Sur les rythmes lanci­nants d’une mélodie ori­en­tale, Nas­sim Amaouche signe un pre­mier long-métrage en forme de west­ern con­tem­platif à la française. Ici pas de cheval, ni d’indiens, ni de canyon… restent les rues désertées d’une cité ouvrière du midi, encore habitée par une poignée de maghrébins. Fran­cis (Jean-Pierre Bacri), ouvri­er au chô­mage et veuf d’une algéri­enne, vit avec ses deux fils Isham et Samir, le dernier étant fraîche­ment sor­ti de prison. Amoureux du tra­vail bien fait, il passe ses après-midi dans son anci­enne usine, aujourd’hui désaf­fec­tée, pour finir de répar­er les machines qui auraient dû l’être, avant la fer­me­ture. Et le soir, Fran­cis fricote en secret avec sa voi­sine Maria, dont le fils se mure dans une attente mutique, espérant sans répit le retour d’un père qu’il imag­ine sous les traits ras­sur­ants de Gary Coop­er. Adieu Gary est un pre­mier film sym­pa­thique, mélan­col­ique et inven­tif. Nas­sim Amaouche filme un monde où le temps se serait arrêté, et ces rues désertées du midi où l’heure de la sieste laisse enten­dre le bruisse­ment entê­tant d’un vol de mouche. Sous un soleil qui ne faib­lit pas, tout le monde attend Gary Coop­er comme d’autres attendaient Godot, dans la tor­peur absurde d’un dés­espoir tou­jours tein­té d’humour. Restent des facil­ités qui empêchent ce petit film au demeu­rant frais et plaisant d’éviter l’anecdotique. Car ce qui finit par étouf­fer ici c’est avant tout l’écueil du pit­toresque : le décalage un peu con­venu, des per­son­nages folk­loriques, les bons mots atten­dus de Bacri… On peut se deman­der si le réc­it de cette mort d’un quarti­er ouvri­er, dont la portée n’échappera à per­son­ne, n’aurait pas mérité de s’inspirer de la vigueur de ce cher Gary Coop­er.