Cette nuit-là, cinq ado­les­cents s’introduisent par effrac­tion dans une mai­son. C’est le point de départ choisi par Kirsten Sheri­dan pour dévelop­per un film sur la base de l’improvisation. La mai­son est opu­lente : elle fait office de page blanche. Très vite, ces jeunes hommes et femmes pren­nent pos­ses­sion des lieux, ou plutôt, ils s’en affran­chissent. Leur seule présence dans cette mai­son de cire (ou comme l’indique le titre, cette mai­son de poupées) n’est motivée que par une énergie débor­dante mêlant destruc­tion, créa­tion, détourne­ment des objets, des espaces. À mesure qu’ils réin­ven­tent le lieu, ils se réin­ven­tent eux-mêmes, s’expérimentent et redéfinis­sent leurs lim­ites. Pen­dant toute la durée du film, leur vio­lence con­tenue est con­stam­ment sur le point d’éclater, Sheri­dan prenant un malin plaisir à rester le plus près pos­si­ble du bord de la falaise. Cette vio­lence est col­lec­tive, elle est l’énergie de groupe ; mais elle est main­tenue en secret par une pro­fonde ten­dresse indi­vidu­elle. Deux à deux (selon des binômes inter­change­ables), les ado­les­cents entre­ti­en­nent régulière­ment une con­fi­ance, une ami­tié, un éro­tisme secret, qui les main­tient et les rac­croche au groupe – un para­doxe pro­fondé­ment sen­si­ble, intel­li­gent et poé­tique qui restera un des sou­venirs les plus prég­nants du film.

Comme tout film impro­visé, Doll­house est évidem­ment un petit peu fouil­lis – on n’a pas le beurre et l’argent du beurre. Il joue un peu l’éléphant dans le mag­a­sin de porce­laine, s’engage tête bais­sée (aucune espèce d’introduction) et fonc­tionne sur un instinct de créa­tion de l’équipe. Ses fon­da­tions sont un peu frêles. D’ailleurs, son approche de l’improvisation aurait ten­dance à vite le remet­tre sur les rails d’une nar­ra­tion clas­sique : la réal­isatrice et les comé­di­ens, inven­tant le scé­nario au fil du tour­nage, ne sont pas vierges de tout réflexe, et somme toute leurs idées répon­dent plutôt à des ficelles de fic­tion. L’intrigue fonc­tionne par agglu­tine­ment, où les per­son­nages cachent tou­jours un secret de plus, for­mant un sac de nœuds de plus en plus gros qui s’achève un peu mal­adroite­ment. On gardera tout de même le sou­venir d’un film à l’énergie sur­prenante, où la destruc­tion et l’invention s’entrecroisent et se super­posent, et don­nent lieu à de mag­nifiques acci­dents.