Promised Spaces repose sur une intrigue sim­ple, divisée en deux par­ties : nous suiv­ons d’abord les ouvri­ers d’un com­plexe de luxe qui promet con­fort et cadre naturel dans une zone périphérique du Cam­bodge, puis l’installation de Seda, sa pre­mière habi­tante. Rapi­de­ment, tout se détraque : les con­struc­tions pren­nent l’eau à la suite d’une vio­lente averse, les ouvri­ers pren­nent le large, une brasse s’improvise sur la piscine d’un toit, etc. Ce dérè­gle­ment avait déjà été annon­cé, plus dis­crète­ment, par les mou­ve­ments erra­tiques des ouvri­ers, tous insom­ni­aques : errant sur le chantier et s’y endor­mant ici et là, leurs déplace­ments et leurs dis­cus­sions instau­raient d’emblée une atmo­sphère légère­ment absurde.

La rigueur des cadres, loin de brid­er le film, favorise une cer­taine ten­sion qui rend incer­taine l’is­sue des sit­u­a­tions plus qu’elle n’en­ferme les per­son­nages. C’est par­ti­c­ulière­ment le cas dans la sec­onde par­tie, qui se con­cen­tre sur les rela­tions inter­per­son­nelles. Mais ce sont égale­ment les ten­sions pro­pres aux rap­ports de classe qui se résol­vent de façon inat­ten­due : Seda est mise en dif­fi­culté par le com­porte­ment erra­tique du per­son­nel, plus démis­sion­naire que con­flictuel. L’une des belles trou­vailles du film repose sur la cir­cu­la­tion des corps et des fonc­tions : les ouvri­ers iden­ti­fiés dans le pre­mier temps du film réap­pa­rais­sent une fois l’im­meu­ble achevé ; ils habitent les lieux plus qu’ils n’y tra­vail­lent. On retrou­ve ain­si un cou­ple d’amoureux enlacés à l’i­den­tique dans un dor­toir de chantier ou dans l’im­prob­a­ble cagibi d’un élec­tricien.

Jouant sur l’am­biguïté de la for­mule com­mer­ciale (une pan­car­te pub­lic­i­taire promet la com­bi­nai­son du con­fort de la ville et du calme de la nature), le film nous per­met d’en­vis­ager une autre appro­pri­a­tion de ces ensem­bles archi­tec­turaux. En pro­duisant des images incon­grues, des plans hybrides mêlant nature et con­struc­tion – des vach­es dans un chantier, une piscine sur un immeu­ble inachevé – Promised Spaces les con­ver­tit en un théâtre de bifur­ca­tions, où les espaces s’in­ven­tent à mesure qu’on y pro­gresse, comme dans un jeu.