Sous le pré­texte d’un exa­m­en médi­cal de rou­tine, une doc­toresse pâle comme une Lorelei con­voque un homme pour lui appren­dre sans détour que leurs époux respec­tifs entre­ti­en­nent une rela­tion adultère. Comble de l’ironie, c’est en tes­tant sa résis­tance car­diaque que cette pythie aux airs de Liv Ull­man lui fait cette éprou­vante révéla­tion. S’engage alors une étrange com­plic­ité fascinée entre les deux époux trompés, qui suiv­ent les traces de leurs amants jusque dans l’hôtel où ceux-ci ont l’habitude de se retrou­ver. La mort, aus­si trag­ique que grotesque des époux infidèles, vient met­tre un terme à ce rit­uel masochiste et pousse cha­cun vers une nou­velle vie.

L’histoire pour­rait s’arrêter là, mais cette pre­mière par­tie mal­adroite, menée laborieuse­ment par une caméra à fleur de peau (sinon de pore) au rythme empesé de corps rongés par la cul­pa­bil­ité, n’est en fait qu’un long pro­logue. Le film trou­ve heureuse­ment un nou­veau souf­fle dans une sec­onde par­tie qui s’ouvre par une très belle ellipse sans aucune coupe, le long d’un plan-séquence au cœur des bois où la jeune veuve aban­donne son passé et ses vête­ments pour entamer une nou­velle vie aux cotes d’un autre homme qui l’attend dans une voiture à l’orée du bois. C’est à par­tir de cette césure que le film prend un peu d’ampleur. Hom­mage explicite au ver­tig­ineux test du dou­ble et de la réal­ité de Ver­ti­go, le chignon de Car­lot­ta agit ici comme une métaphore de la spi­rale dans laque­lle tombent les deux per­son­nages dès qu’ils se croisent à nou­veau par une coïn­ci­dence sans hasard dans un autre hôtel imper­son­nel. Cha­cun a refait sa vie, mais le secret qui les lie l’un à l’autre les pousse à rejouer le passé, non plus au titre de témoins muets mais dans le rôle des époux infidèles.

Obéis­sant à un rit­uel très pré­cis, leurs ren­con­tres retrou­vent les lieux et les habi­tudes des anciens amants, comme les notes con­nues d’une par­ti­tion que cha­cun est déter­miné à jouer jusqu’au bout. La caméra trou­ve enfin une juste dis­tance avec ces corps con­damnés à n’être que des ombres d’un passé éter­nelle­ment ravivé et laisse un peu d’espace à deux comé­di­ens remar­quables dans l’interprétation de ce cou­ple mau­dit (Franziska Petri et Dejan Lil­ic). En dépit de tous leurs efforts, le film – curieuse­ment inti­t­ulé Izme­na, lit­térale­ment « trahi­son » alors qu’il y est plutôt ques­tion de frus­tra­tion et de repen­tance – appa­raît comme une espèce de resucée de Ver­ti­go, le sus­pense et la ten­sion en moins. N’était une pre­mière par­tie mal­ha­bile et com­passée, il pour­rait presque pass­er pour un hom­mage réus­si, mais à force d’épuiser une intrigue min­i­mal­iste entre deux per­son­nages qu’aucun nom n’identifie et de leur faire subir toute une gamme d’émotions en un peu moins de deux heures, le ver­tige d’Izme­na décou­vre la cause de son trou­ble : le vide.