Critikat

Au diable Staline, vive les mariés !

par Emmanuel Didier

Le cinéma roumain est en forme. Malgré une production modeste (une dizaine de films en 2008, chiffre record depuis 1989), trois ou quatre films parviennent chaque année à franchir le Rubicon de la distribution française et asséner sèchement leurs quelques vérités. Picnic a chatouillé notre attention en ce début d’année, Au diable Staline poursuit l’effort et l’amplifie à sa façon,…

Morse

par Emmanuel Didier

La réussite d’un film adoubé par une multitude de festivals internationaux se juge souvent au degré de déception consécutif à sa découverte en salles. Le buzz qu’alimentent semaine après semaine les prix engrangés (de Montréal à la Corée du Sud, en passant par Édimbourg ou Karlovy Vary, sans oublier Gérardmer pour lequel il est l’un des favoris) ne favorise pas…

Joy Division

par Emmanuel Didier

Le groupe mancunien connaît ces deux dernières années un retour de flamme aussi inattendu que mérité. Alors que Control d’Anton Corbijn revenait sur la personnalité de Ian Curtis par le biais de la fiction, le documentaire de Grant Gee apporte un regard plus collectif sur l’épisode fondateur du post-punk britannique. Sans s’extraire tout à fait d’un didactisme linéaire et chronologique…

Un homme et son chien

par Emmanuel Didier

La nouvelle a déjà fait le bonheur de Michel Drucker: Jean-Paul Belmondo revient au cinéma pour un remake d’Umberto D. (De Sica, 1952), signé Francis Huster. Disons-le sans détour, et en l’absence de tout suspense, cette resucée lénifiante froisse autant la mémoire de Vittorio De Sica que celle de Bébel. Si une forme de sincérité un peu béate ne semble…

Dagur Kári

par Emmanuel Didier

Rencontre avec le jeune réalisateur islandais Dagur Kári à l’occasion du festival Air d’Islande, pour lequel il était invité et convié à débattre autour de ses deux films, Nói Albínói (2003) et Dark Horse (2007). La discussion s’axe sur la situation de l’industrie cinématographique en Islande et sur son propre travail de cinéaste, notamment à propos de son premier long…

Louise-Michel

par Emmanuel Didier

Troisième expérimentation du duo made in Groland, Louise-Michel quitte en partie la fantasmagorie absconse d’Altraa et, a fortiori, d’Avida, pour se nicher quelque part entre Buster Keaton, Jim Jarmusch et Peter Watkins. Relativement plus accessible, le film ne renie pourtant rien de ses influences mâtinées de pantomime absurde, de flottements narratifs qui se déploient en toute liberté, et de charge…

N’Djamena City

par Emmanuel Didier

À huit ans d’intervalle, le tchadien Issa Serge Coelo a esquissé le début d’une réponse thérapeutique au trauma des guerres qui ont frappé son pays traversé par le Sahel et coincé entre Maghreb et Afrique subsaharienne. En 2000, Daresalam évoquait la période des années 1970 et la difficile transition vers l’indépendance. En 2008, N’Djamena City se concentre sur les années…

Air d’Islande – 1ère édition

par Emmanuel Didier

Le festival Air d’Islande qui s’est déroulé du 5 au 7 décembre à la Filmothèque a donné l’occasion aux curieux de découvrir une frange de la production d’une cinématographie souvent peu diffusée en Europe continentale. Baltasar Kormákur est la figure la plus connue de la production des années 2000 (101 Reykjavik, The Sea ou tout récemment, Jar City), mais d’autres…

Burn After Reading

par Emmanuel Didier

La filmographie des frères Coen s’envisage selon différentes entrées. Ces seuils sont connus : la comédie lourdingue bas-du-front (Ladykillers, Intolérable cruauté), la comédie mi-absurde, mi-poétique (O Brother, The Big Lebowski), et la tragicomédie de haut vol (Barton Fink, Fargo). D’un ridicule assumé, Burn After Reading penche sans sourciller vers la première catégorie, prouvant par l’absurde que l’on peut très bien…

Hunger

par Emmanuel Didier

La dégradation du corps est un motif éminemment cinématographique. Si elle a été représentée à multiples reprises, on pense en premier lieu à Patrice Chéreau et Son frère en 2003, l’exemple de Hunger touche à une représentation de la violence psychique et physiologique à propos de laquelle le cinéma semble – a priori – bien impuissant. Saisissant, voire éprouvant, le…

