L’In­di­en est une véri­ta­ble fig­ure du west­ern. On peut par­ler à son sujet d’arché­type en ce qu’il con­stitue un dépasse­ment de la vérité his­torique (à l’en­con­tre de l’ex­is­tence de nom­breuses et divers­es tribus indi­ennes aux États-Unis) aboutis­sant à la for­ma­tion d’un “type” recon­naiss­able entre tous. Dans son œuvre, le met­teur en scène de ciné­ma se livre à un tra­vail de sim­pli­fi­ca­tion à l’ex­trême de l’im­age de l’In­di­en, image à laque­lle le tout un cha­cun, cinéphile ou non, iden­ti­fie finale­ment l’ensem­ble de la civil­i­sa­tion amérin­di­enne. Nous analy­serons ici com­ment s’est for­mée cette fig­ure uni­verselle de l’In­di­en, dont le por­trait s’est pleine­ment dif­fusé dans nos men­tal­ités par le biais du west­ern clas­sique, qui con­naît son âge d’or dans les années 1950.

On recon­naît un west­ern à la présence (ou sim­ple évo­ca­tion) d’In­di­ens. Si cela ne suf­fit pas à définir le genre ni à ren­dre le per­son­nage indis­pens­able, l’In­di­en représente bien un de ses élé­ments con­sti­tu­tifs (il est rare de voir des Indi­ens dans une comédie musi­cale, un film de gang­sters, ou un mélo­drame). Le fait est qu’il existe un savoir cul­turel dif­fus sur le west­ern, qui y inclut des per­son­nages types comme le cow-boy ou l’In­di­en.

Le west­ern se définit essen­tielle­ment par son niveau séman­tique, c’est-à-dire par ses thèmes, ses motifs, son sujet, dans lesquels l’In­di­en occupe une place de choix puisqu’il véhicule à la fois un per­son­nage, des lieux (vil­lage, ter­ri­toire “enne­mi”), des objets et des sit­u­a­tions (attaque des char­i­ots des pio­nniers par exem­ple). Au ciné­ma, le genre étant essen­tielle­ment un “ensem­ble de règles partagées qui per­me­t­tent à l’un – celui qui fait le film – d’u­tilis­er des for­mules de com­mu­ni­ca­tion établies et à l’autre – celui qui le regarde – d’or­gan­is­er son pro­pre sys­tème d’at­tente”[1], de nom­breuses con­ven­tions con­cer­nant les “Peaux-Rouges” lient le réal­isa­teur de west­ern à son pub­lic.

Le western et le “film d’Indiens”

L’usage du terme “west­ern” se répand dans les années 1920 même si on y fait déjà référence vers 1910. Les pre­miers “west­erns” ne le sont donc devenus qu’a pos­te­ri­ori; cer­tains auteurs préfèrent d’ailleurs con­sid­ér­er que “le genre west­ern existe lorsque prend con­sis­tance une “pra­tique dis­cur­sive”” qui lui est rel­a­tive[2]. De fait, un genre ciné­matographique n’ex­iste pas “sci­en­tifique­ment”. Il est ce qu’on croit qu’il est à un moment don­né, dans une com­mu­nauté don­née, de façon totale­ment sub­jec­tive. Sa véri­ta­ble con­sis­tance n’ap­pa­raît que lorsqu’on com­mence à adopter une dénom­i­na­tion générique pour désign­er des films ayant des élé­ments com­muns suff­isam­ment nom­breux pour qu’on les recon­naisse comme for­mant la spé­ci­ficité d’un genre: “Le sim­ple ajout d’un adjec­tif qual­i­fi­catif à un nom générique exis­tant tient lieu de sim­ple déter­mi­na­tion sec­ondaire, spé­ci­fi­ant un lieu, une tonal­ité, une atmo­sphère: les expres­sions “west­ern melo­dra­ma”, “west­ern com­e­dy”, “west­ern romance” font de la local­i­sa­tion de l’Ouest un point com­mun entre des films iden­ti­fiés comme rel­e­vant de gen­res dif­férents. […] C’est seule­ment quand l’ad­jec­tif détrône les dif­férents noms aux­quels il est lié qu’émerge la con­science générique du west­ern”[3].

La déf­i­ni­tion du west­ern clas­sique telle qu’on la con­naît aujour­d’hui est liée aux Indi­ens, qu’ils soient au cen­tre ou non du film, puisque l’ac­tion y est spé­ci­fique­ment située dans la deux­ième moitié du XIXe siè­cle, c’est-à-dire au moment des guer­res indi­ennes, de la poussée vers l’Ouest, de la con­quête des ter­ri­toires qui ne sont pas encore colonisés. On situe plus pré­cisé­ment cette péri­ode entre les années 1830 (pre­mières explo­rations dans la région du Mis­souri et ren­con­tres avec cer­taines tribus indi­ennes) et 1890 (dis­pari­tion de la bar­rière mythique de la “Fron­tière” et fin des luttes indi­ennes). Si l’on découpe le genre en six grands cycles à la manière de J.-L. Rieu­pey­rout[4], les “guer­res indi­ennes” – dans toutes leurs dimen­sions – con­stituent le cycle qui a inspiré le plus de west­erns. “Le Red-Skin est insé­para­ble du vrai West­ern. Lors même qu’il n’ap­pa­raît pas expressé­ment, il con­vient du moins qu’on en devine la présence. Il fonde le genre, en quelque sorte, dès les orig­ines.”[5]

Il faut ceci dit rel­a­tivis­er ce pro­pos. À l’époque clas­sique, c’est-à-dire la péri­ode pen­dant laque­lle sont filmés les west­erns les plus célèbres (1930–1960), tout réc­it met­tant en scène des Indi­ens est bien automa­tique­ment classé dans le genre. Or, durant les années 1910 et 1920, il existe un “genre” par­ti­c­uli­er, que l’on appelle les “Indi­an pic­tures”, indépen­dants des films sur l’Ouest. Dans les “Indi­an pic­tures”, les héros sont des Indi­ens, sou­vent de nobles sauvages; il s’ag­it de films his­toriques (l’ac­tion a lieu dans le passé). Dans les “West­ern pic­tures”, les héros sont des Blancs, et l’ac­tion, les per­son­nages et les sit­u­a­tions sont con­tem­po­rains. On remar­que ain­si que l’In­di­en est dès les orig­ines asso­cié à l’His­toire, à un temps accom­pli. Une caté­gorie inter­mé­di­aire, dénom­mée “Indi­an West­ern pic­tures”, décrit l’af­fron­te­ment des deux mon­des.

Le genre par­ti­c­uli­er de ces “his­toires d’In­di­ens” con­naît un grand suc­cès entre 1905 et 1915. Mais petit à petit, la dis­tinc­tion entre “Indi­an pic­tures” et “West­ern pic­tures” dis­paraît et les deux gen­res se fondent en un genre unique. Après les pre­miers bal­bu­tiements, le ciné­ma com­mençait en effet à se con­forter et à devenir un art à part entière; opér­er une sim­pli­fi­ca­tion du sys­tème des gen­res sem­blait de mise. Ain­si, les “Indi­an pic­tures” ne seront plus qu’une sous-caté­gorie des “West­ern pic­tures”, trans­for­mées quant à elle en sim­ple “west­ern”. Si l’In­di­en est bien un des élé­ments prin­ci­paux de cette nou­velle clas­si­fi­ca­tion, il serait erroné d’aller jusqu’à dire qu’il “fonde” le genre.

