits de l’homme. Par ces infor­ma­tions don­nées sur des car­tons à la fin de Moud­jahi­date, on saisit la néces­sité de faire des films racon­tant la guerre d’Al­gérie, pour faire taire les tabous, pour ren­dre jus­tice, pour que l’on apprenne et que l’on se sou­vi­enne.

Courts-métrages

Demain_Alger-2.jpg Demain, Alger, film algérien d’Amin Sidi Boume­dine, est né d’un appel à pro­jets (avec pour thème Alger demain) lancé par Tha­la Pro­duc­tion, une toute jeune société fondée à Alger l’an dernier par deux jeunes gens (Yacine Bouaz­iz et Fay­cal Ham­moum) for­més dans des écoles de ciné­ma en France. Dans un pays où l’ab­sence de pro­duc­teurs de films de ciné­ma com­pé­tents est aus­si cri­ante que l’ab­sence de struc­tures de for­ma­tion et de dif­fu­sion, l’en­tre­prise de Tha­la a fait événe­ment dans le micro­cosme ciné­matographique. Avec un peu d’ar­gent récolté grâce au mécé­nat (inutile d’at­ten­dre l’ar­gent du FDATIC – Fonds de Développe­ment des Arts et Tech­niques du Ciné­ma – équiv­a­lent de notre CNC, lorsque l’ont veut faire vite), il n’a fal­lu que quelques mois pour tourn­er les six scé­nar­ios sélec­tion­nés. Des bénév­oles ont été for­més par les deux pro­duc­teurs et par les chefs de poste qui eux étaient pro­fes­sion­nels. Le pro­jet était de faire vite et de faire ensem­ble, dans une énergie col­lec­tive incroy­able. De prou­ver qu’il est pos­si­ble, pour tout le monde et même avec peu d’ar­gent, de faire des films en Algérie. Si le défi a été relevé, reste un prob­lème majeur : ces films n’ex­is­tent presque pas en Algérie puisqu’il n’y a qua­si­ment pas de salles pour le dif­fuser. Demain, Alger fait par­tie de ces films algériens qui jouis­sent d’une belle recon­nais­sance à l’In­ter­na­tion­al (il était notam­ment cette année en com­péti­tion au Fes­ti­val de Cler­mont-Fer­rand) mais que leurs auteurs sont très frus­trés de ne pou­voir présen­ter au pub­lic à qui ils s’adressent pri­or­i­taire­ment, les Algériens. En effet, Demain Alger est presque le seul film à abor­der le sujet douloureux dans la mémoire col­lec­tive qu’est le 5 octo­bre 1988, sujet que les Algériens auraient envie et besoin de voir pour peut-être faire le point sur leur his­toire. Amin Sidi Boume­di­ene met en scène trois jeunes hommes qui atten­dent devant un immeu­ble sur les hau­teurs d’Al­ger. Qui atten­dent le lende­main, journée de man­i­fes­ta­tions (qui furent réprimées dans le sang) et dis­cu­tent de leur par­tic­i­pa­tion, ou non, à l’événe­ment. Dans l’im­meu­ble, l’un de leurs amis fait ses valis­es car il a décidé de par­tir vivre en France. Agir pour son pays, le fuir, y rester sans rien faire, sont les options pos­si­bles que le film inter­roge. On peut regret­ter cer­taines lour­deurs dans les scènes con­cer­nant le futur émi­gré. Et cer­tains Algériens ont pu reprocher au film de ne pas dépein­dre de façon véridique l’événe­ment his­torique. Mais Amin Sidi Boume­di­ene n’a pas cher­ché à don­ner une représen­ta­tion réal­iste, il a voulu poé­tis­er ce moment-clé de l’his­toire algéri­enne, en don­ner une vision toute sub­jec­tive. À cet égard, son film, élé­gant et sen­si­ble, dont on retient le grand vide qui entoure les per­son­nages et l’an­goisse qu’il véhicule, est une belle réus­site.

