Critikat

Grosse Freiheit

par Josué Morel

Grosse Freiheit (La grande liberté), comme son titre ne l’indique pas, suit le parcours de Hans, trois fois incarcéré en l’espace de vingt ans pour avoir enfreint le paragraphe 175 du code pénal allemand, qui faisait de l’homosexualité un délit passible d’enfermement. Le sujet, comme le décor, sont eux aussi trompeurs : en lieu et place d’un film « choc…

Le Genou d’Ahed

par Josué Morel

Après la projection d’Annette, la découverte du Genou d’Ahed entérine la mainmise des cinéastes « audacieux » sur ce début de compétition (mais ça ne devrait pas durer, le Ozon arrive) : on y tente beaucoup, souvent à perte, avec une volonté crânement affichée de rompre avec le ronron des conventions du cinéma. Chez Lapid, la charge se double d’une…

Rehana Maryam Noor

par Josué Morel

Rehana Maryam Noor (Un Certain Regard) est de ces films qui, du premier au dernier plan, ne dévient pas de leur route ; ils sont, pour dire les choses trivialement, en mission. Cela tombe bien, l’héroïne du film, Rehana, est une obstinée qui, tête baissée, affronte une société patriarcale structurant l’ensemble des couches sociales et intimes que le film met en…

Annette

par Josué Morel

« So may we start ? » demande Leos Carax en personne au début d’Annette, avant que les Sparks ne reprennent l’interrogation pour en faire l’antienne du film. Question bien caraxienne que ce « peut-on y aller ? », qui recouvre un nœud : qu’est-ce qui pourrait bien entraver l’élan vitaliste porté par cette promesse d’un départ apparaissant d’emblée comme contrarié ? Du « on voudrait revivre…

Dans le train pour le 74e Festival de Cannes

par Josué Morel

On l’a beaucoup répété, cette 74e édition du Festival de Cannes, repoussée au début de l’été et qui se tiendra dans le contexte sanitaire que l’on connaît, ne sera pas comme les autres. Mais un facteur en particulier la distingue : l’impression que la sélection officielle, pantagruélique, s’est donnée pour objectif, plus encore que d’habitude, d’offrir le spectacle d’une concentration de…

Teddy

par Josué Morel

Depuis le succès public et critique de Grave de Julia Ducournau, le cinéma français s’est piqué d’une envie de « genre », dont Teddy est l’un des fruits. Ce désir n’est pas sans interroger : s’il témoigne d’une volonté de trancher avec le ronron de la production hexagonale (pour le dire vite, de sa ribambelle de fictions sociales à son goût prononcé…

Retour sur Holy Motors

par Josué Morel, Corentin Lê, Sylvain Blandy

Alors que Leos Carax s’apprête à faire son retour en fanfare avec Annette, il nous a semblé nécessaire de revenir sur Holy Motors afin d’ausculter, voire de clarifier, certains malentendus qui l’entourent. L’occasion de s'interroger aussi sur son héritage et, plus loin, sur ce que recouvre le « mythe Carax ». Josué Morel : Si Holy Motors est pour un…

Wendy

par Josué Morel

Neuf ans après Les Bêtes du Sud sauvage, lauréat de la Caméra d’or au Festival de Cannes, Benh Zeitlin revient avec Wendy, qui s’inscrit dans les pas de ce premier film tout en retournant son mouvement comme un gant : il ne s’agit plus d’enchanter le réel (les visions fantasmatiques d’une enfant dans le bayou), mais d’ancrer l’enchantement (le mythe de Peter…

Le Discours

par Josué Morel

Le Discours de Laurent Tirard, adapté d’un roman à succès de FabCaro, se fonde sur une série de « pauses ». D’abord la pause sentimentale qu’impose Sonia (Sara Giraudeau) à Adrien (Benjamin Lavernhe) dans la scène d’ouverture, puis les pauses « mentales » qui structurent le rythme de la comédie. Adrien, coincé dans un dîner de famille, attend précisément une réponse de sa conjointe…

Petite maman

par Josué Morel

Le cas de Céline Sciamma n’est pas simple et cristallise indirectement une certaine tension, dont nous nous sommes déjà fait l’écho dans ces colonnes, entre une approche des œuvres dite « esthétique » (mais l’esthétique, par essence, n’est pas « pure » et repliée sur elle-même), et une lecture plus focalisée sur des questions de « représentations » (mais il n’est pas impensable, bien au contraire,…