Dans les années 1920, péri­ode faste du muet, le west­ern se trans­forme. Les pre­miers films relèvent d’abord d’une cer­taine forme de mer­veilleux, où les scènes les plus invraisem­blables sem­blent pos­si­bles. Les west­erns du début des années 1920 sont ain­si con­stru­its sur une “alliance” du genre avec le bur­lesque[6]. L’ac­tion se déroule sou­vent au présent, ou dans une époque atem­porelle. Les scènes d’ac­tion sont très nom­breuses, et se cod­i­fient peu à peu à force de répéti­tions, devenant des élé­ments spé­ci­fi­ant le genre. A la fin de la péri­ode, les west­erns acquièrent enfin une véri­ta­ble pro­fondeur psy­chologique, née de leur ren­con­tre avec l’His­toire. L’Ouest n’est plus un sim­ple décor, il devient le mythe qui per­met la sub­stan­ti­va­tion du mot “west­ern”. “La pro­fondeur est acquise par l’en­trée de l’His­toire dans le genre. L’ac­tion prend elle aus­si moins d’im­por­tance. Des trans­for­ma­tions tech­niques s’ef­fectuent qui favorisent la cod­i­fi­ca­tion du paysage, la vraisem­blance psy­chologique, la linéar­ité du réc­it, etc. Le film sur l’Ouest mer­veilleux doit céder le pas.”[7]

Dans ces années du ciné­ma muet, l’In­di­en n’est aucune­ment le bad guy. En 1909, par exem­ple, dans An Indi­an’s Grat­i­tude, c’est le héros indi­en qui inter­cède en faveur du bad man blanc pour qu’il soit jugé selon la loi blanche. “Mais, très vite, l’im­age se détéri­ore. Le temps vient bien­tôt des Indi­ens loque­teux, débrail­lés; des Peaux-Rouges hurlant en hordes con­fus­es et tournoy­antes.”[8] C’est l’époque du west­ern des années 1930, où l’on cul­tive l’im­age des Indi­ens comme des sauvages dan­gereux, féro­ces, con­tre lesquels il faut être sans pitié. Celui qui tue le plus d’In­di­ens est élevé en héros. C’est l’époque où l’on répète à l’en­vi la célèbre for­mule du général Sheri­dan[9] en 1871: “Le seul bon Indi­en est un Indi­en mort.” On s’in­spire égale­ment de la déc­la­ra­tion du général Sher­man[10]: “Nous devons agir con­tre les Sioux avec un zèle vengeur et au besoin aller jusqu’à leur com­plète exter­mi­na­tion.”, en faisant mas­sacr­er à tour de bras les Indi­ens qui ont l’im­per­ti­nence d’at­ta­quer les héros blancs. L’In­di­en n’est qu’un sim­ple acces­soire, une sil­hou­ette ridicule­ment cos­tumée et jouée par les fig­u­rants les plus laids qui soient. Sa réal­ité humaine est niée.

Notons que ce cliché ne sera jamais com­plète­ment aban­don­né: dans les années 1950 sont pro­duits de nom­breux west­erns racistes, dans la lignée du Geron­i­mo de Paul Sloane (1940), aux antipodes de la vérité his­torique, dans lequel Chief Thun­der­cloud joue avec une cru­auté inimag­in­able le rôle titre, ou Uncon­quered de Cecil B. DeMille, qui con­fie les rôles d’In­di­ens à des spé­cial­istes du film d’hor­reur comme Boris Karloff. Mais ce sont des œuvres mineures, qui n’in­flu­en­cent pas l’aspect général du genre. Para­doxale­ment, alors que cette image par­ti­c­ulière­ment rad­i­cale et sim­pliste par­fois jusqu’à la médi­ocrité (les années 1930 sont une décen­nie assez pau­vre pour le west­ern), n’a réelle­ment dom­iné le ciné­ma améri­cain que pen­dant quinze ans, et que le west­ern antérieur et postérieur à cette époque est beau­coup plus pru­dent à l’é­gard d’une vision totale­ment néga­tive de l’In­di­en, l’imag­i­naire col­lec­tif a retenu l’aspect directe­ment “raciste” du west­ern hol­ly­woo­d­i­en.

Les “standards” du genre

Un genre établit une sorte de com­plic­ité, de con­trat, entre le film et le spec­ta­teur: chaque genre a ses règles qui font que l’on sait à quoi s’at­ten­dre quand on regarde un film qui s’y rat­tache. Le réal­isa­teur doit alors se con­former à l’usage de cer­taines fig­ures. “La répéti­tion est indis­so­cia­ble du genre qui cherche à créer chez le spec­ta­teur un sys­tème d’at­tente par le retour de per­son­nages, de scènes, de sit­u­a­tions, etc. Le fonc­tion­nement du dis­posi­tif économique et tech­nique que représente Hol­ly­wood favorise la répéti­tion. Un sys­tème de clas­si­fi­ca­tion des scé­nar­ios et des acteurs et de leur jeu existe. Le fait même qu’un film puisse réu­tilis­er tel plan d’un film précé­dent entre dans le principe de répéti­tion.”[11] Les paysages util­isés par John Ford sont représen­tat­ifs de ce fonc­tion­nement: quel que soit le réc­it, le même plan du célèbre rocher de Mon­u­ment Val­ley nous indique qu’il s’ag­it d’un west­ern; il est ain­si présent, par le même panoramique, dans la trilo­gie de la cav­a­lerie du cinéaste et dans sa Pris­on­nière du désert.

Dès le générique, l’hori­zon d’at­tente du spec­ta­teur est sat­is­fait; relevons ain­si dans cer­tains films la présence de sonorités “musi­cales” indi­ennes, ou plutôt de ce que l’imag­i­naire hol­ly­woo­d­i­en a inven­té pour évo­quer par la musique une présence indi­enne… Ce sont des thèmes car­ac­téris­tiques, auquel le spec­ta­teur s’est habitué et recon­naît immé­di­ate­ment comme spé­ci­fique à l’ap­pari­tion d’In­di­ens. Le Mas­sacre de Fort Apache (John Ford, 1948) com­mence par un thème musi­cal “indi­en”, suivi très rapi­de­ment par une musique évo­ca­trice de la cav­a­lerie; le générique de La Pris­on­nière du désert est con­stru­it à l’i­den­tique: musique “indi­enne”, puis musique coun­try plus “améri­caine”.

