C’est dans un petit bar à vins de la rue de Bre­tagne que nous avons ren­con­tré Whit Still­man, sur Paris à l’occasion de la ressor­tie de Met­ro­pol­i­tan, son pre­mier film. Alors que son prochain pro­jet, la série The Cos­mopoli­tans, sera bien­tôt disponible sur la plate­forme Ama­zon, le cinéaste est revenu pour nous sur ses expéri­ences de tour­nages, ses pro­jets avortés et futurs, et ses acteurs fétich­es, Chris Eige­man et Chloë Sevi­gny.

Vous déclarez voir et revoir vos pro­pres films. Quel regard portez-vous sur Met­ro­pol­i­tan, votre pre­mier long métrage, vingt-cinq ans après son tour­nage ?

Oui, je ne suis pas comme Woody Allen, je suis tou­jours très con­tent de revoir mes films, même s’il est pos­si­ble que l’état de la copie ne soit pas tou­jours sat­is­faisant. Mais si le cadre de vision­nage est prop­ice, il y a beau­coup de choses à revoir.

Il y a une démarche cri­tique dans le fait de revenir à vos précé­dents longs-métrages ?

Non, c’est avant tout par plaisir, mais je les revois égale­ment pour deux autres raisons : voir le tra­vail entre­pris sur les nou­velles ver­sions, les couleurs, le son, etc, et aus­si pour observ­er les réac­tions des spec­ta­teurs. C’est aus­si agréable sur une nou­velle ver­sion d’être en com­pag­nie d’un col­lègue, qui peut don­ner son avis sur la copie.

Quant à Met­ro­pol­i­tan, j’en pense la même chose. Ce n’est pas quelque chose qui change pour moi.

Je vous pose la ques­tion parce qu’au cours d’un entre­tien accordé à Critikat, à l’occasion de la sor­tie de Damsels in Dis­tress, vous jugiez que Met­ro­pol­i­tan était un film « un peu sures­timé ». Est-ce parce que vous aviez l’impression que son suc­cès a éclip­sé vos autres longs-métrages ?

Ah oui ? C’est pos­si­ble. Peut-être ai-je dit cela parce qu’en effet, ça a été dif­fi­cile de faire d’autres films, et toutes les per­son­nes que je ren­con­trais m’expliquaient à quel point elles aimaient Met­ro­pol­i­tan. Je pense que c’est un peu con­ven­tion­nel d’une cer­taine manière de préfér­er mon pre­mier long-métrage. À mon sens, les qua­tre films ont un « par­fum » sim­i­laire. Et si quelqu’un aime ce par­fum, et a vu le pre­mier film, naturelle­ment il a ten­dance à con­sid­ér­er qu’il est le meilleur. Sur cette ques­tion, je remar­que par­fois aus­si cer­taines ten­dances, cer­taines « alliances » dans la récep­tion de mes films. Par exem­ple, beau­coup de gens qui aiment bien The Last Days of Dis­co aiment égale­ment Met­ro­pol­i­tan, tan­dis que ceux qui appré­cient Barcelona aiment moins Damsels…, etc, des choses comme ça. En tout cas pour moi, il n’y a pas beau­coup de dif­férences entre les qua­tre films.

C’est sur ce film que vous dirigez pour la pre­mière fois Chris Eige­man (égale­ment à l’affiche de Barcelona et de The Last Days of Dis­co). Com­ment l’avez-vous décou­vert ?

On a vu énor­mé­ment de monde pour le cast­ing, env­i­ron huit-cents jeunes. Au début, on a invité cinquante acteurs pour lire le scé­nario. On a trou­vé la moitié du cast­ing au cours de cette pre­mière étape, dont Chris Eige­man (Nick Smith), mais aus­si Car­oli­na Fari­na (Audrey Rouget) et Alli­son Parisi (Jane Clark). Tay­lor Nichols, qui a joué dans tous mes films, se trou­vait lui dans le deux­ième groupe audi­tion­né. Pour les autres per­son­nages féminins, nous avons fait appel à un chas­seur de têtes, qui a déniché Dylan Hund­ley (Sal­ly Fowler) et Isabel Gillies (Cyn­thia McLean). Elles venaient exacte­ment du même milieu que les per­son­nages de Met­ro­pol­i­tan, et elles ont apporté quelque chose de spé­cial au film.

