On a vu cela cent fois, et pour­tant on ne boude pas tou­jours son plaisir : la comédie améri­caine, depuis le suc­cès inat­ten­du de Lit­tle Miss Sun­shine, a de beaux jours devant elle. Là encore, pas de révo­lu­tion sociale, cha­cun reste dans son camp. Là encore, les cou­ples se sépar­ent pour, évidem­ment, se recom­pos­er avec l’amour ampli­fié des plus belles his­toires. Là encore, les dia­logues sont plutôt bien écrits, et les acteurs, femmes en tête, ren­trent par­faite­ment dans le moule. Un film paresseux en somme, pour des spec­ta­teurs qui récla­ment le droit à l’être un peu aus­si.

Dans les comédies améri­caines, ce ne sont plus les céli­bataires endur­cis fumeurs et alcooliques entre amis qui sont à l’hon­neur depuis quelques temps, mais bien le cou­ple, noy­au dur de la famille. Trust the Man n’échappe pas à la règle : la famille est le lieu des retrou­vailles pour l’un des cou­ples, le lieu de dis­pute et de paci­fi­ca­tion pour l’autre. Rien de nou­veau sous le soleil, et pour­tant, il y a dans le troisième film de Bart Fre­undlich après Les Petits Braque­urs, une rasade d’hu­mour qui fait sou­vent oubli­er le car­ac­tère vu, revu et totale­ment atten­du du scé­nario.

Tom et Tobey sont frères. Le pre­mier est mar­ié à Rebec­ca (la sub­lime Julianne Moore, femme du réal­isa­teur), le sec­ond refuse depuis sept ans de s’en­gager réelle­ment avec Elaine qui ne demande qu’à enten­dre enfin la « Marche Nup­tiale » et à se plonger dans couch­es et autres bon­heurs de la mater­nité. Tom est obsédé par le sexe, ou plutôt l’ab­sence de sexe due aux névros­es de sa star de femme ; Tobey est trop excen­trique, trop puéril pour com­pren­dre que la trentaine d’E­laine l’an­goisse avec vigueur.

C’est dans les vieilles mar­mites que l’on fait les meilleures soupes, sem­ble-t-il. On aura donc droit à une mise en scène assez basique qui suit ses per­son­nages et tente de penser un min­i­mum les sur­pris­es et les rebondisse­ments de son his­toire d’amour. On a aura donc droit à une musique tan­tôt ryth­mée qui souligne les scènes comiques, tan­tôt mélan­col­ique pour rap­pel­er au spec­ta­teur qu’il faut tout de même pleur­er à un moment.

Quelques orig­i­nal­ités pointent cepen­dant dans un déluge (mesuré tout de même) de bons sen­ti­ments : un exem­ple par­mi d’autres est la place du sexe dans le cou­ple de quadras dépassés par leurs pro­pres peurs. C’est l’ab­sti­nence qui accule le cou­ple de Tom et de Rebec­ca à sa perte momen­tanée, non l’in­fidél­ité habituelle. Les acteurs n’hési­tent pas à aller au bout de leurs per­son­nages, tel David Duchovny, ancien du FBI, qui va soign­er son obses­sion du sexe dans des comités anti-dépen­dance don­nant lieu à quelques scènes d’un comique ravageur. On ne dira jamais assez de bien de Julianne Moore qui prou­ve sa capac­ité à la diver­sité dra­ma­tique.

Pour entr­er dans le moule de la comédie sen­ti­men­tale, Bart Fre­undlich a mal­heureuse­ment choisi une fin totale­ment téléphonée et san­glotante sans grande imag­i­na­tion. Mais on glan­era ici et là dans ce petit film quelques séquences tor­dantes qui vail­lent le détour, aus­si petit soit-il.