Notons égale­ment l’u­til­i­sa­tion de plans révélant la présence indi­enne dès le générique: celui de La Flèche brisée (Delmer Dav­es, 1950) com­mence sur un fond de toile indi­enne; dans Le Mas­sacre de Fort Apache, des Indi­ens à cheval descen­dant une colline accom­pa­g­nent le défile­ment des noms des acteurs; l’in­trigue de Bron­co Apache (Robert Aldrich) est amenée par un plan sur les pieds nus de trois Indi­ens. La Charge héroïque com­mence quant à lui sur une expli­ca­tion du con­texte du film: le mas­sacre[12] de Lit­tle Big Horn vient d’avoir lieu, “Sioux et Cheyennes sont sur le sen­tier de la guerre”. La men­ace est présente dès le générique, alors qu’ap­pa­rais­sent sur l’écran quelques-uns des “dix mille Indi­ens” aux­quels les héros seront con­fron­tés. Dans La Cap­tive aux yeux clairs (Howard Hawks, 1952), le décor indi­en est égale­ment plan­té dès les pre­mières images; un texte défi­lant indique que l’his­toire racon­tée est celle des “pre­miers hommes qui ont exploré le Mis­souri et par­cou­ru plus de 3000 kilo­mètres en ter­ri­toire indi­en hos­tile”. “L’hos­til­ité” est un des pon­cifs du west­ern, per­me­t­tant de désign­er une cer­taine atti­tude indi­enne vis-à-vis des Blancs, et dis­tin­guant par ce biais les bons Indi­ens (non hos­tiles) des mau­vais Indi­ens (hos­tiles). Le tout étant de savoir quelles sont les inten­tions du Peau-Rouge que l’on croise sur son chemin: il est bien con­nu par exem­ple que l’on doit se méfi­er de celui qui arbore des pein­tures de guerre…

Cer­taines atti­tudes, don­nées comme des habi­tudes indi­ennes, devi­en­nent ain­si de véri­ta­bles clichés, et de films en films sont conçues comme typ­iques de la cul­ture de l’Autre. On assiste alors à une nat­u­ral­i­sa­tion des com­porte­ments: la civil­i­sa­tion indi­enne proviendrait d’une cul­ture innée. Un exem­ple suf­fi­ra à illus­tr­er cette idée: dans de nom­breux west­erns des années 1930, le héros, cen­sé con­naître à la per­fec­tion les cou­tumes indi­ennes, affirme (quel que soit le con­texte du réc­it): “Les Indi­ens n’at­taque­nt jamais la nuit.” Au cours d’une scène d’un de ces west­erns, le per­son­nage prin­ci­pal, cam­pé par James Stew­art, détient même l’ex­pli­ca­tion de cet étrange état des choses: “Les Indi­ens n’at­taque­nt pas la nuit, car ils pensent que s’ils sont tués pen­dant la nuit, ils n’iront pas au ciel, ou quelque chose comme ça.” Dans La Cap­tive aux yeux clairs, alors que les Blancs sont attaqués par un groupe d’In­di­ens, la nuit tombe: les Indi­ens cessent de tir­er, “comme ils le font tou­jours”, nous apprend-on. Ce genre de général­ités sur le com­porte­ment des Indi­ens est très fréquent dans le west­ern, et révéla­teur d’idées reçues sans fonde­ment qui définis­sent la cul­ture de l’Autre. Ces idées reçues for­ment ce que l’an­thro­po­logue Clif­ford Geertz a appelé le “sens com­mun”, qui présente les choses comme étant ce qu’elles sont dans leur plus sim­ple nature: “[Le sens com­mun] est ce que l’e­sprit plein de pré­sup­posés con­clut. Il con­siste en une expli­ca­tion des choses qui pré­tend attein­dre leur cœur. Comme cadre à penser, le sens com­mun est aus­si total­isant que n’im­porte lequel. Il pré­tend attein­dre la vérité au-delà de l’il­lu­sion, attein­dre les choses telles qu’elles sont.”[13] La sagesse du sens com­mun appa­raît dans les for­mules toutes faites, comme les proverbes, ou dans les anec­dotes par exem­ple, mais pas dans des doc­trines formelles. “Toute per­son­ne aux fac­ultés raisonnable­ment intactes peut saisir les con­clu­sions du sens com­mun et une fois qu’elles ont été exposées sans équiv­oque, non seule­ment les saisira, mais les embrassera. Étant com­mun, le sens com­mun est ouvert à tous”[14], et le ciné­ma bien enten­du facilite sa dif­fu­sion…

Remar­quons toute­fois que le west­ern ne se can­ton­nera pas à cette posi­tion si rad­i­cale; comme de nom­breux gen­res, il aime jouer avec ses pro­pres clichés afin de les renou­vel­er: ain­si, dans un west­ern postérieur à l’époque pré-citée, le réc­it nous offre ce dia­logue savoureux: “Il paraît que les Indi­ens n’at­taque­nt pas la nuit. – Oui, on me l’a déjà dit. Mais per­son­ne n’a dû le dire aux Indi­ens…”

Il existe bien des récur­rences west­ern­i­ennes con­cer­nant l’In­di­en, qui per­me­t­tent de le dis­tinguer du per­son­nage blanc. Ces “codes” ne sont pas spé­ci­fiques à une cer­taine époque. On les retrou­ve dans tous les west­erns met­tant en scène des Indi­ens. Ils sont même pour beau­coup passés dans le lan­gage et l’imag­i­naire pop­u­laire occi­den­tal; leur dis­pari­tion cho­querait le spec­ta­teur, qui a pris l’habi­tude de les utilis­er pour iden­ti­fi­er l’In­di­en, mar­quant par là même “l’altérité” de celui-ci.

Il s’ag­it tout d’abord d’un vocab­u­laire spé­ci­fique au seul Indi­en, en com­mençant par son nom. Pour dis­tinguer l’In­di­en d’Amérique du véri­ta­ble Indi­en (d’Inde) avec lequel Colomb l’avait d’abord con­fon­du, on prend ain­si l’habi­tude de l’ap­pel­er “Peau-Rouge” (Red Skin) ou par­fois “Homme Rouge” (Red Man). “Le nom n’ex­iste pas encore pour nom­mer cette chose rad­i­cale­ment inédite. C’est la rai­son pour laque­lle au nom non encore inven­té était sub­sti­tué un mot qui devait servir à d’autres fins”[15], comme ce terme de Peau-Rouge qui sert à stig­ma­tis­er l’In­di­en. La toute pre­mière vision que l’on a de l’In­di­en est donc déjà une dis­crim­i­na­tion par la couleur, dans tout ce qu’elle a de réduc­teur; dis­crim­i­na­tion que l’on fera repren­dre par l’In­di­en en lui attribuant l’ex­pres­sion “Vis­ages Pâles” pour désign­er le Blanc. La couleur est neu­tre en soi, et c’est “notre esprit qui lui donne un sens”[16]. La désig­na­tion d’un être par sa couleur est effi­cace pour induire une con­duite affec­tive ou inciter à la créa­tion d’im­ages; elle per­met de se situer par sa seule évo­ca­tion dans un univers de sous-enten­dus et de pré­sup­posés. Par le truche­ment de la couleur, la nature rend lis­i­ble la civil­i­sa­tion désignée, l’é­val­ue, la juge, la val­orise ou la déval­orise.

