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Mathieu Macheret
Et si le cinéma, comme disait l’autre, avait été inventé pour filmer les mots ? Pour offrir au langage un nouveau territoire où s’ébattre. Pour libérer l’écriture de certaines obligations « picturales » – et l’emprisonner ailleurs, au demeurant. C’est de ce point de vue que cinéma et théâtre entretiennent le plus d’affinités : tous les deux enferment la langue…
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Mathieu Macheret
Le festival nous avait déjà fait le coup il y a trois ans avec En avant, jeunesse ! de Pedro Costa : projeter son film le plus exigeant un dernier jour de compétition, là où l'attention se relâche, où l'on s'endort plus facilement, où les quolibets fusent plus haut et les sièges claquent plus fort que d'habitude. Résultat : à…
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Mathieu Macheret
À tous les mécréants, il faudrait conseiller la vision du film Irène d’Alain Cavalier. Quand je dis « mécréants », je pense à tous ceux qui doutent de l’infinité des puissances d’invocation du cinéma. Le cinéma a l’art de réveiller les morts, c’est bien connu. Il est le parent des séances de spiritisme du XIXème siècle et sait faire tourner…
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Mathieu Macheret
Le plus navrant dans le dernier film de Lars Von Trier, Antichrist, ce n’est ni son coït plein cadre dès le deuxième plan du film (ah, les testicules qui ballottent au ralenti), ni ces mêmes roubignolles défoncées à coups de bûche, ni l’éjaculation sanguinolente qui s’en suit, ni sa scène de crucifixion d’un mollet à la meuleuse, ni même l’excision…
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Mathieu Macheret
À l’issue du long continuum de films que propose le festival de Cannes, le critique peine à se souvenir du nom de tous les personnages croisés. Si l’on compte en moyenne quatre films vus par jour sur dix jours, avec une dizaine de personnages mémorables par film, cela donne environ 400 noms à retenir. C’est humainement impossible. Dans cette jungle…
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Mathieu Macheret
On apprécie tout particulièrement, chez Guédiguian, cette irrévérence qui consiste à tailler, dans le morne tissus de la crise économique des années 1990 – disons depuis L’argent fait le bonheur – de belles fables optimistes et enthousiasmantes à la Capra. Celles-ci ont pour contingence l’idéalisation de leur petite communauté de personnages principaux : ouvriers, chômeurs, débrouillards, gosses de la rue,…
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Mathieu Macheret
C’est la banqueroute pour tout le monde. Pour Elliot, forcé de quitter New York City pour revenir vivre chez ses parents, dans une petite bourgade du nord de l’État. Pour ses parents, écrasés par les dettes et qui n’entretiennent plus qu’avec des bouts de ficelles un motel sale et désespérant. Elliott s’active, s’engage sur tous les fronts pour tenter un…
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Mathieu Macheret
Cette année, la Corée du Sud a payé leur billet d'avion à trois représentants de poids, dont Park Chan-wook en compétition officielle et Hong Sang-soo à la Quinzaine des Réalisateurs. Des trois compatriotes, Bong Joon-ho qui présentait son quatrième long-métrage, Mother, dans le cadre de la sélection Un Certain Regard, s’est imposé avec le plus de force. Bong Joon-ho est…
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Mathieu Macheret
À Cannes, le manque de sommeil est un ennemi redoutable. Il frappe sans crier gare et impose indifféremment sa censure arbitraire au milieu des bons ou des mauvais films. Le critique exténué doit bien faire avec et, en dépit des trous noirs, veiller à ne pas émettre à son retour un jugement par trop définitif. Je dois donc l’avouer :…
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Mathieu Macheret
Après le film de mecs signé Jacques Audiard, voici le film de gonzesses par Jane Campion. Trêve de plaisanterie. Il est devenu très facile de tomber sur le pif de la cinéaste néo-zélandaise, palmée pour son irritante Leçon de piano. Tout le monde s’entend assez bien sur le terme qui règle son cas en moins de deux et qu’on ne…