Sabeel, de Khalid al-Mah­mood (Émi­rats Arabes Unis) racon­te, ou plutôt mon­tre, le quo­ti­di­en de deux jeunes garçons qui, dans un lieu déser­tique, s’oc­cu­pent de leur grand mère malade et vendent au bord de la route la petite récolte de leur jardin. La route est une fig­ure cen­trale, et elle ne va nulle part, tant les journées se déroulent toutes de la même manière, tant le début de tout acte, de tout point tem­porel, se dirige vers son point de départ. C’est autour d’elle qu’est déployé tout un pan­el de sen­sa­tions, que le cinéaste nous fait ressen­tir ses per­son­nages et leur façon de vivre les menus événe­ments qui com­posent leur exis­tence (don­ner à manger, ren­tr­er à la mai­son en mobylette, récolter le jardin, atten­dre sur la route). Pas de dia­logue ici, mais le son des cigales, qui sem­ble exac­er­ber l’isole­ment des per­son­nages qui ne croisent presque per­son­ne. L’in­scrip­tion de leurs sil­hou­ettes dans le décor souligne aus­si leur soli­tude, et la rudesse de leur vie en pays déser­tique. Aucun événe­ment ne nous détourne donc d’eux. La répéti­tion des actes, des plans, per­met d’être atten­tifs à leur appari­tion, de les ren­dre pal­pa­bles. Sabeel est un film sim­ple et touchant par cela. Sans grande pré­ten­tion, sans pré­ten­dre réin­ven­ter quoi que ce soit, le cinéaste est habile à décrire et à faire ressen­tir.

Archipel (fran­co-ita­lo-pales­tinien), de Gia­co­mo Abbruzzese, est dédié à ses acteurs, l’un ayant risqué sa vie en venant à Jérusalem pour faire le film, deux autres ayant risqué l’emprisonnement en jouant le rôle de policiers. Cette his­toire d’un Pales­tinien fuyant Ramal­lah par les égouts pour venir tra­vailler dans un restau­rant à Jérusalem ouest avant de repar­tir dans la nature déserte muni d’une mys­térieuse boîte blanche, est celle d’une tra­ver­sée, du rap­port d’un homme aux décors par lesquels il tran­site et aux hommes qui l’habitent : les égouts, seul moyen de fuir la zone occupée, le restau­rant, où cohab­itent, dans la haine et la crainte, pales­tiniens et israéliens, un ter­rain vague, seul endroit où peut dormir l’ex­ilé, les routes, le bus, que des policiers arrê­tent pour un con­trôle d’i­den­tité. Et puis le vaste espace désert, où le pro­tag­o­niste se retrou­ve minia­tur­isé, et puis la mer enfin, son ultime objec­tif, duquel on se demande ce qu’il attend. La mort ? La lib­erté ? L’ap­proche du con­flit israé­lo-pales­tinien que pro­pose Archipel séduit par sa finesse (elle ne passe pas par le dis­cours mais par un tra­vail ciné­matographique sur les décors et la place qu’y occupe le per­son­nage) et son élé­gance (les plans sont beaux).

Carte blanche à Kaina Ciné­ma

Pour sa carte blanche, Kaina Ciné­ma, asso­ci­a­tion créé en 2003 par des pro­fes­sion­nels du ciné­ma qui struc­ture un réseau d’échange et de for­ma­tion entre l’Al­gérie et les pays du bassin méditer­ranéen, a pro­posé deux beaux courts-métrages doc­u­men­taires.

J_ai_habite_l_absence_2_fois.jpg J’ai habité l’ab­sence deux fois, film algérien de Dri­fa Mezen­ner, a été tourné dans le cadre des ate­liers Béja­ia Doc, une ini­tia­tive créé en 2007 par l’as­so­ci­a­tion algéri­enne Ciné­ma et Mémoire, en parte­nar­i­at avec Kaina. Chaque année, une petite dizaine de jeunes gens, recrutés sur pro­jet, sont encadrés pen­dant quelques mois pour réalis­er leur film, qui se doit de par­ler d’un sujet fam­i­li­er pour leurs auteurs. Dans J’ai habité l’ab­sence deux fois, Dri­fa Mezen­ner filme sa famille, qu’elle inter­roge aus­si, et son quarti­er d’Al­ger, Kou­ba. Que l’un de ses frères a quit­té pour l’An­gleterre d’où il n’est jamais revenu. En off, la cinéaste racon­te le temps passé depuis le ter­ror­isme et la vie à Kou­ba, aujour­d’hui et hier. Ce film est formelle­ment très maîtrisé, les plans sont beaux, le mon­tage est habile, la bande son tra­vail­lée. Les témoignages du père font sen­tir les blessures qu’ont lais­sées en lui les deux guer­res que sa généra­tion a subies, l’ab­sence de paroles de la mère rend poignante la douleur qu’est la sienne en l’ab­sence de son fils, les pro­pos du grand frère appor­tent un éclairage sub­jec­tif sur ce qu’il en est de la vie à Alger aujour­d’hui. Nous avons là un mul­ti­ple por­trait, celui d’une famille, de cha­cun de ses mem­bres, d’un quarti­er, d’un pays, d’une époque, d’une cinéaste qui par­le à la pre­mière per­son­ne. Un por­trait émou­vant et beau, un film des plus promet­teurs.