Le prénom alloué aux per­son­nages indi­ens est de même remar­quable, d’abord parce que tout sim­ple­ment il sig­ni­fie; à l’in­verse du prénom du Blanc, dont on a oublié le sens, celui de l’In­di­en est imagé, plein de poésie et d’ex­o­tisme, et sou­vent lié à un car­ac­tère du per­son­nage. Le chef Indi­en auquel Nathan Brit­tles rend vis­ite dans La Charge héroïque se nomme “Pony-That-Walks” (“Poney Qui Marche”); le per­son­nage men­tale­ment attardé de La Cap­tive aux yeux clairs répond au doux nom de “Poor Dev­il” (“Pau­vre Dia­ble”); Sun­si­haré dans La Flèche brisée sig­ni­fie “Étoile du Matin”; la princesse de La Cap­tive aux yeux clairs est “Teal-Eye” (“Œil de Sar­celle”); le prince indi­en d’Au-delà du Mis­souri (William Well­mann, 1950) s’ap­pelle “Iron Shirt” (“Chemise d’Aci­er”) en référence cer­taine­ment à sa bru­tal­ité. Remar­quons qu’à l’in­verse des Blancs et à la manière des Noirs esclaves, les Indi­ens n’ont que des prénoms, ce qui est aus­si une façon de mar­quer l’in­féri­or­ité. “L’emploi du prénom s’ap­plique couram­ment en détourne­ment de cen­sure à toutes les minorités; il a fonc­tion de rap­pel des appar­te­nances minori­taires.”[17] Si l’on devait don­ner une sorte d’équiv­a­lent indi­en du nom de famille, ce serait cer­taine­ment le nom de la tribu, mais cela resterait dis­cutable, car com­ment expli­quer les hiérar­chies sociales au sein du groupe si la tribu est conçue comme une “grande famille”?

Ces noms de tribus, dont la sim­ple évo­ca­tion est déjà si pleine de men­aces et de craintes, sont d’ailleurs un autre élé­ment con­sti­tu­tif de l’arché­type de l’In­di­en au ciné­ma; il ne s’ag­it pas ici de con­tester leur réal­ité. Notons néan­moins que cer­taines tribus sont passées à la postérité en par­tie grâce aux west­erns, tan­dis que d’autres sont restées ignorées. Les Apach­es domi­nent large­ment et ont même par­fois l’hon­neur de don­ner leur nom au titre de films (Le Mas­sacre de Fort Apache, Bron­co Apache), ce qui entre par­en­thès­es per­met égale­ment de situer l’ac­tion comme pri­or­i­taire­ment axée autour des guer­res indi­ennes. Les Cheyennes du Sud sont les prin­ci­paux respon­s­ables de la rébel­lion indi­enne de La Charge héroïque. Les Pieds-Noirs appa­rais­sent dans deux films con­sacrés à la péri­ode des trappeurs, Au-delà du Mis­souri et La Cap­tive aux yeux clairs, puisque l’ac­tion se situe effec­tive­ment dans ce qui con­sti­tu­ait le ter­ri­toire pied-noir, la région du Mis­souri. Les Comanch­es sont les red­outa­bles crim­inels que pour­suit John Wayne dans La Pris­on­nière du désert tan­dis que “Nez-Per­cés”[18] et Sioux alliés des Cheyennes sont évo­qués respec­tive­ment dans Au-delà du Mis­souri et La Charge héroïque. Les Indi­ens utilisent eux-mêmes dans leurs dis­cours ces noms exo­tiques. Dans une scène où Kammah répond en lan­gage indi­en (non sous-titré) à une ques­tion de Flint Mitchell (Au-delà du Mis­souri), on dis­tingue claire­ment (même s’il est impos­si­ble de com­pren­dre le reste du dis­cours) qu’elle évoque les “Nez-Per­cés”, mon­trant ain­si que les Indi­ens au ciné­ma ont inté­gré les dénom­i­na­tions blanch­es.

On attribue ensuite des ter­mes par­ti­c­uliers à cha­cun des élé­ments de la vie d’un Indi­en, de manière égale­ment à faire la dis­tinc­tion entre sa civil­i­sa­tion et celle des Blancs, quoi qu’elles puis­sent avoir en com­mun: la femme indi­enne est la “squaw”, l’habi­tat un “tipi” (quelques plans de ces tip­is suff­isent générale­ment à dessin­er le décor du vil­lage indi­en), la pipe un “calumet” (sou­vent util­isé pour sceller la paix), etc. Cette fois, c’est au tour des Blancs d’in­té­gr­er ces expres­sions dans leurs dis­cours lorsqu’il s’ag­it d’évo­quer l’In­di­en. Dans Au-delà du Mis­souri, Flint Mitchell, saoul, détourne même ironique­ment la célébris­sime cou­tume du “scalp” en déclarant à son ami qui est en train de l’aider à se laver les cheveux: “Hey! You’re scalp­ing me!”

Le Peau-Rouge a un aspect physique bien par­ti­c­uli­er; le teint basané, il arbore une chevelure noire attachée en queue de cheval dans le dos, ou for­mant deux nattes, encad­rant le vis­age et tombant sur le corps; il est habil­lé de vête­ments en peau de bison, le plus sou­vent mar­ron, mais par­fois aux couleurs plus vives. Il a quelque­fois le vis­age et le corps entière­ment cou­verts de pein­ture (sim­ples traits ou dessins plus élaborés), ce qui, on l’a vu, évoque sa pos­si­ble “hos­til­ité”. Ain­si, dans La Cap­tive aux yeux clairs, à la vue d’une tribu indi­enne qui se dirige vers son bateau, Cal­loway ras­sure ses hommes en déclarant: “Ce sont des Pieds-Noirs. Ils n’ont pas de pein­ture de guerre.”

De nom­breux autres élé­ments sont néces­saires pour com­pléter le por­trait de l’In­di­en: la plume par exem­ple, qui sert comme orne­men­ta­tion de la chevelure. Elle peut être unique, plan­tée ver­ti­cale­ment dans le nœud liant les longs cheveux noirs; dans Au-delà du Mis­souri, elle trahit la présence d’Iron Shirt, qui cherche à fuir Flint Mitchell en se cachant der­rière un arbre mais qui ne s’est pas aperçu que sa plume dépas­sait du tronc. Dans La Cap­tive aux yeux clairs, les héros par­tis à la recherche de Teal-Eye enlevée, dis­tinguent une plume au loin et en déduisent qu’il s’ag­it d’un Indi­en (“J’ai cru voir un Indi­en avec une plume dans les cheveux”) alors qu’il s’ag­it en fait d’un de leurs adver­saires (blancs) cher­chant à les met­tre sur la mau­vaise piste en s’ap­pro­pri­ant un signe qui ne lui appar­tient pas. La coiffe peut égale­ment se trans­former en une sorte de per­ruque, faite d’une cen­taine de plumes aux couleurs vives, sou­vent très volu­mineuse, encad­rant le vis­age. Cette coif­fure est la pro­priété du chef de la tribu, qui ne s’en sert qu’aux moments clés du réc­it: récep­tion d’un invité ou arrivée de sa délé­ga­tion chez un hôte (Au-delà du Mis­souri) et assaut con­tre l’en­ne­mi (dans La Pris­on­nière du désert, Scar ne s’en pare qu’au moment de don­ner le sig­nal de l’at­taque con­tre ses pour­suiv­ants).