Petite Maman et le cas Sciamma

par Josué Morel

Le cas de Céline Sciamma n’est pas simple et cristallise indirectement une certaine tension, dont nous nous sommes déjà fait l’écho dans ces colonnes, entre une approche des œuvres dite « esthétique » (mais l’esthétique, par essence, n’est pas « pure » et repliée sur elle-même), et une lecture plus focalisée sur des questions de « représentations » (mais il n’est pas impensable, bien au contraire,…

Nobody

par Josué Morel

Produit entre autres par David Leitch, Nobody se cache à peine d’être un ersatz de John Wick, au point que l’on s’attend, au détour d’un plan ou d’une scène, à tomber sur un détail qui fasse du film un spin-off de la franchise que l’ex-cascadeur a mise sur pied. Le récit suit peu ou prou la même trame : un…

Promising Young Woman

par Josué Morel

Cassie a un secret. Tous les week-ends, elle fait semblant d’être ivre dans un bar ou une boîte de nuit. Et tous les week-ends, un homme, sous couvert de lui venir en aide, la ramène chez lui pour profiter de son état second… jusqu’à ce qu’elle révèle que son ivresse était factice. Dans quel but ? C’est là le nœud du…

Army of the Dead

par Josué Morel

On l’a un peu oublié, mais Zack Snyder a commencé sa carrière avec un remake du fameux Zombie de George A. Romero qui déjà, du moins dans nos contrées, s’appelait L’Armée des morts. Si en vingt ans le style du cinéaste a bien changé, une chose relie toutefois les deux films : ils témoignent d’une même conscience de ce que peut,…

Mandibules

par Josué Morel

Depuis Au poste !, qui marquait la véritable entrée de Quentin Dupieux dans le cinéma français (excepté Steak, tourné au Canada, tous ses précédents longs ont été réalisés aux États-Unis), ce qui faisait la singularité du metteur en scène semble s’être peu à peu estompé, au point d’atteindre avec Mandibules une forme d’impasse. D’un film à l’autre, Dupieux s’est toujours…

Adieu les cons

par Josué Morel

Quels sont au juste les « cons » auxquels Dupontel dit adieu ? La police, bien sûr, qui en prend pour son grade dès la première scène, mais aussi plus largement l’administration et le monde numérisé, peuplé de zombies, qui dans les transports en commun restent béatement rivés sur des smartphones. C’est peu ou prou la seule idée d’écriture du…

ADN

par Josué Morel

Avant de parler d’ADN de Maïwenn, un mot d’abord sur son affiche, qui constitue une sorte de cas d’école : rarement on aura vu une image promotionnelle circonscrire aussi limpidement les contours d’un film et, plus particulièrement, de ce qui en lui pose question. Maïwenn (qui interprète Neige, le personnage principal), photographiée en plongée, se tient au milieu d’une foule…

Oxygène

par Josué Morel

Si l’on dit de certains films qu’ils sont trop « carrés », Oxygène serait quant à lui un film un peu trop « rond », jusque dans son titre, « O2 », qui résume autant les enjeux de l’intrigue (une femme se réveille amnésique dans un caisson cryogénique dont les réserves d’oxygène s’amenuisent) qu’il révèle le motif structurant de la mise en…

Godzilla vs Kong

par Josué Morel

Surprise : on n’attendait vraiment rien de Godzilla vs. Kong, grand barnum et point d’orgue d’une franchise assez inodore, dont les précédents films n’avaient guère convaincu, quand bien même ils témoignaient, au milieu de mises en scènes et de récits désaffectés, d’une attention certaine pour leurs mastodontes numériques. Jusqu’ici, le spectacle relevait du détail – un bout de peau éclairé, une…

L’Étrange Monsieur Victor

par Josué Morel

Tourné entre Gueule d’amour et Remorques, L’Étrange Monsieur Victor n’est pas le film le plus connu de Jean Grémillon, dont l’œuvre, pourtant remise en lumière ces dernières années, n’en conserve pas moins une part de mystère. Tout comme Lumière d’été, pris en étau entre Remorques et Le Ciel est à vous, L’Étrange…, sans atteindre les sommets qui l’entourent, mérite certainement…