Depuis Réveil dans la ter­reur, les ter­res aus­trali­ennes sont sou­vent le théâtre de spi­rales infer­nales qui aspirent des per­son­nages impuis­sants. Vari­a­tion côtière sur ce thème, The Surfer se déroule inté­grale­ment sur une plage et son park­ing attenant. Dirigée par une bande de mal­frats, la com­mu­nauté locale tente de préserv­er la « pureté » du lieu, chas­sant sur­feurs et touristes indésir­ables. Il en faut néan­moins plus pour dérouter « le sur­feur »  (Nico­las Cage), bien décidé à acquérir la mai­son de son enfance située sur une cor­niche sur­plom­bant l’océan. Avec son image délavée et brûlée par le soleil, le film égrène une galerie de vis­ages bur­inés et gri­maçants, dont des gros plans trem­blants vien­nent régulière­ment soulign­er les con­tor­sions.

Loin­tains cousins des gang­sters de Point Break (en net­te­ment moins roman­tiques), les “Bay boys” tirent de l’océan et du surf une mys­tique mas­culin­iste et cryp­to-fas­ciste. Les brimades et sévices que le groupe fait subir au per­son­nage prin­ci­pal con­stituent, dans cette per­spec­tive, presque un rite d’ini­ti­a­tion. “Le sur­feur” perd un à un ses attrib­uts (sa voiture, son télé­phone, ses chaus­sures), sa dig­nité et même son sens moral. Ce pro­gramme per­met au film de mul­ti­pli­er les effets plus ou moins heureux (con­tre-plongées très accen­tuées sur le per­son­nage, inserts bru­taux sur la faune locale riant de son sort, etc.), et à Cage d’ex­hiber toute une gamme de faces hagardes et de regards endo­loris. En un sens, le sur­feur suit une tra­jec­toire nar­ra­tive per­me­t­tant de « déblo­quer » pro­gres­sive­ment l’ac­teur, qui passe du bon père de famille à une créa­ture dégue­nil­lée et geignarde. Un temps con­va­in­cant, ce chemin de croix en tongs finit par s’é­gar­er, son énergie se retrou­vant ternie par une rel­a­tive timid­ité dans les effu­sions de vio­lence mais aus­si par le scé­nario, qui empêche le per­son­nage de Nico­las Cage de som­br­er tout à fait, pour lui faire à nou­veau endoss­er le cos­tume du père. Trop sage, The Surfer fait men­tir l’avis de tem­pête.