Après Mar­tyrs et Frontière(s), Cap­tifs vient grossir la liste des « tor­ture porns » français, ces films qui s’at­tar­dent avec force détails san­guino­lents sur les sévices infligés à des vic­times sans défense par des mon­stres à vis­age humain. Con­traire­ment à ses prédécesseurs qui, au moins, assumaient leur côté mal­sain, le pre­mier film de Yann Gozlan avancé masqué der­rière une vague pré­ten­tion réal­iste, dérisoire cache-sexe d’une volon­té man­i­feste de flat­ter le sadisme des spec­ta­teurs en recourant à des clichés répug­nants.

Quelque part dans les Balka­ns, trois gen­tils médecins ter­mi­nent leur mis­sion human­i­taire et mon­tent dans la voiture qui doit les ramen­er en France. La suite du film mon­tr­era qu’ils ont eu tort de ne pas pren­dre l’avion.

Pour son pre­mier film, Yann Gozlan a vis­i­ble­ment eu envie d’adapter avec ses petits moyens les recettes du sur­vival à l’américaine : nos sym­pa­thiques héros se retrou­vent donc aux pris­es avec de méchants psy­chopathes, et cer­tains n’en réchap­per­ont pas. Sauf qu’on se fiche un peu du sort de ces clichés ambu­lants, d’autant qu’ils sem­blent pren­dre un malin plaisir à agir en dépit du bon sens : ils met­tent plusieurs jours avant de com­mencer à fouiller leurs cel­lules en quête de moyens d’é­va­sion ; une fois dehors, ils pren­nent des risques insen­sés pour chiper une paire de tenailles (au lieu de chercher une arme à feu, par exem­ple) ; ils cri­ent dans un champ de maïs alors qu’ils ten­tent de s’y cacher de leurs pour­suiv­ants… etc., etc.

Ces aber­ra­tions scé­nar­is­tiques feraient sourire si, en plus d’être un échan­til­lon plutôt mal foutu d’un genre par nature nauséabond, le film ne cam­ou­flait son absence totale d’enjeux der­rière un slo­gan bien hyp­ocrite : car atten­tion, l’his­toire de Cap­tifs est « inspirée de faits réels » ! Trois human­i­taires qui ne par­lent pas un seul mot de la langue du pays dans lequel ils sont cen­sés avoir passé de longs mois à soign­er les habi­tants, c’est donc réal­iste. Si.

Révélons sans atten­dre le fin mot de l’histoire : les trois Français du film sont empris­on­nés et tenus au secret par un réseau de traf­ic d’or­ganes. On se doute que Gozlan a puisé son « inspi­ra­tion » dans des rumeurs selon lesquelles trois cents pris­on­niers serbes auraient été vic­times, à la fin des années 1990, d’une telle organ­i­sa­tion. Que ces « faits » n’aient jamais été prou­vés, ni même sérieuse­ment étayés, ne sem­ble pas gên­er notre réal­isa­teur et son coscé­nar­iste, tout sujet sem­blant désor­mais bon dès lors qu’il peut servir de pré­texte à align­er les scènes gore et autres effets putassiers pour un pub­lic qu’on incite à se repaître du spec­ta­cle de la souf­france d’autrui. L’imag­i­na­tion vis­i­ble­ment débor­dante des deux auteurs les a d’ailleurs amenés à rem­plac­er les dis­parus serbes par Zoé Félix (dont ils ont dû se dire qu’elle serait sexy en tee-shirt sale) et à inven­ter un groupe de maffieux très méchants mais aus­si très bêtes – car n’im­porte quel ravis­seur un peu futé com­prendrait que kid­nap­per des Occi­den­taux con­stitue le meilleur moyen d’at­tir­er l’at­ten­tion des autorités sur son traf­ic…

Il y a plus grave : Cap­tifs joue en effet sur les fan­tasmes racistes d’un Occi­dent replié sur lui-même et ter­ror­isé par l’Autre, l’é­tranger. En ani­mal­isant les brutes des Balka­ns et en les faisant jouer par des acteurs vis­i­ble­ment choi­sis en fonc­tion de leur mine pat­i­bu­laire (dis­ons-le plus crû­ment : de leur sale gueule), Gozlan ali­mente les clichés les plus out­ranciers qui cir­cu­lent sur l’Eu­rope de l’Est. Que les piteux stéréo­types racistes véhiculés par l’odieux Hos­tel aient franchi l’Atlantique et soient venus ali­menter l’imag­i­naire d’un cinéaste français, et que ce dernier ait pu trou­ver un pro­duc­teur et un dis­trib­u­teur pour son film, voilà ce qui sus­cite véri­ta­ble­ment l’ef­froi à la vision de Cap­tifs.