Meurs, mon­stre, meurs part d’un argu­ment hor­ri­fique séduisant : dans une petite région mon­tag­neuse argen­tine, la police locale enquête sur des crimes san­guinaires dont le sus­pect prin­ci­pal, un homme psy­chologique­ment dérangé, affirme qu’un mys­térieux mon­stre rôde dans les par­ages. Entre Twin Peaks (l’écusson des policiers représente trois pics neigeux) et la bête du Gévau­dan, le film assume assez vite sa déliques­cence nar­ra­tive, préférant à une ligne claire un réc­it nébuleux favorisant la mul­ti­pli­ca­tion de visions et l’entrelacement de tonal­ités hor­ri­fiques, mys­tiques et comiques. Reste que si le film parvient à établir une atmo­sphère, il bute sur la ten­sion entre vis­i­ble et invis­i­ble qui entoure sa créa­ture, d’abord une voix, un souf­fle mon­strueux, puis une ombre dans la nuit, une masse floue, qui demeure ensuite en retrait avant d’être révélée sous toutes les cou­tures (c’est l’horizon de la toute dernière scène, qui n’a pas d’autre visée que de la mon­tr­er en pleine lumière).

Que le film procède sou­vent du mon­tage d’intentions et d’idées épars­es (scènes d’hallucinations, dans­es bizarres, errances trouées de pics de vio­lence) est déjà en soi l’une de ses grandes lim­ites, mais la révéla­tion de la créa­ture con­firme une cer­taine hypocrisie dans la démarche. À la manière de l’ex­trater­restre de La Région sauvage d’Amat Escalante, la bête s’affirme comme une éma­na­tion fan­tas­magorique de la sex­u­al­ité — ici une longue queue au bout de laque­lle trône un gland, et un vis­age en forme de vagin qui ren­ferme une bouche copieuse­ment den­tée. Or, et c’est là que le film achève de se sabor­der, la ques­tion de la sex­u­al­ité (ou plus large­ment de la pul­sion) reste très mar­ginale dans l’écriture du film, sans compter que le mon­stre sem­ble par ailleurs l’allégorie d’une con­t­a­m­i­na­tion (une matière verte et visqueuse que crachent les per­son­nages, des voix qui les assail­lent) de la peur elle-même, peur qui rend fou, peur qui dérè­gle le rap­port immé­di­at au monde, le trans­for­mant en un espace régi par des lois secrètes et ter­ri­fi­antes (tout le pan sym­bol­ique et géométrique du réc­it, assez super­fi­ciel). Si bien que le film, alors même qu’il sem­ble chercher dans son his­toire une sous­trac­tion des enjeux au prof­it d’un mariage de formes dis­tinctes, finit par céder à une surenchère métaphorique sans queue ni tête.