Chris Eige­man m’a tout de suite impres­sion­né, mais j’ai pen­sé qu’il était plus un acteur dra­ma­tique que comique, je le voy­ais davan­tage inter­préter du Shake­speare, ou quelque chose de cet ordre-là. Il était très intense, et je le trou­vais très bon, mais cela demandait sûre­ment beau­coup de tra­vail de l’accompagner pour ce rôle. Puis quelques semaines plus tard, j’ai ren­con­tré Will Kempe, qui inter­prète le per­son­nage de l’aristocrate Rick Von Slonek­er, et je l’ai trou­vé par­ti­c­ulière­ment impres­sion­nant. Il était comme le vrai Nick, et je lui ai don­né d’abord don­né ce rôle-ci. J’ai immé­di­ate­ment com­mencé à regret­ter cette déci­sion. Lors de la pré­pa­ra­tion du film, Will n’est jamais vrai­ment entré dans le per­son­nage. Il ne voulait pas couper ses cheveux, qui lui per­me­t­taient de tourn­er pour d’autres films, sur lesquels il était payé, con­traire­ment au nôtre ! Le tour­nage a com­mencé, le cast­ing n’était pas encore tout à fait ter­miné, et après une nou­velle con­ver­sa­tion au télé­phone avec Will, je me suis ren­du compte de mon erreur. J’ai décidé d’annoncer à l’assistant de pro­duc­tion que je voulais qu’un autre inter­prète reprenne le rôle. Je lui ai don­né ren­dez-vous dans notre tout petit bureau, situé dans un immeu­ble appelé « The Old Barn », sur l’avenue Lafayette. L’un des seuls endroits où l’on pou­vait par­ler en toute tran­quil­lité était l’ascenseur. Je m’y suis retrou­vé avec Bri­an, l’assistant de pro­duc­tion, pour le con­va­in­cre de pren­dre Chris. J’ai cru qu’il allait me tuer !

Ce n’était pas pos­si­ble de con­tin­uer avec Will Kemp . Il était grand et ter­ri­fi­ant, tan­dis qu’Edward Clements, qui inter­prète Tom Townsend, était petit et mai­gre. L’alchimie ne fonc­tion­nait pas du tout. Voilà com­ment Chris Eige­man s’est retrou­vé dans le rôle de Nick.

C’est un acteur très éton­nant, assez mécon­nu en France, et dont la car­rière sem­ble intime­ment liée à la vôtre.

Oui. Chris a ensuite tourné dans les pre­miers films de Noah Baum­bach, et dans une sit­com, où il repre­nait quelque part le même per­son­nage crée sur Met­ro­pol­i­tan, Barcelona et The Last Days… Sa car­rière était en très bonne voie, mais il a aus­si des ambi­tions de met­teur en scène et d’écrivain. Il est très créatif, et ne peut se restrein­dre au seul champ de l’actorat. De plus il s’est vu pro­pos­er nom­bre de mau­vais rôles, comme beau­coup d’acteurs issus du cast­ing de Met­ro­pol­i­tan : tou­jours celui d’un imbé­cile BCBG, qui perd la jolie fille au détri­ment du jeune garçon issu de la classe moyenne. Par exem­ple, je lui ai obtenu un rôle dans la série Homi­cide : Life on the Street. Dans le scé­nario, il inter­pré­tait un per­son­nage là encore peu sym­pa­thique, mais qui avait per­du sa femme, et dont la fille était kid­nap­pée. Le scé­nario n’était pas mal, mais le showrun­ner a réécrit au dernier moment le rôle pour en faire un imbé­cile com­plet, ter­ri­ble, hor­ri­ble… Je n’ai pas accep­té ça. Une des raisons pour lesquelles on fait des films c’est pour human­is­er les gens, échap­per aux stéréo­types, mon­tr­er com­ment ils sont. Pour moi c’était ter­ri­ble de voir cette car­i­ca­ture détestable et fausse du per­son­nage que Chris inter­prète dans ses films. J’ai exprimé mes réserves, ce qui les a ren­dus furieux… Ils ont fait quelques petits change­ments pour faire « moins stu­pide », mais cet épisode m’a pro­fondé­ment dégoûté de ce milieu des showrun­ners.

Revenons sur Met­ro­pol­i­tan. Le film dépeint une ten­ta­tive d’utopie : les per­son­nages bâtis­sent le temps de quelques semaines une com­mu­nauté idéale et autonome. C’est un motif que l’on retrou­ve par la suite dans tous vos longs-métrages. Est-ce votre point de départ, lorsque vous com­mencez à écrire un scé­nario ?

