Oleg est un tra­vailleur détaché let­ton dont la vie pré­caire qu’il s’est trou­vée en Bel­gique tourne rapi­de­ment au cauchemar : injuste­ment licen­cié de son poste de bouch­er dans une usine, il se voit aidé par Andrzej, un jeune polon­ais fausse­ment bien­veil­lant qui, de fil en aigu­ille, va le réduire au rang d’esclave au sein d’une organ­i­sa­tion maffieuse. Le réc­it, qui s’ouvre sur une séquence onirique et mys­tique (le per­son­nage, com­paré à un « agneau sac­ri­fi­ciel », se retrou­ve coincé sous la sur­face gelée d’un lac), con­stitue un cas d’école de film de fes­ti­val suprême­ment bal­isé, dont les « res­pi­ra­tions » religieuses ne font que redou­bler le cap d’une chronique doloriste. Le prob­lème ne tient toute­fois pas à ce que le film cherche un peu balour­de­ment à mon­tr­er – la stig­ma­ti­sa­tion sociale, l’injustice qui s’abat sur une main d’œuvre exploitée, la net­teté des rap­ports de classe (cf. cette scène où Oleg doit, à la let­tre, jouer un rôle pour partager le lit d’une bour­geoise), la pros­ti­tu­tion, etc. –, mais plutôt à la façon dont il s’articule autour d’une série de purs arbi­traires scé­nar­is­tiques.

Il en va ain­si du « per­son­nage » de la grand-mère d’Oleg, main­tenu hors-champ et que le héros appelle à quelques repris­es, qui sert tan­tôt de moteur à sa quête (Oleg tra­vaille pour lui envoy­er de l’argent), de con­di­tion à sa soumis­sion au maffieux polon­ais qui le recueille (Andrzej bran­dit l’adresse de la mère-grand et men­ace de la tuer si Oleg s’enfuit), puis enfin d’échappatoire. L’horizon « méta­physique » d’Oleg, qui se lamente de ne pou­voir échap­per à cette vie ingrate, entre­larde par ailleurs un réc­it guidé par la fatal­ité, dont le film souhait­erait faire l’expression de la dureté du monde, mais qui n’est jamais que la con­séquence des choix scé­nar­is­tiques qu’il met en place, à l’instar du licen­ciement, con­séquence d’un men­songe incon­gru d’un col­lègue mal luné. Logique­ment, le film se ter­mine là où il avait com­mencé, par un retour à la glace let­tone, puis par un bap­tême sym­bol­ique hors des eaux gelées. Jamais le film n’aura dévié, en dépit des change­ments de décors et des allées et venues d’Oleg, du chemin de croix désigné dès la pre­mière scène.