La fin du fes­ti­val de Cannes se pro­fi­lait à l’hori­zon de l’équipe de choc assem­blée par Critikat, lorsque cer­tains d’en­tre nous décidèrent de combler leur retard avec la dernière pro­jec­tion du film qui avait déjà les faveurs enfiévrées de col­lègues et d’amis : Daniel y Ana.

Autant dire qu’il s’est agi de finir en apothéose. Ana et Daniel Tor­res sont sœur et frère, elle sor­tie de l’ado­les­cence et lui en plein dedans. Leur rela­tion est étroite­ment sym­bi­o­tique – jusqu’au jour ter­ri­ble où ils se font enlever, et forcer de couch­er l’un avec l’autre devant une caméra de snuff movie. Daniel y Ana pro­gresse sur le fil du rasoir du thème de l’inces­te et des rela­tions tou­jours trou­bles entre frères et sœurs, sans jamais som­br­er dans la facil­ité. Les deux pro­tag­o­nistes son­nent très juste, même s’il faut admet­tre que le jeu plus ren­fer­mé de Dario Yazbek Bernal (Daniel) pâlit face à celui de la remar­quable Mari­mar Vega dans le rôle de sa sœur. Le film en lui-même sem­ble se cen­tr­er sur ce per­son­nage d’une force rare décidé à sur­mon­ter son trau­ma­tisme – avant d’opter pour une pro­gres­sion à la fois très juste et ter­ri­ble­ment trau­ma­ti­sante. Extrême­ment sub­til dans son traite­ment de la psy­cholo­gie unis­sant un frère et une sœur, et de leur rap­port au trau­ma­tisme, Daniel y Ana peut laiss­er per­plexe : est-il un film juste, sub­til, et intéres­sant, ou tire-t-il sa force avant tout de son sujet, ter­ri­ble­ment pathé­tique ? À quelques jours de la vision du film, tranch­er reste dif­fi­cile.

Une chose est sûre cepen­dant : à la dif­férence de cer­tains réal­isa­teurs de la sélec­tion offi­cielle, Michel Fran­co a su trou­ver un tal­ent con­som­mé et beau­coup de pudeur pour met­tre en scène son épou­vantable pos­tu­lat de base, sans mis­éra­bil­isme, ni intel­lec­tu­al­isme, ni provo­ca­tion gra­tu­ite. Et pour cela, déjà, il con­vient de lui être infin­i­ment recon­nais­sant.