chibanis.jpg Dans Chiba­n­is, film français de Karim Ben­salah (2011), ce sont des tra­vailleurs algériens retraités restés vivre en France dans des foy­ers (les chiba­n­is) qui se racon­tent. Le cinéaste les filme dans leurs lieux de vie qu’il décrit minu­tieuse­ment (couloirs, réfec­toire, cham­brettes…), par­fois en figeant ses images, et dans leur quo­ti­di­en (par­ties de cartes, de domi­nos, partage d’un thé, prière, soirée fes­tive…). Et il les laisse par­ler, de leur arrivée en France, de leur tra­vail, de leur rap­port au bled, à leurs familles qui y demeurent, des raisons qui les ont poussés à rester vivre en France (la sécu­rité sociale prin­ci­pale­ment, mais aus­si leur sen­ti­ment d’ap­par­te­nance à ce pays où ils ont passé toute leur vie). On est touchés par les images et les pro­pos de ces vieux hommes, que l’on se réjouit de voir, pour une fois, être l’ob­jet d’une atten­tion par­ti­c­ulière.

Musique !

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En tant que doc­u­men­taire musi­cal, El Gus­to (fran­co-algérien, sor­ti le 12 jan­vi­er dernier), de Safinez Bous­bia, avait pleine­ment sa place dans la pro­gram­ma­tion du Panora­ma qui fait la part belle à la musique, à la joie col­lec­tive qu’elle génère. C’est ici du chaâbi qu’il est ques­tion. Le chaâbi, mélange de musique arabo-andalouse et berbère, qu’a fait naître El Anka dans les années 1950 en Algérie, art pop­u­laire des­tiné alors aux dock­ers, ouvri­ers, pros­ti­tuées, qui se jouait dans les bars, les fêtes, les maisons clos­es… Safinez Bous­bia ne con­nais­sait rien de lui. Mais le hasard de ses déam­bu­la­tions dans la Cas­bah d’Al­ger lui ont fait ren­con­tr­er un musi­cien qui, lui racon­tant son his­toire, sa pas­sion, lui a don­né envie de se pencher sur le sujet. Elle est allée à la ren­con­tre d’autres musi­ciens chaâbi, et a muri le fol pro­jet de les réu­nir de nou­veau pour les refaire jouer ensem­ble.

L’im­pli­ca­tion per­son­nelle de la cinéaste est don­née par ses inter­ven­tions en off, dont le film aurait pu se pass­er mais qu’elle a le bon goût de ne pas ren­dre trop fréquentes ni trop explica­tives. El Gus­to est autant un doc­u­men­taire sur le chaâbi que sur l’Al­gérie, Alger, la Cas­bah, hier et aujour­d’hui, et c’est là son mérite. Les réc­its des musi­ciens, qui racon­tent leurs débuts, le moment où le chaâbi, musique de «voy­ous», a été légitimé et a com­mencé à être enseigné, leurs pra­tiques, l’im­por­tance pour eux de cette musique, la pré­car­ité du statut du musi­cien, nous en appren­nent sur cette musique. Les gra­cieux mou­ve­ments de caméra à tra­vers les ruelles retors­es de la Cas­bah et les plans élé­gants sur la majestueuse Alger nous offrent un voy­age en terre algéri­enne, redou­blé par le voy­age dans l’his­toire du pays véhiculé par la mémoire des musi­ciens.