C’est en effet mon point de départ, et l’idée orig­inelle de Met­ro­pol­i­tan : celle d’un homme qui arrive, ou du moins qui croit arriv­er, dans un groupe déjà con­sti­tué. Pour­tant, c’est un peu une illu­sion : peut-être que quelqu’un est arrivé cinq min­utes avant lui. Sur l’idée d’utopie, le film qui me sem­ble cor­re­spon­dre le plus à ce principe est Damsels in Dis­tress, parce qu’il est celui dont l’histoire est la moins directe­ment ancrée dans le réel.

Con­traire­ment à Met­ro­pol­i­tan et Barcelona, vos deux derniers films, The Last Days… et Damsels… épousent davan­tage le point de vue de per­son­nages féminins. Ce sont les ren­con­tres avec Chloë Sevi­gny et Gre­ta Ger­wig qui sont à l’origine de ce glisse­ment ?

Non, pas tout à fait. Lorsqu’on était en train de faire le mon­tage de Barcelona, l’équipe était très atten­tive à la cohérence de l’univers visuel, de ses couleurs. À vrai dire, je suis un peu scep­tique quant à cette idée que l’univers visuel d’un film est plus impor­tant que sa dimen­sion orale. Je con­sid­ère que pour cer­tains gen­res de film, dont les comédies et les comédies roman­tiques, la dimen­sion visuelle repose avant tout sur des images ciblées : dans Barcelona, une belle jeune femme, dansant dans une boîte de nuit, c’est un peu le max­i­mum d’identité visuelle que je peux pro­pos­er, au regard du genre. J’ai beau­coup aimé tourn­er ces séquences de danse et recourir à ces morceaux dis­co, et j’ai donc pen­sé que cette image de deux belles jeunes femmes, une blonde et une brune dans une boîte de dis­co, pour­rait don­ner lieu à un film à part entière. C’est comme ça qu’a com­mencé le pro­jet de The Last Days…

Lorsque j’étais en train de m’atteler au scé­nario du film, j’ai tout de suite pen­sé à Kate Beck­in­sale pour le rôle de Char­lotte – j’ai écrit le rôle pour elle. Je n’avais toute­fois pas encore mon Alice, même si j’ai d’abord envis­agé de pro­pos­er le rôle à une pre­mière actrice, qui a ensuite fait une belle car­rière, mais ça n’a pas fonc­tion­né. De plus, le stu­dio a fait pres­sion pour que des acteurs con­nus inter­prè­tent les rôles prin­ci­paux. Cas­tle Rock (la société pro­duc­tion des films de Whit Stil­man – ndlr) souhaitait notam­ment Winona Ryder, alors au som­met de sa car­rière, et ils ont con­tac­té son agent. Deux jours plus tard, j’ai ren­con­tré Chloë Sevi­gny, sur les con­seils du mon­teur de Kids de Lar­ry Clark, qui m’en van­tait les qual­ités et me répé­tait à quel point elle serait par­faite pour mon film. Je suis tombé immé­di­ate­ment amoureux d’elle comme comé­di­enne. J’ai donc appelé les respon­s­ables de Cas­tle Rock, qui avaient beau­coup aimé Chloë dans Pal­met­to, le film de Volk­er Schlön­dorff. Ils ont donc dit oui, ce qui m’a grande­ment sur­pris, parce que je pen­sais que le rôle avait déjà été don­né à Winona Ryder. Le respon­s­able m’a répon­du « Ah non ! Nous avons certes appelé son agent, mais nous sommes tombés sur sa mes­sagerie. Lorsqu’il nous recon­tac­tera, nous lui expli­queront que non, finale­ment, nous n’avons pas de propo­si­tion. » Et c’est comme ça que Chloë Sevi­gny s’est retrou­vée dans le film !

Et donc The Last Days of Dis­co était pour vous un moyen de pro­longer l’expérience des séquences musi­cales de Barcelona. Il en a été de même pour Damsels in Dis­tress, vous vouliez pro­longer quelque chose du dernier film ?

Oui, j’envisage les films dans une forme de con­ti­nu­ité. Mais il y a tou­jours des prob­lèmes pour met­tre à bien un nou­veau pro­jet, tout ne dépend pas de mon désir, et il s’est passé beau­coup de temps entre les deux films. Lorsque je suis arrivé à Paris, en 1998, après le tour­nage de Last Days…, j’ai d’abord écrit un roman reprenant la trame du film (Les Derniers Jours du Dis­co, Tris­tram Édi­tions) qui vient d’obtenir le prix Fitzger­ald 2014. Je suis très con­tent, parce que Fitzger­ald est une de mes inspi­ra­tions majeures, surtout pour Met­ro­pol­i­tan.

