Deux ans après le suc­cès de Boîte noire, Yann Gozlan creuse avec Visions le sil­lon du thriller tech­nique et para­noïaque. Le per­son­nage prin­ci­pal, Estelle (Diane Kruger), est pilote pour Euro­pean Air­lines ; par elle, le film assure son ancrage dans le milieu de l’aéronautique, offrant, à son début notam­ment, quelques scènes très réal­istes en cock­pit. L’intérêt relatif de ces séquences tient moins à l’énigme qui plane sur ce per­son­nage – trou­blé dès la pre­mière séquence par des visions et des flashs – qu’au rythme par­ti­c­uli­er de sa vie pro­fes­sion­nelle et au sen­ti­ment qu’elle flotte dans une sorte de jet­lag per­ma­nent. Mais, hélas, le film met tout en œuvre pour évac­uer pro­gres­sive­ment la dimen­sion con­crète du tra­vail et con­stru­ire un réc­it lourd de références, chas­sant à la fois sur le ter­rain d’Hitchcock (option chignon), de Dario Argen­to (option yeux exor­bités) et de Christo­pher Nolan (case Memen­to). On ne répétera jamais assez com­bi­en ces clins d’œil appuyés pèsent sur le ciné­ma de français de genre : ils réduisent sou­vent les cinéastes qui recourent à de tels effets au rang de mau­vais copistes, voire de par­o­distes involon­taires quand l’exercice de la cita­tion vire au ridicule.

C’est bien sou­vent le cas dans Visions, surtout quand le mys­tère sur les visions d’Estelle com­mence à s’épaissir : Diane Kruger et Math­ieu Kasso­vitz (qui incar­ne le mari d’Estelle) sem­blent alors égarés dans une sorte de Mul­hol­land Dri­ve varois (les plans pure­ment touris­tiques de la région Sud-Provence ne man­quent pas), dont le côté vénéneux est incar­né, lit­térale­ment… par des médus­es. Inca­pable, en somme, de jus­ti­fi­er sa pro­pre his­toire et de ren­dre crédi­ble à l’écran les visions de son per­son­nage, le film finit d’ailleurs par leur trou­ver une orig­ine médi­cale : le ben­zo­di­azépine, sub­stance que l’on trou­ve dans les som­nifères et les décon­trac­tants mus­cu­laires et qui a pour fonc­tion de ralen­tir l’activité cérébrale. De Lynch au Vidal, voilà le par­cours un peu pathé­tique de ces Visions, dont on pour­rait tir­er la con­clu­sion suiv­ante : même sous ben­zo­di­azépine, un mau­vais thriller français restera tou­jours un mau­vais thriller français.