Pour qui aurait oublié ses leçons d’or­nitholo­gie, un rap­pel s’im­pose : la pin­tade (la « Guinea Fowl » du titre) joue, au sein de l’é­cosys­tème de la savane, un rôle sin­guli­er con­sis­tant à sig­naler par ses cris l’ap­proche des pré­da­teurs. On Becom­ing a Guinea Fowl fait de ce com­porte­ment une parabole. Il se penche sur une famille zam­bi­enne lourde d’un passé d’a­gres­sions inces­tueuses, et se pro­pose de suiv­re l’ex­em­ple du volatile pour lancer à son tour, par l’in­ter­mé­di­aire de Shu­la, le per­son­nage prin­ci­pal, une alerte. Le film débute par la mort de son agresseur, l’on­cle Fred­dy – bien qu’à ce stade, on ne l’ait pas iden­ti­fié comme tel. On com­prend au fil du réc­it que la famille de Shu­la, menée d’une main de fer par ses aînés, n’est pas tant gan­grenée par l’ig­no­rance que par le silence ; la vérité est sue mais jamais éven­tée, elle arrive, fugace, jusqu’aux oreilles de l’une des tantes pour aus­sitôt être étouf­fée comme un secret hon­teux ou un événe­ment anodin.

On Becom­ing a Guinea Fowl tire quelques plans réus­sis des ambiva­lences cul­tivées par cette famille. Ain­si, une embras­sade dans un cel­li­er entre Shu­la, sa cou­sine et leurs tantes appa­raît à la fois comme une scène d’af­fec­tion sincère et une ten­ta­tive de domes­ti­ca­tion. Mais au-delà de quelques séquences con­va­in­cantes, le film ressasse les pas­sages oblig­és des fic­tions abor­dant ce thème épineux. Le sur­gisse­ment des sou­venirs trau­ma­tiques passe de cette manière par des séquences de rêve, ou encore par des rac­cords entre Shu­la adulte et elle enfant. Si On Becom­ing a Guinea Fowl con­stitue la pre­mière sélec­tion offi­cielle d’un film zam­bi­en au Fes­ti­val de Cannes, il est déce­vant de con­stater que le film ne tire pas assez par­ti de ses spé­ci­ficités cul­turelles et arbore une forme aus­si con­ven­tion­nelle.