J’ai des expéri­ences per­son­nelles qui peu­vent don­ner des his­toires, comme pour mes trois pre­miers films, mais c’est à peu près tout – ma vie n’est pas très intéres­sante vous savez. Ensuite, j’avais un pro­jet pour un film his­torique améri­cain, un autre lié à la musique jamaï­caine, tou­jours plus ou moins en stand­by. Et puis j’ai fail­li adapter un roman dont l’action se déroule pen­dant la Révo­lu­tion Cul­turelle en Chine. On a été mis en con­tact avec un stu­dio très impor­tant en Angleterre, mais des prob­lèmes se sont posés immé­di­ate­ment : des change­ments de per­son­nel dans les instances du stu­dio, la perte des droits sur le livre, et puis finale­ment, le stu­dio a fini par juger le pro­jet trop cher. C’était un cauchemar. Vous savez, les employés de stu­dio paient pour le scé­nario, dis­cu­tent des pro­jets, mais ne veu­lent pas vrai­ment faire des films. L’important est de pou­voir dire « oui, on tra­vaille dans le ciné­ma, on a des dîn­ers et des déje­uners avec des pro­duc­teurs intéres­sants, on va à des fêtes ». Les pro­jets sont relancés, on appelle tout le monde, mais rien ne se passe. Finale­ment, je suis allé à Cas­tle Rock, pour leur pro­pos­er Damsels in Dis­tress.

Quelle a été leur réac­tion ?

Ils étaient enchan­tés. Toute­fois, lorsqu’est venu le moment de faire le film, ils m’ont expliqué que Warn­er (Cas­tle Rock est rat­taché à Warn­er depuis 1996 – ndlr) n’avait pas de dis­trib­u­teur pour le film. Lorsque j’ai signé mon con­trat, Warn­er pos­sé­dait alors deux sociétés de dis­tri­b­u­tions spé­cial­isées dans le ciné­ma indépen­dant, que le stu­dio a entretemps fer­mé. Les trac­ta­tions ont alors repris­es sur le film, sur son mon­tage financier, le cast­ing, les préventes, etc, c’était comme si le cauchemar recom­mençait à nou­veau.

Je me suis dit qu’aujourd’hui il y avait beau­coup des réal­isa­teurs qui fai­saient de très bons films pour peu de moyens – il vaut mieux opter pour un bud­get plus léger que ne rien faire du tout. Alors j’ai rap­pelé Cas­tle Rock, et je leur ai don­né un chiffre. Ils sont géni­aux, mes parte­naires de Cas­tle Rock. Ils ont décidé de faire le film eux-mêmes, sur leurs fonds per­son­nels. Ils m’expliquaient à chaque fois, lors des dif­férentes étapes de la pré­pa­ra­tion du film : « mais non, là, on peut vrai­ment pay­er le dou­ble ! » Damsels… reste un petit film, mais c’est tou­jours fasci­nant de tra­vailler avec eux, c’est absol­u­ment tran­quille. Il peut y avoir des prob­lèmes pour mon­ter un long-métrage, mais à la fin, ils met­tent l’argent sur la table et le film se fait. Le reste des stu­dios avec lesquels j’ai tra­vail­lé cla­ment leur ent­hou­si­asme, trou­vent les pro­jets géni­aux, mais tout cela ne débouche sur rien. Ces gens sont telle­ment blasés !

On a beau­coup com­paré vos films à ceux de Woody Allen. Pour­tant, au regard de votre car­rière et de votre rythme de tra­vail, on pense davan­tage à un autre géant, James L. Brooks, avec qui vous partagez une vision très sophis­tiquée de la comédie. Vous sen­tez-vous proche de son ciné­ma ?

Oui, je pense être plus proche de Brooks. Mais Woody Allen c’est le maître, c’est un peu le dieu qui a fait le monde, les mers, le ciel, et les ani­maux… et les comé­di­ens ! Il y a égale­ment d’autres cinéastes dont je me sens proche : Jim Jar­musch, Spike Lee, mes amis de Madrid, Fer­nan­do True­ba et Fer­nan­do Colo­mo, très inspirés par les films auto­bi­ographiques de Truf­faut. D’ailleurs Bais­ers volés a eu beau­coup d’influence sur mon ciné­ma.