Bienvenue à Bataville

par Emmanuel Didier

Idéologie et utopie sont au cœur du premier long-métrage documentaire de François Caillat. Le film revient sur le projet démiurgique d’un industriel d’origine tchèque, Tomas Bata, qui a fondé et organisé, dans les années 30, une ville autonome au milieu de la forêt lorraine et autour de son usine. Réflexion ludique mais dérangeante sur la « servitude volontaire », Bienvenue…

Serbis – Service

par Emmanuel Didier

Grand bénéficiaire de la visibilité de plus en plus forte du cinéma philippin, Brillante Mendoza a trouvé le chemin de la distribution en France. Après John John en début d’année, c’est au tour de Serbis de se réfugier dans quelques salles hexagonales. Nimbé d’une petite réputation sulfureuse – film "crasseux", "dégradant", "brindezingue" selon certains festivaliers cannois − Serbis n’est en…

Quatre nuits avec Anna

par Emmanuel Didier

Skolimowski est de retour après dix-sept ans d’exil filmique. Coup de tocsin libérateur, Quatre nuits avec Anna sonne la charge héroïque d’un jeune réalisateur de 70 ans, toujours aussi habile à décrypter l'indicibilité des sentiments. Son film vogue entre les rapports de l’intime et du voyeurisme, flirte avec la perversité dans une atmosphère vaporeuse et viciée : désespérant et lunaire,…

La Vie moderne

par Emmanuel Didier

Poursuivant le travail initié par le diptyque des Profils paysans, Depardon pose son œil attentif sur les regards et les gestes de quelques représentants d’une activité agricole en perte de vitesse, à la lisière du visible et du compréhensible pour le tout-venant citadin. Des éleveurs de moyenne montagne se succèdent devant la caméra pour dialoguer et exposer, de façon biaisée…

Un conte d’été polonais

par Emmanuel Didier

Sztuczki est le nom original de ce film polonais, auréolé d’un joli succès d’estime dans son pays et primé un peu partout en Europe. Signification littérale : tour de passe-passe. Le film s’amuse du destin en le courbant, en le façonnant selon les désirs d’un enfant espiègle et débrouillard. Fraîcheur et tendresse sont au rendez-vous pour ce film qui sait…

Mange, ceci est mon corps

par Emmanuel Didier

Difficile pari que celui tenté par Michelange Quay. Brusquer le sens de lecture habituel d’un film est une démarche salutaire dans un paysage médiatique glissant inexorablement vers l’uniformisation consensuelle. Le film de Quay ne s’embarrasse pas des codes du cinéma traditionnel, il en impose d’autres. Sont-ils pour autant plus valables ? C’est la grande question posée par la vision d’un…

Intégrale Robert Guédiguian

par Sarah Elkaïm, Emmanuel Didier

Dans un contexte politique et social assez anxiogène, il est plutôt rassurant de constater l’existence de quelques voix récalcitrantes au modèle dominant. Foncièrement engagé et concerné, Robert Guédiguian est l’un de ces porte-voix qui remuent les consciences. Diaphana nous donne l’occasion, avec l’édition de l’œuvre intégrale en DVD, de nous replonger dans les sources et les accomplissements d’une filmographie qui…

Tokyo!

par Emmanuel Didier

Initiative de producteurs, Tokyo! réussit à passer le cap du pur exercice de consommation courante. Composite, la série propose trois visions différentes mais pourtant cohérentes de la mégalopole technoïde, loin du ronronnement habituel de ce type d’entreprise. La douceur désenchantée de Gondry contraste avec la fureur nihiliste propre à Carax, tandis que le Sud-Coréen Bong peint avec finesse une allégorie…

De la guerre

par Emmanuel Didier

Bonello est de ces jeunes cinéastes qui revigorent un cinéma français souvent engoncé dans un conformisme béat. Mouche du coche du consensus ambiant, le cinéma de Bonello emprunte des chemins autres, moins balisés et surlignés. Cinéma du doute et de l’affirmation diffuse plus qu’assénée, sa filmographie fait déjà preuve d’une grande force sur laquelle il faudra revenir plus longuement quand…

Une histoire de famille

par Emmanuel Didier

L’adaptation française du titre original, Then She Found Me, a le mérite de poser clairement l’ambition du film : on va vous parler de la famille, valeur refuge d’un monde en perte de repères. Récitation didactique d’une morale très conservatrice, Une histoire de famille décline jusqu’à l’asphyxie références puritaines et évocations religieuses. La réédition récente du film de Paul Newman…