Critikat

L’Arbre aux papillons d’or

par Corentin Lê

Une scène, en apparence anodine, synthétise la dynamique au cœur du superbe L’Arbre aux papillons d’or. Thien, jeune saïgonnais de retour dans sa campagne natale pour les funérailles de sa belle-sœur, descend dans le sous-sol d’une bâtisse abandonnée. Comme à maintes reprises dans le récit, le personnage explore une sorte de tombeau renvoyant au « cocon » que pointe le…

La Fleur de Buriti

par Étienne Cimetière-Cano

La Fleur de Buriti s’attelle à saisir le rapport ambivalent que le peuple Krahô, en symbiose avec la nature, entretient avec le contemporain, dont la présence ne transparaît que par bribes au cours du film (un téléphone portable, une voiture ou une moto, etc.). Cet entre-deux s’exprime par un procédé récurrent : la surimpression de deux plans d’un même personnage, dont l’un…

Perfect Days

par Josué Morel

Le retour de Wim Wenders dans la compétition cannoise, quinze ans après Rendez-vous à Palerme, avait de quoi surprendre au regard de sa forme récente. Perfect Days ne changera pas l’impression que le cinéaste n’a plus beaucoup d’inspiration : Wenders suit le quotidien d’un homme dont le travail est de nettoyer les toilettes publiques tokyoïtes et qui, entre deux coups…

L’Été dernier

par Josué Morel

L’Été dernier s’achève sur une impression désarçonnante : celle d’avoir assisté à un film à moitié raté mais qui réussit magistralement sa sortie. C’est peut-être qu’il y a ici deux films en un et que le premier, celui que l’on attendait, ne sert finalement que de soubassement au second, autrement plus vénéneux. Le récit se concentre d’abord sur la relation…

Vers un avenir radieux

par Marin Gérard

Nanni Moretti a vieilli. Sa démarche est devenue brinquebalante, ses cheveux hirsutes ont blanchi, son débit de paroles a ralenti et ses yeux sont devenus légèrement vitreux. Ce regard pétille pourtant ici, entre malice et désespoir, comme pour la première fois depuis au moins vingt-cinq ans et sa dernière comédie à la première personne (Aprile). Si Vers un avenir radieux…

Agra

par Josué Morel

Agra cherche d'emblée à se démarquer en entrelaçant une ouverture psychédélique, la vision d’un écureuil écorché vif doté d’une voix distordue, et une scène de sexe fiévreuse virant au cauchemar. Cet enchaînement s'avère toutefois trompeur : ces coups de semonce précèdent un film plus sage qu’il n’y paraît, partagé entre une chronique sociale et le surgissement d’images mentales – une…

Jour 9 — L’Été dernier

par Josué Morel, Corentin Lê

Cannes, jour 9. Deux de nos rédacteurs discutent de L’Été dernier de Catherine Breillat, présenté en compétition.    Avec : Corentin Lê et Josué Morel. Réalisation et montage : Étienne Cimetière-Cano.

The Feeling That the Time for Doing Something Has Passed

par Marin Gérard

Produit par Graham Swon (producteur de Ted Fendt et de Matías Piñeiro), The Feeling That the Time for Doing Something Has Passed ressemble davantage à un film que l'on découvrirait au FID ou à Belfort que dans une sélection cannoise. La radicalité promise par Julien Rejl et le comité de la Quinzaine des cinéastes s’inscrit ici dans le choix de…

L’Enlèvement

par Josué Morel

L’Enlèvement retrace l’affaire Edgardo Mortara, qui fit grand bruit en 1858 : un jeune enfant juif de six ans, que sa nourrice aurait baptisé alors qu’il était encore un poupin, est arraché à sa famille par l’Église catholique italienne lorsque cette dernière prend connaissance du sacrement clandestin. Par ce fait divers que Spielberg voulut un temps adapter, Marco Bellocchio remet…

Jour 8 — L’Enlèvement

par Josué Morel, Marin Gérard

Cannes, jour 8. Deux de nos rédacteurs discutent de L'Enlèvement de Marco Bellocchio, présenté en compétition.    Avec : Marin Gérard et Josué Morel. Réalisation et montage : Étienne Cimetière-Cano.