Pour Brooks, je suis surtout proche de sa vision de la comédie. C’est génial. Au début je voulais être romanci­er, devenir comme Fitzger­ald, mais je me suis vite ren­du compte que je n’étais pas fait pour tra­vailler dans un gre­nier, des années sur un même livre. J’avais de plus du mal à écrire des nou­velles, et j’ai aban­don­né l’idée d’être romanci­er, à l’époque des grandes comédies de James L. Brooks qui pas­saient à la télévi­sion, où l’on pou­vait voir aus­si Bob Newhart et tant d’autres…c’était l’âge d’or de la comédie à la télévi­sion. Cette péri­ode a été déter­mi­nante pour moi.

Dans le champ de la comédie améri­caine, quel jeune cinéaste vous sem­ble aujourd’hui le plus promet­teur ?

J’aime tous les cinéastes du mum­blecore. Joe Swan­berg, les frères Duplass, et d’autres qui sont assez peu con­nus. Une attachée de presse que je con­nais m’invite à toutes les pro­jec­tions de ces petits films que j’aime énor­mé­ment. Andrew Bujal­s­ki me sem­ble avoir aus­si beau­coup de tal­ent, mais je n’ai pas encore vu son dernier film (Com­put­er Chess).

Enfin, pour ter­min­er, pou­vez-vous nous en dire davan­tage sur The Cos­mopoli­tans, la série que vous venez de tourn­er ?

Elle est grande­ment inspirée de mes expéri­ences à Paris. Quand je suis arrivé ici, j’ai com­mencé une vie mondaine – j’ai ren­con­tré beau­coup de Parisiens mais aus­si d’expatriés qui vivaient ici, je suis tombé amoureux d’une très belle Française – et j’ai com­mencé à écrire des notes à par­tir de toutes ces expéri­ences. À mon retour aux États-Unis, j’avais beau­coup d’idée, de « matériel » pour un nou­veau pro­jet, et j’en ai par­lé à une attachée de pro­duc­tion, qui m’a expliqué qu’aucun net­work (les grandes chaînes de télévi­sion améri­caine – ndlr) ne financerait une série tournée en dehors des États-Unis, à l’exception du Cana­da. C’est trop cher, et il y a le risque de ne pas trou­ver le bon pub­lic. Alors je me suis attelé à trans­pos­er toutes ces his­toires dans un cadre new-yorkais, où l’on trou­ve aus­si beau­coup d’expatriés. Mais finale­ment, j’ai pu met­tre à bien mon idée de départ.

Et com­ment s’est passée votre ren­con­tre avec l’équipe d’A­ma­zon ?

J’ai eu un pre­mier con­tact avec Ama­zon lorsque la société a posé une « option » sur Met­ro­pol­i­tan, pour repren­dre le con­cept et le déclin­er en dif­férentes fic­tions. Le chef des stu­dios d’Amazon aimait en effet beau­coup le film et voulait le repren­dre comme mod­èle pour de jeunes cinéastes, adapter la struc­ture afin de pro­duire d’autres his­toires – dans d’autres lieux, par exem­ple l’été, à la plage : un autre per­son­nage arrive dans un groupe con­sti­tué, ils font des fêtes jusqu’à la fin des vacances. Et voilà, vous avez un autre Met­ro­pol­i­tan.

Mais nous sommes entrés dans un ter­ri­ble con­flit avec le syn­di­cat des scé­nar­istes, et Ama­zon n’a finale­ment jamais levé cette option. Nous avons toute­fois gardé con­tact, et ils souhaitaient faire quelque à chose à Paris, surtout après le film de Woody Allen (Mid­night in Paris), qui a très bien marché. Ils ont donc pro­duit The Cos­mopoli­tans, dont le tour­nage a été une expéri­ence absol­u­ment mag­ique : j’ai adoré retrou­ver Adamy Brody, Car­rie MacLemore (tous deux présents dans Damsels in Dis­tress) et Chloë Sevi­gny. Et il y a aus­si beau­coup d’acteurs européens for­mi­da­bles, tels qu’Adri­ano Gian­ni­ni, le fils de Gian­car­lo Ginan­ni­ni. Mes trois meilleurs tour­nages ont été les suiv­ants : Met­ro­pol­i­tan, Damsels…, et The Cos­mopoli­tans. Celui de The Last Days… était aus­si réus­si, mais plus imper­son­nel. Quant à Barcelona, c’était un vrai désas­tre. Si vous voulez voir un mak­ing-of du tour­nage, vous n’avez qu’à vision­ner le doc­u­men­taire Lost in La Man­cha ! Une cat­a­stro­phe !