Autre élé­ment pro­pre­ment peau-rouge: sa mon­ture, avec laque­lle il fait corps, un peu à la manière du cow-boy, et forme ain­si une sorte de mon­stre au sens mythologique du terme. Mi-homme, mi-bête, l’In­di­en est la repro­duc­tion améri­caine du cen­tau­re. Un Indi­en à pied n’a sou­vent rien de dan­gereux. Celui qui n’a plus de cheval est déjà en par­tie vain­cu. Mais la mon­ture de l’In­di­en est par­ti­c­ulière: c’est le poney, ani­mal étrange et incon­nu des Blancs. Char­lie l’ap­prend à ses dépens dans La Dernière Chas­se (Richard Brooks, 1955): alors qu’il croy­ait pou­voir domin­er facile­ment la mon­ture de son enne­mi, il est jeté à terre. Petit et agile, le poney est sou­vent mon­té à cru, ce qui fonde la fron­tière pri­mor­diale entre le Blanc et l’In­di­en: “Entre l’homme qui monte à cru et celui qui dis­pose d’un cheval sel­lé, il n’y a pas qu’une dif­férence d’équipement, mais presque une dif­férence de nature.”[19] Sac­rilège suprême, l’In­di­en se per­met de con­som­mer cet ani­mal, qui dans la mytholo­gie du cow-boy, n’est pas loin d’être con­sid­éré comme sacré: dans La Flèche brisée, le général Howard, invité par Cochise lors de la “con­férence de paix” entre Indi­ens et Blancs, a une réac­tion de dégoût sous l’œil amusé du héros Jef­fords quand il apprend que ce qu’il mange est du poney (pour­tant pré­pa­ra­tion culi­naire visant à hon­or­er l’in­vité). Ethan Edwards explique à son neveu dans La Pris­on­nière du désert qu’un Indi­en se dis­tingue d’un homme par le fait qu’il peut manger son cheval. On pense alors aux réc­its hor­ri­fiés des pre­miers voyageurs en Amérique décou­vrant l’an­thro­pophagie de cer­taines tribus[20], et la com­para­i­son n’est pas déplacée quand on pense que la maxime définis­sant la men­tal­ité du cow-boy est qu’ “aucune femme ne vaut un bon cheval” !

D’autres traits, dessi­nant les habi­tudes de vie, sont car­ac­téris­tiques de l’In­di­en: celui-ci ne se déplace pas sans son arc et ses flèch­es (même s’il peut aus­si com­bin­er cette arme “prim­i­tive” avec celle du colonisa­teur, le fusil, sou­vent une cara­bine). Les flèch­es ont en effet l’in­térêt de s’adapter à l’at­taque de l’In­di­en: elles sont rapi­des, et furtives; silen­cieuses, elles pren­nent par sur­prise l’as­sail­li, puisqu’il ne peut enten­dre le sig­nal de leur envoi, à l’in­verse d’un coup de fusil. Elles sont le pro­pre d’un enne­mi qui prend tou­jours en traître sa vic­time et ne respecte pas les codes de la guerre par lâcheté. Leur util­i­sa­tion stylise la vio­lence, et provoque chez le spec­ta­teur un sen­ti­ment qua­si sen­si­tif de la douleur, à la vue de ces armes qui s’en­fon­cent dans la poitrine de per­son­nages gri­maçants, inca­pables de profér­er un son: “La mort par balle est presque abstraite. La mort par flèche est plus con­crète.”[21] Les flèch­es ont un intérêt ciné­matographique évi­dent, puisque la caméra peut suiv­re leur tra­jec­toire, de l’arc qui se tend à l’arme qui, tel un dard, transperce de part et d’autre le corps de l’en­ne­mi. Une des pre­mières scènes de La Flèche brisée est par­ti­c­ulière­ment sig­ni­fica­tive, car réglée qua­si­ment de façon choré­graphique. On y assiste à l’at­taque d’un groupe de Blancs à cheval. Le spec­ta­teur sait que les Indi­ens sont embusqués sur les hau­teurs, à l’af­fût du pas­sage du groupe. Un plan mon­tre ain­si un Indi­en ten­dant son arc, puis l’homme qui se trou­vait à l’ar­rière du con­voi, abat­tu dans un silence com­plet. Vient ensuite le tour de l’a­vant-dernier du groupe, tué de la même façon, mais qui lui s’écroule dans une flaque d’eau, ce qui per­met d’aver­tir ses com­pagnons de l’at­taque.

L’arché­type de l’In­di­en, de ce fait, n’est pas seule­ment con­sti­tué de ses attrib­uts; il est aus­si car­ac­térisé par la récur­rence de cer­taines façons de le filmer. Cer­tains plans sont devenus des “clas­siques” célèbres (au point de don­ner par­fois lieu à la par­o­die, ce qui est le pro­pre d’une fig­ure uni­verselle­ment con­nue): le Peau-Rouge, à cheval, de pro­fil, se détache, impas­si­ble, sur les hau­teurs d’une colline, obser­vant l’en­ne­mi; soudain, il donne le sig­nal d’une attaque conçue comme un défer­lement sauvage de cav­a­liers “hul­u­lant” et galopant en direc­tion d’un groupe, con­voi ou rég­i­ment de Blancs, chez qui il provoque la panique. Cette scène est un pas­sage obligé du west­ern, vari­ant sim­ple­ment selon le con­texte.

Fonction du stéréotype

La cul­ture de masse, dans laque­lle est tra­di­tion­nelle­ment incluse l’œu­vre des grands stu­dios d’Hol­ly­wood – parce qu’elle vise à séduire le pub­lic le plus large pos­si­ble –, est une grande pro­duc­trice d’im­ages stéréo­typées. Elle favorise l’ex­is­tence de ces con­struc­tions imag­i­naires, dont l’adéqua­tion au réel est sou­vent dou­teuse, et per­met leur dif­fu­sion à grande échelle, par­fois uni­verselle quand il s’ag­it de ciné­ma améri­cain, et en par­ti­c­uli­er le west­ern, un des gen­res les plus appré­ciés du grand pub­lic et un des plus cod­i­fiés. Ne lais­sons pas de côté cette pre­mière fonc­tion du stéréo­type, spé­ci­fique­ment ciné­matographique: “Le plaisir du genre ne provient pas du sus­pense entretenu, mais de la réaf­fir­ma­tion des con­ven­tions que le spec­ta­teur con­naît et recon­naît dans le film.”[22] Un réal­isa­teur de west­erns cher­chant à s’é­carter des con­ven­tions sus­cit­erait une réac­tion de rejet immé­di­ate de la part du pub­lic.

Les codes que nous avons décrits précédem­ment con­stituent les stéréo­types qui créent l’arché­type de l’In­di­en au ciné­ma. “Le stéréo­type est un terme emprun­té au lan­gage courant qui désigne les images dans notre tête qui médi­a­tisent notre rap­port au réel. Il s’ag­it de représen­ta­tions toutes faites, de schèmes cul­turels préex­is­tants, à l’aide desquels cha­cun fil­tre la réal­ité ambiante.”[23] L’im­age que le west­ern dif­fuse de l’In­di­en – et qu’il tire d’une longue tra­di­tion lit­téraire et pic­turale – est bien celle que nous gar­dons en tête quand nous ten­tons de nous le représen­ter.