Fermer les yeux

par Marin Gérard

Fermer les yeux prouve qu’un film peut être à la fois décevant et magnifique. Mais comment aurait-il pu en être autrement ? Après trois films réalisés chacun avec dix ans d’écart, Víctor Erice a disparu des écrans pendant trente ans, si l’on excepte une poignée de courts-métrages tournés durant cet intervalle. Son précédent long, Le Songe de la lumière (1992),…

Asteroid City

par Josué Morel

Au cours de ces derniers mois, les nouveaux logiciels d’IA génératives ont beaucoup pris pour modèle le cinéma de Wes Anderson afin d’illustrer leurs potentialités dans le champ des arts visuels. On ne s’en étonne pas : de film en film, le style si caractéristique du metteur en scène semble être devenu la matrice d’objets dépassionnés, dont le principe de…

La Passion de Dodin Bouffant

par Josué Morel

En sortant de La Passion de Dodin Bouffant, on est pris d’un étrange sentiment (en plus d’une sacrée fringale) : impossible de statuer exactement sur la nature de ce que l’on vient de voir. Nanar ? Film en costumes expérimental ? Premier né d’une rencontre entre le food porn et le cinéma d’auteur ? La vérité se trouve probablement entre…

Les Colons

par Clément Colliaux

Les imposants panoramas des landes chiliennes, où ciel et terre se confondent à l’infini, n’inspirent malheureusement aux Colons qu’une poignée de plans. La beauté émanant des premières minutes – on y voit des ouvriers délimiter une parcelle de terrain en plantant une clôture au milieu de la pampa – se fait plus rare une fois l’intrigue lancée : le jeune…

L’Amour et les forêts

par Josué Morel

Adapté du roman éponyme d’Éric Reinhardt, L’Amour et les forêts (beau titre) dépeint l’engrenage d’une relation amoureuse initialement idyllique qui se transforme en cauchemar domestique. La dualité du personnage de Grégoire (Melvil Poupaud), archétype du pervers narcissique, est d’abord figurée de manière astucieuse : ce n’est pas l’amant de Blanche (Virginie Efira) qui apparaît d’emblée comme double, mais son propre…

Les Filles du feu

par Corentin Lê

Fabriqué à partir des essais menés par Pedro Costa pour son prochain long-métrage, Les Filles du feu prend la forme d'un triptyque né d'une éruption volcanique : à gauche, une première femme avance le long d’un mur de lave ; au centre, une deuxième est allongée sur le flanc du volcan, puis se relève lentement ; à droite, la troisième…

J’ai vu le visage du diable

par Josué Morel

J’ai vu le visage du diable s’inscrit dans une tendance lourde du cinéma de festival contemporain dont on a déjà amplement rendu compte dans ces colonnes : le saupoudrage de motifs empruntés au cinéma horrifique dans une perspective discursive et allégorique. En l’occurrence, l’équation proposée par Julia Kowalski est la suivante : (L’Exorciste de Friedkin + une plongée dans une bourgade polonaise) x…

Machtat

par Corentin Lê

Machtat suit le quotidien de Fatma et ses deux filles, Najeh et Waffeh, trois musiciennes traditionnelles jouant dans des fêtes de mariage à Mahdia, une petite ville tunisienne. Entre les cérémonies et les séquences consacrées à leur vie privée, la caméra de Sonia Ben Slama s’attarde sur une série d’interactions révélant les liens profonds qui les unissent, ainsi que leurs…

Jour 7 — Asteroid City

par Corentin Lê, Marin Gérard

Cannes, jour 7. Deux de nos rédacteurs discutent d'Asteroid City de Wes Anderson, présenté en compétition.    Avec : Marin Gérard et Corentin Lê. Réalisation et montage : Étienne Cimetière-Cano.

Lost Country

par Simon Denis

La mère du jeune Stefan est la porte-parole du régime autoritaire de Slobodan Milosevic, confronté en 1996 à de grandes manifestations suite au trucage présumé des élections. Par quelques détails disséminés au début du film, Vladimir Perišić montre la Yougoslavie comme une société déjà américanisée et désireuse de se convertir à la démocratie libérale, face à laquelle le pouvoir socialiste…