Pen­dant la guerre d’Indépen­dance, et même si jouer de la musique a été inter­dit par le FLN parce que le temps n’é­tait pas à la fête, les joueurs de chaâbi, à leur manière, ont par­ticipé à l’ef­fort de guerre. En allant jouer dans les pris­ons pour égay­er les retenus, en insérant des codes dans les paroles de leurs chan­sons pour que les moud­jahidines puis­sent com­mu­ni­quer, en per­me­t­tant aux réu­nions secrètes des maquis­ards de pass­er inaperçues lorsqu’elles avaient lieu dans une pièce joux­tant un lieu de con­cert. Puis, à l’Indépen­dance, les juifs, qui jusqu’alors, aux dires des inter­venants, cohab­itaient très bien avec les musul­mans, ont dû par­tir, s’ex­il­er avec leur luth pour com­pagnon mais plus per­son­ne pour jouer avec eux. C’est ce qu’a voulu répar­er Safinez Bous­bia, en réu­nis­sant les musi­ciens d’Al­ger, de Mar­seille et de Paris, en leur per­me­t­tant de refaire un con­cert. Après le bon­heur des retrou­vailles et neuf mois de répéti­tions, ce dernier a eu lieu à Mar­seille, et il fut un suc­cès, qui a ouvert au groupe, El Gus­to, les portes de Bercy.

El Gus­to est formelle­ment clas­sique (inter­views de musi­ciens mon­trés dans leurs lieux de vie alter­nant avec des moments pure­ment musi­caux – répéti­tions ou con­certs et quelques images d’archives). On est en out­re assez gêné par son aspect “bien-pen­sant” : por­trait plutôt hagiographique des musi­ciens, passé perçu comme temps heureux, insis­tance sur la magie de la musique, l’é­mo­tion générée par les sou­venirs et les retrou­vailles des musi­ciens. Mais ce film intéresse par ce qui, entre les lignes, se dit de la vie à Alger avant, pen­dant et après la guerre. Si la jovi­al­ité qui s’en dégage, inhérente au chaâbi, ne sur­prend pas, on reste char­mé par les images d’Al­ger et sa Cas­bah qu’il rend pal­pa­bles.

Il y avait encore à faire en Seine-Saint-Denis.

Assis­ter à la table ronde sur la Tunisie, en pleine recon­struc­tion un an après la Révo­lu­tion (et sur laque­lle le Panora­ma s’é­tait large­ment penché l’an dernier) Organ­isée par la SRF, elle a don­né la parole à des réal­isa­teurs (notam­ment Mourad ben Cheikh, auteur de Plus jamais peur, sor­ti en France le 5 octo­bre 2011 et pro­jeté au Panora­ma) et pro­duc­teur tunisiens, qui ont fait part de leur tra­vail actuel pour défendre le droit d’au­teur, trou­ver des finance­ments pour la créa­tion, con­stru­ire un Cen­tre Nation­al du Ciné­ma, lut­ter con­tre la cen­sure, con­stru­ire une vie asso­cia­tive…

Voir ou revoir Gare cen­trale (1958), film phare du grand cinéaste égyp­tien Youssef Chahine, En atten­dant le bon­heur (2003), du Mau­ri­tanien Abder­rah­mane Sis­sako

Décou­vrir l’inédit El Shooq (2011), de Khaled el-Hagar, un mélo­drame dans la tra­di­tion égyp­ti­enne ; le doc­u­men­taire Frag­ments (Hakim Belabbes, 2010), l’un des rares films maro­cains pro­gram­més cette année (dans le cadre de la carte blanche à la Ciné­math­èque de Tanger), tourné pen­dant plus de vingt ans dans la ville natale du cinéaste, Bejaad.

Assis­ter aux con­certs don­nés sur l’e­s­planade de Saint-Denis, goûter un thé ou autre spé­cial­ité maghrébine dans la tente joux­tant chaque année le ciné­ma l’Écran.

Partager un café lit­téraire.

Résol­u­ment, les fes­tiv­ités n’é­taient pas en reste. Vive­ment la prochaine édi­tion du Panora­ma!

Et mer­ci à Géral­dine Can­ce !