Le stéréo­type tel que nous le con­cevons ici n’a pas la valeur péjo­ra­tive que lui attribue l’usage courant, et n’est pas lié à une atti­tude raciste. Il est car­ac­téris­tique de la notion de genre et n’est pas pro­pre à l’In­di­en; il existe aus­si un stéréo­type du cow-boy, du sol­dat de cav­a­lerie ou du chauf­feur de dili­gence, même s’ils sont par­fois moins évi­dents. Les stéréo­types de l’In­di­en sont cen­sés définir tout un “peu­ple”, qui d’ailleurs n’a de sens comme “peu­ple”, étant don­né sa grande diver­sité, que par l’ex­is­tence de l’arché­type. En effet, ce qui finale­ment rap­proche le plus Apach­es et Cheyennes est bien leur dénom­i­na­tion générique, leur appel­la­tion com­mune, attribuée par les colonisa­teurs européens: ils sont “les Indi­ens”.

Cette appel­la­tion avait un but pré­cis: sim­pli­fi­er, afin de mieux com­pren­dre le réel et ain­si pou­voir agir sur lui. L’ac­tiv­ité de caté­gori­sa­tion est aus­si une activ­ité de con­nais­sance: on con­state la var­iété sociale et l’ex­is­tence de groupes réels. En regroupant tous les Indi­ens sous une même image, on iden­ti­fie l’Autre, l’en­ne­mi; en con­fon­dant, on unit, ce qui per­met de déter­min­er la réac­tion que l’on doit avoir par rap­port à celui qui se décou­vre sur notre chemin. Quelques traits dess­inés per­me­t­tent de recon­naître un type bien con­nu, et ain­si de suite, com­pléter men­tale­ment le tableau par les stéréo­types que nous avons en tête, afin d’an­ticiper l’at­ti­tude de l’Autre, ou sim­ple­ment ori­en­ter notre pro­pre atti­tude face à lui. “En même temps que je désigne le réel, je tire sur le fil de l’imag­i­naire que le majori­taire a enroulé sur le réel. Si le terme caté­goriel désigne bien le réel, il con­tient en même temps tous les fan­tasmes majori­taires.”[24]

L’ac­tiv­ité de caté­gori­sa­tion est bien une activ­ité de réduc­tion, puisqu’elle réduit toute com­plex­ité pos­si­ble à la général­ité d’un groupe. Pour celui qui est vu comme l’Autre, le minori­taire, le par­tic­u­lar­isme est celui du groupe entier, et n’est que celui-là. “Celui qui est désigné comme étranger se trou­ve défi­ni par cela même; il n’a pas de car­ac­tère per­son­nel à pro­pre­ment par­ler. Un groupe se man­i­feste, se con­cré­tise dans un indi­vidu. Cette total­i­sa­tion s’ex­prime sous la forme bien con­nue de la stéréo­typ­ie qui est le réper­toire des car­ac­téris­tiques de l’Autre.”[25]

La ques­tion du stéréo­type ne peut man­quer de sur­gir dans l’analyse de sit­u­a­tions de con­tact. La ren­con­tre de cul­tures dif­férentes néces­site une réor­gan­i­sa­tion sou­vent dif­fi­cile de ses sys­tèmes de stéréo­types pour en créer d’autres, qui auront une fonc­tion impor­tante dans la for­ma­tion des impres­sions apposées aux per­son­nes et aux groupes, c’est-à-dire dans le proces­sus au gré duquel divers traits par­ti­c­uliers sont organ­isés en un ensem­ble cohérent. La stéréo­typ­ie comme proces­sus cog­ni­tif a une fonc­tion pos­i­tive, en ce qu’elle per­met d’or­don­ner la con­fu­sion que provo­querait la saisie simul­tanée de trop nom­breux détails. Au lieu de chercher à com­pren­dre ce qui dis­tingue les dif­férentes tribus d’Amérique entre elles, en ayant comme con­séquence de désori­en­ter com­plète­ment celui qui se déplace déjà dans un ter­ri­toire étranger, on préfér­era les rassem­bler sous un dénom­i­na­teur com­mun, celui de l’In­di­en. “Ces images dans notre tête relèvent de la fic­tion non parce qu’elles sont men­songères, mais parce qu’elles expri­ment un imag­i­naire social.”[26] Le stéréo­type est donc néces­saire à toute vie en société, car il est essen­tiel à la cog­ni­tion, même s’il est à l’o­rig­ine de général­i­sa­tions et sim­pli­fi­ca­tions exces­sives. Il n’est pas une représen­ta­tion fausse de la réal­ité, il est une inter­pré­ta­tion de celle-ci.

Iden­ti­fi­er les dif­férentes dimen­sions qui car­ac­térisent le stéréo­type de l’In­di­en va donc per­me­t­tre de mieux con­naître non pas la civil­i­sa­tion indi­enne, mais, para­doxale­ment, la civil­i­sa­tion blanche améri­caine. L’Autre est celui qui n’est pas soi: “La caté­gori­sa­tion est l’acte social qui cor­re­spond à l’altérité fac­teur d’i­den­tité per­son­nel; elle est la con­sti­tu­tion en groupe défi­ni et clos de ce qui est cod­i­fié comme dif­férent par la cul­ture.”[27] L’imag­i­naire que le stéréo­type met au jour reflète en effet le rap­port qu’en­tre­tient l’Améri­cain avec autrui et par ce biais, avec sa pro­pre iden­tité.

Le stéréo­type n’est pas une don­née immé­di­ate: il est con­stru­it, il est le fruit de représen­ta­tions sociales que le ciné­ma a large­ment aidé à propager; et surtout, il est dif­fi­cile à défaire, quelle que soit la volon­té que l’on en ait, car il appar­tient à notre cul­ture, à notre appren­tis­sage socié­tal. “On pour­rait penser qu’il suf­fi­rait de s’en référ­er à l’ob­ser­va­tion directe pour valid­er ou invalid­er les stéréo­types. Mais ce que nous percevons est déjà mod­elé par les images col­lec­tives que nous avons en tête: nous voyons ce que notre cul­ture a au préal­able défi­ni pour nous.”[28]

Dans le cas pré­cis du rap­port du Blanc à l’In­di­en, il est indé­ni­able que le stéréo­type très puis­sant créé pour définir ce dernier a été util­isé afin de jus­ti­fi­er le rap­port de dom­i­na­tion qui s’est établi entre l’un et l’autre. “L’im­age dépré­cia­tive de l’autre rem­plit des fonc­tions impor­tantes dans les cas de sub­or­di­na­tion d’un groupe eth­nique ou nation­al à un autre.”[29] Le por­trait ain­si tracé stig­ma­tise l’Autre dans un état d’in­féri­or­ité, quelle que soit l’ap­pré­ci­a­tion (pos­i­tive ou néga­tive) qu’on porte sur lui. L’In­di­en est, pen­dant une très grande par­tie de son exis­tence ciné­matographique, le “Ugh Ugh Indi­an”[30]: cette appré­ci­a­tion “pos­i­tive” fait du Peau-Rouge un per­son­nage exo­tique, pit­toresque, insou­ciant, jouis­sant d’une libre sex­u­al­ité; dans le cas con­traire, il est la féroc­ité et la bar­barie incar­née. Mais “la pre­mière image est presque aus­si dis­qual­i­fi­ante”[31] !

