Il y a peu de pre­miers longs métrages français à la Mostra, mais on peut dire que Terre battue de Stéphane Demousti­er y vient représen­ter une bonne frange de ce qui se fait dans cette caté­gorie — une frange peu ent­hou­si­as­mante. Soit des pre­miers films si peu inspirés et rétifs à la prise de risque qu’ils se ver­rouil­lent au niveau d’un scé­nario par­fois sophis­tiqué, mais basé sur des idées pré­fab­riquées (sur la famille, le tra­vail, la société…), pas tou­jours dénuées de fonde­ment mais adop­tées à défaut de toute vision per­son­nelle, ce qui s’en ressent évidem­ment dans la mise en images. Ain­si les réc­its qui en résul­tent s’ap­par­entent-ils à de tristes et secs pro­grammes par­fois bien huilés mais man­quant de sincérité et aux­quels, faute de percevoir de réelles vibra­tions, on reste étranger.

Ici, le titre Terre battue, tel celui d’un médiocre court métrage, con­tient le pro­gramme tout entier — par sa dou­ble allu­sion pesante au ter­rain sportif et au poids de l’échec. Un gérant de grand mag­a­sin du Nord tout juste licen­cié (Olivi­er Gourmet) ambi­tionne à la fois de mon­ter sa pro­pre affaire et de faire le bon­heur de son fils, petit ten­nis­man très promet­teur qui rêve d’aller à Roland-Gar­ros. Selon un sché­ma déjà vu dans d’autres drames français à arrière-plan social et flir­tant avec le thriller (par­fois en mieux, comme dans L’Em­ploi du temps de Lau­rent Can­tet), le film pré­tend instiller l’é­mo­tion (le père et le fils vont-ils se rap­procher ou s’éloign­er ?) autant que le malaise (le père s’en­ferme dans le fan­tasme puis l’ai­greur, effraie sa famille, se mar­gin­alise), jusqu’à se con­clure par une vari­a­tion voulue comme ambiguë et boulever­sante sur un fait divers notoire du ten­nis français sur­venu à Dax en 2003. Mais rien à faire : les enjeux souter­rains mais lis­i­bles n’ar­rivent jamais à trou­ver une chair con­va­in­cante, faute de choix de réc­it qui ne relèveraient pas d’une gram­maire desséchée à force d’usage académique, sans vie à force de per­sis­ter à croire qu’elle peut simuler le vivant. Aucune ten­sion qui ne débouche sur un éclat ver­bal bien sonore, de préférence dans une cui­sine ; aucune idée pour filmer un per­son­nage en mou­ve­ment dans l’e­space autrement qu’en traî­nant la caméra à sa remorque ; aucune sincérité dans les jeux d’ac­teurs qu’on sent attachés à des arché­types fam­i­liers (Gourmet en dif­fi­culté sociale, c’est une longue his­toire) mais peu habités ; aucune scène qui, si inat­ten­due et pro­pre à inter­peller qu’elle puisse être, n’ap­pa­raisse pas comme un tour de force de scé­nario traî­nant des pieds pour com­mu­ni­quer quoi que ce soit à l’écran. Le seul vrai drame, c’est la per­sis­tance d’un académisme aus­si inapte à incar­n­er ce qu’il énonce.