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Mathieu Macheret
Dès le troisième jour du festival, on ne parlait déjà plus que de lui. La projection d’Un prophète avait presque tué dans l’œuf toute compétition. C’était sûr : celui-là repartirait récompensé, sinon palmé. Le cinéma de Jacques Audiard retrouvait avec ce film taillé pour la gloire, habité d’un bout à l’autre par l’ostensible volonté de faire date, le large consensus…
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Mathieu Macheret
L’une des trois purges de la compétition officielle (avec Antichrist de Lars Von Trier et Enter the Void de Gaspar Noé) est une adaptation coréenne d’un roman d’Émile Zola, Thérèse Raquin. Soit l’histoire d’un couple adultère qui, pour vivre pleinement sa passion physique, assassine un mari gênant. Présentée comme cela, la chose attise la curiosité. Sauf qu’ici, la visite rendue…
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Mathieu Macheret
Fish Tank de la Britannique Andrea Arnold s’avère bien moins minable que son précédent long-métrage Red Road, présenté en compétition en 2006. La réalisatrice s’est dégoté une interprète extraordinaire – en la personne de Katie Jarvis, inconnue – sur les épaules de laquelle tient tout le film. Mia évolue dans le morne paysage des blocs de béton, une cité comme…
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Mathieu Macheret
Porumboiu, trois ans après sa sympathique Caméra d’or, revient sur la Croisette dans une forme olympique. 12h08 à l’est de Bucarest, armé de son seul humour vachard, avait occupé, à sa sortie, une place mineure dans le jeune cinéma roumain, n’ayant pour son compte ni l’ampleur de La Mort de Dante Lazarescu, ni la force de frappe de 4 mois,…
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Mathieu Macheret
Dieu sait si l’on aime le cinéma de Pedro Costa. Pour certains d’entre nous, En avant, jeunesse ! fut le meilleur film sorti sur les écrans de l’année 2008. On ne peut pas dire que son dernier opus, consacré à une Jeanne Balibar chanteuse, partagée entre l’enregistrement de son album Paramour et les répétitions de La Périchole d’Offenbach, nous ait…
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Mathieu Macheret
Nuits d’ivresse printanière du Chinois Lou Ye aurait pu se faire bouffer par son audacieux enjeu de représentation. L’homosexualité masculine – un tabou encore très sensible en Chine – est typiquement le genre de « sujet de société » susceptible de voler la vedette aux personnages, au récit. Et filmer un « sujet », franchement, il n’y a rien de…
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Mathieu Macheret
De toutes les causes fallacieuses avancées pour expliquer la fréquentation clairsemée du Grand Théâtre Lumière lors du premier jour de la compétition, la pire – et en même temps la plus jouissive – était peut-être la suivante : Tetro a tout pris. La vedette et les spectateurs. À chacune des trois séances du dernier film de Francis Ford Coppola proposées…
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Mathieu Macheret
C’est reparti pour un tour. L’immense nuée de commentateurs est bien calée dans ses starting-blocks, tous se tiennent, fébriles, sur la ligne blanche. Mais bien peu attendent le coup de feu. Dans le petit milieu festivalier, il s’agit moins d’arriver à terme que de se lancer le premier, tête baissée. D’où l’habituelle salve de faux départs qui signale l’imminence de…
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Mathieu Macheret
Quelques semaines après le splendide Tokyo Sonata de Kiyoshi Kurosawa, l’occasion de pénétrer de nouveau le cœur de la cellule familiale japonaise nous est offerte par l’un des plus talentueux cinéastes de l’île, Hirokazu Kore-eda. Still Walking se rapporte cependant moins à la noirceur tranchante de son prédécesseur qu’au classicisme des grands maîtres – pour faire vite, Ozu et Naruse…
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Mathieu Macheret
Comme c’est amusant: voici, dans les reprises de la semaine, un film à ajouter à la longue liste de ceux qui s’ouvrent, en plongée, sur le défilement hypnotique de ces fameuses bandes blanches tracées sur le goudron des routes. Une belle façon d’annoncer, dans Running on Empty – À bout de course dans la stupide langue des vendeurs – la…