On se doit donc de recon­naître le car­ac­tère inévitable du stéréo­type dans la con­struc­tion du rap­port de soi à l’Autre, même s’il est source de préjugés et d’opin­ions toutes faites, qui, dans cer­tains cas – comme celui de l’In­di­en – aboutis­sent aux drames iden­ti­taires con­tem­po­rains et à la non-recon­nais­sance du géno­cide passé. Le west­ern n’a pas pré­ten­tion à décrire une réal­ité; toute­fois, les stéréo­types qu’il véhicule ont fini par cacher ce qu’é­tait véri­ta­ble­ment le peu­ple indi­en. “Moins cru­el que la légende, l’In­di­en réel était d’une grande douceur et patience. Il s’ac­cor­dait aux rythmes et exi­gences d’une nature qu’il con­nais­sait par­faite­ment.”[32] Il menait une vie sim­ple, au sein d’une reli­gion ani­miste et d’une con­cep­tion du monde fort dif­férente de la nôtre, ce qui n’est peu ou pas reflété par le west­ern.

Dans le meilleur des cas, le stéréo­type peut être com­plex­i­fié: cela se pro­duit quand “l’Autre” parvient à un degré de puis­sance suff­isant pour faire enten­dre un début de parole autonome, alors même qu’il est tou­jours pour le majori­taire un groupe imag­i­naire immuable et immo­bile.

Variations sur le même genre

“Pour moi, les gen­res les plus intéres­sants sont autochtones: le west­ern, orig­i­naire de la Fron­tière; les films de gang­ster des villes de la côte Est; la comédie musi­cale née à Broad­way. Comme la musique de jazz, ils per­me­t­tent des vari­a­tions infinies, de plus en plus com­plex­es et par­fois per­vers­es.” Mar­tin Scors­ese

Un genre, mal­gré les “stan­dards” qui le con­stituent, n’est pas figé, ses règles ne sont pas immuables. Au cours des années 1950, le west­ern ne se trans­forme pas véri­ta­ble­ment: il s’ag­it plutôt de vari­a­tions améliorées sur le cliché. “La répéti­tion appelle d’elle-même la vari­a­tion. Il faut que le spec­ta­teur recon­naisse le cliché pour l’op­pos­er à la vari­ante qu’of­fre le film. Plus le stéréo­type est fort, plus le jeu des vari­a­tions a des chances de se pro­duire.”[33] Effec­tive­ment, il peut se pro­duire une cer­taine las­si­tude vis-à-vis du stéréo­type, déjà suff­isam­ment exploité, et une envie de la part du cinéaste de l’en­richir, ou d’en mod­i­fi­er cer­taines don­nées. “La nou­veauté con­cerne d’abord et avant tout des scènes ponctuelles.”[34]

Pour illus­tr­er cette idée, voyons en détail l’ex­em­ple de la recon­sti­tu­tion de la bataille de Lit­tle Big Horn où s’af­fron­tèrent les Sioux de Sit­ting Bull et le célèbre 7e de cav­a­lerie du général Custer. Les Indi­ens admin­istrèrent une défaite sans équiv­oque à l’ar­mée améri­caine. Mais quand le west­ern s’empare de l’événe­ment, il inter­prète la vérité his­torique à sa façon. Dans La Charge de la brigade légère (Raoul Walsh, 1941), la bataille est un moment glo­rieux pour la cav­a­lerie, et notam­ment pour Custer, qui meurt en héros, presque seul con­tre tous, dans un acte dés­espéré. Sept ans plus tard, avec Le Mas­sacre de Fort Apache, on assiste à une relec­ture du réc­it; le point de vue n’est pas dif­férent, il s’ag­it encore du “mas­sacre” du rég­i­ment par les Indi­ens, mais la séquence est plus longue, qui nous mon­tre des hommes pris au piège et sac­ri­fiés stu­pide­ment sur l’au­tel de la folie raciste de leur chef. Quand Errol Fly­nn dans le pre­mier de ces deux films incar­nait un per­son­nage dont la mort, filmée longue­ment, lui don­nait le statut de mar­tyr de la nation améri­caine, on ne ver­ra jamais dans le deux­ième film la mort d’Hen­ry Fon­da, mas­sacré avec ses hommes dans un soulève­ment de pous­sière provo­qué par l’at­taque indi­enne et cachant la scène. Mort bien peu glo­rieuse! Hélas, Le Mas­sacre de Fort Apache “n’ap­parut à l’Amérique qu’un west­ern par­mi d’autres, par­faite­ment mis en scène et sûre­ment inter­prété. C’é­tait pour­tant un signe d’évo­lu­tion des esprits que de voir admise une his­toire dans laque­lle un offici­er de cav­a­lerie et la majeure par­tie de ses hommes trou­vent la mort sous les balles indi­ennes sans qu’in­ter­vînt “the last minute res­cue”.”[35]

Autre exem­ple: “l’at­taque indi­enne” peut être plus ou moins par­o­diée, en en ren­ver­sant les don­nées; dans cer­tains films (comme La Flèche brisée), ce sont les Blancs qui sont embusqués sur les hau­teurs d’une colline à l’af­fût du pas­sage de leur enne­mi indi­en dans le guet-apens qu’ils leur ont ten­du. On peut dire qu’on assiste à un cer­tain renou­velle­ment, néces­saire et lié à l’époque de la réal­i­sa­tion – les années 1950. En effet, les vari­a­tions ne sont pas dues à une volon­té per­son­nelle du réal­isa­teur; elles sont sou­vent con­di­tion­nées à des événe­ments extérieurs, des déter­mi­nants soci­aux, cul­turels, his­toriques. Le genre dépend de con­tin­gences économiques et poli­tiques du pays dans lequel il se développe. Il ne con­stitue pas un sys­tème clos, fer­mé à tout influ­ence.

On con­sid­ère ain­si sou­vent La Dernière Chas­se comme une allé­gorie de la guerre de Corée. De fait, les années 1950 con­stituent dans l’his­toire du ciné­ma améri­cain une pro­fonde frac­ture. Hol­ly­wood est plongé dans une grave crise de con­fi­ance avec les pre­mières audi­tions de la Com­mis­sion d’en­quête sur les activ­ités anti-améri­caines. Dans cette crise majeure, le ciné­ma améri­cain sem­ble avoir atteint ses lim­ites, et accom­plit en réac­tion une révo­lu­tion sur sa pro­pre his­toire. Il inter­prète et restitue dans son œuvre les doutes liés à la Sec­onde Guerre mon­di­ale et à la guerre de Corée en les replaçant dans une con­ti­nu­ité his­torique dont on fait à présent le procès. “Le para­doxe du ciné­ma de cette époque est d’ap­partenir à la fois à l’his­toire de son mythe et à celle de sa crise sans que l’un des ter­mes puisse être dis­so­cié de l’autre.”[36] Le west­ern con­stitue alors bien sou­vent un refuge dans le passé pour les cinéastes désir­ant éviter les polémiques soulevées par le mac­carthysme; mais il n’est pas exempt d’in­ter­ro­ga­tions et de réflex­ions sur la valeur de ce passé, que l’on se met à réin­ter­préter. Ford réag­it ain­si très mal au règne du soupçon anti-com­mu­niste qui envahit les stu­dios dans les années 1950: il alla jusqu’à s’op­pos­er à Cecil B. DeMille qui souhaitait exclure Joseph L. Mankiewicz, soupçon­né d’affinités com­mu­nistes, du syn­di­cat des réal­isa­teurs. Le réal­isa­teur a sur­mon­té cette crise douloureuse sans en més­es­timer les rav­ages. Sans jamais pos­er le prob­lème directe­ment, ses films d’après-guerre cherchent à com­pren­dre ce que sont dev­enues les valeurs de la société améri­caine. “En péri­ode de manque de con­fi­ance en elle, l’Amérique peut se laiss­er aller à la mode rétro, à la nos­tal­gie du passé sim­ple et recherche alors dans son passé chao­tique – mais vic­to­rieux – des solu­tions à son présent défail­lant.”[37]

