Petite sur­prise, mais seule­ment petite, à la décou­verte des pre­mières min­utes du nou­veau film de Michel Fran­co (Después de Lucía, Chron­ic) : en fil­mant la grossesse d’une jeune fille de 17 ans qui va béné­fici­er de l’aide de sa mère Avril (Emma Suárez, la Juli­eta du dernier Pedro Almod­ó­var), le cinéaste mex­i­cain sem­ble s’ouvrir à une douceur nou­velle et pour le moins inat­ten­due. Il s’avère cepen­dant rapi­de­ment que ce calme appar­ent, qui con­fine presque à la mol­lesse, résulte d’une stratégie nar­ra­tive savam­ment pen­sée : en expurgeant sa mise en scène de ses pics habituels de vio­lence, Fran­co crée un vide autour de ses per­son­nages pour jouer sur l’ambiguïté de cette madone solaire. L’inflexion de son aura se fait par touch­es légères et petites scènes qui pré­par­ent l’apparition d’une per­ver­sité latente, affleu­rant dans le plan sans mot dire et sans altér­er rad­i­cale­ment la per­cep­tion que l’on peut avoir du per­son­nage. Pour­tant, le con­trôle pro­gres­sif que prend la matri­arche fait d’elle peu à peu un mon­stre : non seule­ment Avril s’approprie le bébé de sa fille, mais elle lui vole de sur­croît son petit ami.

De sorte que le film, dont on pour­rait croire qu’il repose sur une mise en scène trans­par­ente, qua­si­ment vide, per­met ain­si à Fran­co de touch­er plus forte­ment à un trou­ble que dans ses réal­i­sa­tions précé­dentes, striées de scènes chocs, en met­tant en place un cadre où les glisse­ments intérieurs des per­son­nages se font de manière presque imper­cep­ti­ble. Ici, c’est plus dis­crète­ment qu’apparaît l’horreur, jusqu’à une sor­tie de champ pour le coup assez forte où Avril dis­paraît du réc­it en lais­sant le bam­bin lar­moy­ant seul dans le plan. C’est par exten­sion tout un cir­cuit de la folie que cherche à dépein­dre Fran­co, artic­ulé autour d’un bébé dont la présence sem­ble détein­dre sur le com­porte­ment et la nature humaine des indi­vidus qui l’entourent. Pas de quoi sauter non plus au pla­fond : le film s’en tient à ce sim­ple pro­gramme et ne va pas beau­coup plus loin, mais il faut recon­naître que le chemin emprun­té ici par Fran­co est un peu plus habile qu’à l’accoutumée.