Le west­ern, bien que genre fon­da­men­tale­ment his­torique (c’est-à-dire dépen­dant d’un passé, de quelque chose d’achevé), “est amené à tenir compte de l’ac­tu­al­ité récente, à pro­mou­voir sans cesse de nou­velles valeurs, à pro­duire sans arrêt de l’éphémère”[38], d’au­tant qu’à la dif­férence des années 1920, tous ceux qui ont vécu la con­quête de l’Ouest (Buf­fa­lo Bill, Sit­ting Bull, etc.) sont morts; il est ain­si plus aisé de porter un regard moins sub­jec­tif sur les faits, de met­tre plus de dis­tance entre soi et le mythe. La qual­ité “pro-indi­enne” des west­erns des années 1950 con­stituera ain­si une sorte de “pro­grès”. Cer­tains des codes du west­erns sont util­isés avec beau­coup plus de parci­monie. La fameuse coiffe indi­enne, par exem­ple, est raris­sime. Dans Bron­co Apache, les cos­tumes des Indi­ens n’ont rien de folk­lorique. Enfin, cer­taines scènes mythiques du west­ern, comme la “last minute res­cue” (“sec­ours de dernière minute”), sont réu­til­isées, mais dans une vari­ante favor­able à l’In­di­en: dans La Cap­tive aux yeux clairs, alors que la sit­u­a­tion sem­ble dés­espérée pour les occu­pants blancs du bateau, encer­clés par de “méchants” Indi­ens, c’est un groupe de “gen­tils” Indi­ens (les Pieds-Noirs) qui vien­dra les sec­ourir.

Le genre dis­paraît en fait quand les codes ne sont plus respec­tés. À la fin des années 1960, alors que le west­ern clas­sique sem­ble s’épuis­er, une trans­for­ma­tion (et non plus sim­ple­ment une vari­a­tion) est req­uise: “Alors que la vari­a­tion repose sur des clichés solide­ment étab­lis, la trans­for­ma­tion crée de nou­veaux stéréo­types. Elle désori­ente. Elle affecte le développe­ment du genre.”[39] Le west­ern ital­ien (ou “west­ern-spaghet­ti”) puis le west­ern cré­pus­cu­laire pren­dront alors la suite du west­ern clas­sique et l’im­age de l’In­di­en en sera totale­ment trans­for­mée (quand elle n’en dis­paraî­tra pas totale­ment). Mais ceci est une autre his­toire…

Notes

Notes
↑1 MOINE, R., Les Gen­res du ciné­ma, Paris, Nathan, 2002, p.31.
↑2 LEUTRAT, J.-L. et LIANTRAT-GUIGUES, S., Les Cartes de l’Ouest, Paris, Armand Col­in, 1990, p.95.
↑3 MOINE, R., op. cit., p.124.
↑4 RIEUPEYROUT, J.-L., La Grande Aven­ture du west­ern, Paris, Ram­say, 1964.
↑5 ASTRE, G.-A. et HOARAU, A.-P., Univers du west­ern, Ciné­ma Club/Seghers, 1973, p.122.
↑6 LIEUTRAT, J.-L., L’Al­liance brisée, Lyon, Press­es uni­ver­si­taires de Lyon, 1985.
↑7 LEUTRAT, J.-L. et LIANDRAT-GUIGUES, S., op. cit., pp. 124 et 127.
↑8 ASTRE, G.-A. et HOARAU, A.-P., op.cit., p.128.
↑9 Philip Sheri­dan, général de l’ar­mée de l’U­nion pen­dant la guerre de Séces­sion.
↑10 Général améri­cain (1820–1891) qui s’il­lus­tra pen­dant la guerre de Séces­sion.
↑11 LEUTRAT, J.-L. et LIANDRAT-GUIGUES, S., op.cit., p.67.
↑12 Remar­quons qu’une bataille gag­née par des Blancs est une “vic­toire” quand la même bataille rem­portée par des Indi­ens est un “mas­sacre”.
↑13 GEERTZ, C., Savoir local, savoir glob­al, Paris, PUF, 1986, pp. 106–107.
↑14 GEERTZ, C., op.cit., pp. 115–116.
↑15 AFFERGAN, F., Exo­tisme et altérité, Paris, PUF, pp. 110–111.
↑16 AFFERGAN, F., op.cit., p.172.
↑17 GUILLAUMIN, C., L’Idéolo­gie raciste, Paris, Gal­li­mard, 2002, p.227.
↑18 Les “Nez-Per­cés” con­servèrent en ver­sion anglaise cette appel­la­tion poé­tique don­née par les Français, pre­miers explo­rateurs de la région du Mis­souri, tan­dis que les Pieds-Noirs dev­in­rent les “Black Foot”.
↑19 BELLOUR, R., Le West­ern, TEL, Gal­li­mard, 1993, p.131.
↑20 STADEN, H., Nus, féro­ces et anthro­pophages, Paris, Seuil, 1990.
↑21 BELLOUR, R., op.cit.
↑22 MOINE, R., op.cit., p.90.
↑23 AMOSSY, R. et HERSCHBERG-PIERROT A., Stéréo­types et clichés, Nathan, 1997, p.6.
↑24 GUILLAUMIN, C., op.cit., p.252.
↑25 GUILLAUMIN, C., op.cit., p.268.
↑26 AMOSSY, R. et HERSCHBERG-PIERROT, A., op.cit., p.26.
↑27 GUILLAUMIN, C., op.cit., p.265.
↑28 AMOSSY, R. et HERSCHBERG-PIERROT, A., op.cit., pp. 36–37.
↑29 AMOSSY, R. et HERSCHBERG-PIERROT, A., op.cit., p.41.
↑30, ↑31 ASTRE, G.-A. et HOARAU, A.-P., op.cit.
↑32 ASTRE, G.-A. et HOARAU, A.-P., op.cit. Cet ouvrage insiste égale­ment sur le fait que la nou­velle “réal­ité” de l’In­di­en dans les années 1970 le représente comme déten­teur d’un idéal, d’une cul­ture homogène, unifiée, ce qui exclut bête­ment les ten­sions internes entre tribus.
↑33 LEUTRAT, J.-L. et LIANDRAT-GUIGUES, S., op.cit., p.68.
↑34 Ibi­dem.
↑35 RIEUPEYROUT, J.-L., op.cit., p.306.
↑36 VEILLON, O.-R., Le Ciné­ma améri­cain, les années cinquante, Paris, Seuil, 1984, pp. 10–11.
↑37 CIEUTAT, M., Les Grands Thèmes du ciné­ma améri­cain, Paris, Le Cerf, 1991, pp. 290–291.
↑38 LIEUTRAT, J.-L. et LIANDRAT-GUIGUES, S., op.cit., p.195.
↑39 LIEUTRAT, J.-L. et LIANDRAT-GUIGUES, S., op.cit., p.72.